Levée de l’anonymat des donneurs de gamètes avec effet rétroactif sur les dons déjà réalisés, je suis choquée

Loi de bioethique avec levée de l’anonymat des donneurs avec effet rétroactif sur les dons déjà réalisés. Je trouve ça choquant et c’est bien sûr mon avis.

Nous avons réfléchi à notre parentalite durant des années j’allais dire presque une décennie. Nous avons eu recours au don d’ovocyte car nous le considérions comme un don de gamète, de cellule biologique. Un don donc un cadeau qu’on nous avait fait. Un don non payant, un don, une aide, un coup de pouce.
Nous sommes passés devant le juge aux affaires familiales en audience. Nous avons des papiers officiels de l’état français pour dire et certifier qu’il n’y aurait aucun lien entre l’enfant qui serait à naître et la donneuse.
Nous nous sommes engagés sur cette démarche de fiv avec don sur ces points. C’est sur ces bases que nous avons fait 5 transferts d’embryons issus du don d’une femme pour nous. C’était le deal et là le deal change en cours de route de façon rétroactive… Je trouve ça choquant. Entre guillemets, je suis soulagée d’être devenue maman autrement car nous n’aurions pas fait cette démarche si nous avions su cela. Nous avions été d’ailleurs rassurés par le personnel du cecos à ce sujet …

Et dans notre histoire de fiv avec don qui n’a finalement pas fonctionné, nous avons amené 2 voir 3 autres personnes.
A l’époque, il fallait être déjà parent pour être donneur. Un don dit « parrainé » (qui bien sûr ne nous était pas destiné) permettait d’avancer sur la liste d’attente annoncée de deux ans. Alors il y a eu M et L puis peut être des années plus tard A qui a mûri sa décision de devenir donneuse. Pour aider des couples avec des problèmes de fertilité, de santé et pour nous aider à réduire l’attente, ils sont allés au cecos plusieurs fois. Les filles ont suivi les procédures de stimulations et les ponctions d’ovocytes non sans mal. A m’a envoyé la photo de la porte du secrétariat du cecos au début de la procédure. J’ai accompagné M au Chu le jour de sa ponction et j’y suis restée la journée. Pour L, il a aussi eu plusieurs rendez vous.
Dans leurs démarches il n’a jamais été question qu’on remonte jusqu’à eux, qu’une fois le don réalisé, ça impacte plus leurs vies qu’un don de moelle par exemple.
C’était cette loi avec ces conditions qui a motivé leur choix.

Nous avions prévu nous aussi que le Man’ fasse ce geste si on devenait parents biologiques sauf que cette étape ne s’est jamais réalisée donc la suite non plus. J’imagine donc plus aisément la douche froide ressentie ce soir pour ces donneurs de gamètes.

L’idée de la ré écriture de cette règle de la loi, c’est d’accéder j’imagine pour les enfants issus d’un don, à leurs origines. Des origines biologiques, des caractéristiques physiques oui mais pour moi, il n’y a ni mère, ni père biologique là dedans. Il n’y a eu au départ aucune intention de filiation, de lien, de connaissance réciproque. L’enfant issu d’un don a à connaître son histoire, pour nous c’était une évidence, mais l’identité de la personne qui a aidé ses parents ce n’était pas prévu du tout. Je dirais même que la loi était garante de la protection de l’identité des donneurs.

Puisque nous avons adopté et c’est une bien autre démarche, nous savions quand nous avons sollicité notre agrément, que notre futur enfant pourrait avoir accès à ses origines. Nous savions et nous avons été préparés au fait qu’il y avait une histoire d’abandon et d’adoption, le parcours d’une femmequi avait pris la décision de laisser l’enfant qu’elle avait porté à un autre couplé, pour un futur qu’elle estimait ne pas être en mesure de lui apporter. Nous savons que notre fils à partir de ses 16 ans pourra s’il le veut, consulter son dossier et avoir accès au début de son histoire de vie, a des informations permettant peut être d identifier sa mère biologique. C’est aussi cela que nous lui expliquerons. C’est depuis le début de notre démarche d’adoption que avons été dans cette parentalite particulière constituée de tous ces éléments. C’est en y réfléchissant que nous nous sommes dit que nous nous en sentions capables, que nous étions à l’aise sur cette démarche et cet accès aux origines personnelles.

Si ce soir nous étions devenus parents via la pma avec don, le ciel nous serait tombé sur la tête et encore plus si le Man’ avait permis la naissance peut être de… je crois 7 enfants (nombre maximum d’enfants nés me semble t’il à partir d’un don de sperme).

Je pense donc à M, L et A. Je vous serre virtuellement dans mes bras. Je pense aussi aux couples qui sont devenus parents grâce à un don de gamètes et pour qui la politique change la donne. Je pense aussi à ses enfants issus d’un don mais je ne crois pas que la recherche des origines biologiques était préoccupante pour la majorité d’entre eux.

Quelle a été la pensée du législateur en changeant cette loi qui à la base n’appartenait pas au projet de bioethique ? J’ai bien entendu quelques témoignages médiatisés mais c’est tout. Ce soir, je suis abasourdie qu’on puisse faire ce volte face législatif avec effet rétroactif.

5 réflexions au sujet de « Levée de l’anonymat des donneurs de gamètes avec effet rétroactif sur les dons déjà réalisés, je suis choquée »

  1. Ca a vraiment été voté ? Je serait extrêmement surprise que le côté rétroactif soit passé, ce serait effectivement catastrophique, incompréhensible !!! (ou alors il faudrait donner le choix à ceux qui ont donné, le choix de dire « ok je veux bien donner mon identité » mais aussi le choix de ne pas le faire).

    J'aime

  2. Les donneurs ont le choix de donner ou non les informations si j’ai tout compris. De mon expérience certes pas universelle mais apres moultes discussions ( parce que.je ne comprenais pas le.probleme) avevc 3 copains adoptes et une issu de don, les origines, c’est un point qui a un moment de ta vie te travailler meme avec de supers parents. En cas de maladie, quand tu deviens parent etc… savoir ton origine ou ton histoire t’encre dans ton présent et je trouve cette loi juste sachant que le donneur peut dire non. Apparemment ca peut vraiment etre un questionnement qui crée un mal-être…

    Aimé par 1 personne

    • Tout à fait d’accord avec toi. Mes filles sont issues d’un double don réalisé en Espagne. Dans ce pays l’accès aux origines est interdit. Pourtant j’aimerais vraiment connaître l’identité des donneurs ne serait-ce que pour les remercier du bonheur qu’ils nous ont donné mais aussi pour mes filles qui je suis certaine se questionneront sur leurs origines un jour.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s