Reconnaissance de travailleuse handicapée, maladie chronique et monde du travail (partie 1)

Depuis un an, avec mes collègues, je suis en première ligne face aux demandes croissantes d’aide, d’accès aux droits, d’informations, d’accompagnement d’un public précarisé . Sur le premier confinement j’ai « télétravaillegardé ». Je m’occupais de Mister A, j’avais plein de rôles différents à la maison : maîtresse, coach sportive, lingère, cuisinière, maman et professionnelle. Ni tout à fait au travail, ni tout a fait disponible en tant que maman, il y a eu des journées difficiles, des moments de crise mais j’ai occupé ma place dans la vie de mon service même avec mes contraintes familiales. Toute mon équipe a fait de même. Après 3 mois et demie, je suis revenue physiquement au travail et en juillet on a eu une réunion de service avec le Grand Chef. Les compliments ou plutôt la reconnaissance a été rapide. On est vite parti dans le dur du sujet, la reflexion autours de notre nouveau projet de service. Nous avons parlé des avantages du télétravail mais en retour le Grand Chef a eu ces phrases qui m’ont semblé assez « rétrogrades » et complètement à l’inverse de l’ère du temps et de l’évolution de la société : « Venir au travail doit représenter un effort. Faire un trajet, se déplacer pour venir à son bureau, c’est quelque chose de l’ordre d’un effort et c’est ce qu’on demande. Le travail ce n’est pas le confort. Le télétravail c’est confortable mais ça ne restera pas comme ça après. Je ne suis pas pour ».

Ni une, ni deux, ces phrases ont été un déclic et je me suis dit que j’allais faire une demande de RQTH (reconnaissance en qualité de travailleur handicapé) auprès de la MDPH ainsi que la demande de la carte Mobilité Inclusion pour m’assoir dans les transports en commun. J’ai remarqué que l’émergence du télétravail dans ma vie professionnelle m’avait permis une meilleure santé au moment du bilan de fin d’année. Depuis 2 ans, je suis sujette à des douleurs et une fatigue assez chroniques liées à l’endométriose alors mon confort ou plutôt la prise en compte des conséquences de ma maladie pour aménager mes conditions de travail, je me suis dit que c’était pour maintenant.

En une après midi, j’ai précisé mes attentes :

  • pour ma vie professionnelle :  » Ma maladie induit des douleurs chroniques dans les membres pelviens et inférieurs et une fatigue physique s’installe. J’apprécierais de pouvoir m’économiser si besoin en ayant par exemple une partie de mon activité réalisée de façon régulière en télétravail. Cette reconnaissance me permettrait d’aménager mon temps et ma façon de travailler en fonction des crises au caractère imprévisible ».
  • pour ma vie personnelle : « mon trajet domicile -travail représente 1h30 par jour , je sollicite la carte de priorité pour obtenir une place assise dans les transport en commun ».En crise, les douleurs sont accentuées par les vibrations, les imperfections de la route ou de la conduite. Je suis plusieurs fois descendue à mon arrêt les larmes aux yeux trouvant les trajets interminables et usants j’ai donc précisé : « Rester debout lors de crises est parfois assez insupportable. Une place assise permettrait d’apaiser les crampes, contractions, limiter les mouvements, vibrations que subit mon corps en position debout ».

Puis j’ai fait remplir le certificat médical de la MDPH ( Maison Départementale des Personnes Handicapées) par ma gynéco qui a validé les demandes. J’ai ajouté mes comptes rendus médicaux des 2 opérations et d’examens (IRM, echographies).

Après un délai de rendez-vous de 3 mois, j’ai rencontré le médecin du travail. Je me sentais légitime dans mes demandes mais vis à vis de mon employeur, je ne savais pas jusqu’où je pouvais aller en terme de préconisations entendables. J’ai lu que certaines filles ont besoin d’être proches des toilettes, d’avoir des horaires flexibles en fonction de la fatigue ou pour se rendre à des rendez-vous médicaux. Ma demande à moi c’était de valider l’intérêt du télétravail un jour par semaine. Il m’a en plus été proposé d’avoir la flexibilité d’être dans cette disposition d’aménagement aussi de façon ponctuelle et non prévue, dans le cadre de douleurs trop importantes. Sur le coup, je ne savais pas trop quoi en penser. Avec du recul, je réalise que ce n’est pas du luxe même si l’arrêt de travail a aussi son utilité quand seul le repos est salutaire.

L’endométriose est invalidante je me suis dit je tente et on verra bien. J’ai déposé ma demande en décembre. Niveau douleurs c’était un peu l’accalmie. J’étais un petit peu « fière » de ma démarche.

3 réflexions au sujet de « Reconnaissance de travailleuse handicapée, maladie chronique et monde du travail (partie 1) »

  1. Je suis choquée de lire les propos tenus par ton chef, c’est incroyable de voir des gens en être à ce stade à notre époque et d’autant plus qu’il a eu la preuve « forcée » que le télétravail  » n’a pas diminué les performances de son équipe. J’espère que tes démarches aboutiront, c’est plus que justifié.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s