Grandir

Lors d’un dernier article je disais que j’étais « fière de nous » et que je comprenais mieux Mister A. En fait, entre temps, j’ai reperdu le monde d’emploi de notre loulou ! En prenant du recul, c’est logique car ce qui marche un jour, ne marche pas toujours. Même s’il y a des petites régressions, qu’il faut accepter le temps que l’orage passe, Mister A grandit et change. J’ai l’impression qu’au niveau de son développement psycho émotionnel (oui ça fait très psy de dire ça) il y a eu un cap de passé juste après ses 4 ans. J’ai l’impression qu’on a franchi le pic du « terrible twoo » (cette petite adolescence entre 2 et 4 ans). Ce que je suis contente de ne plus autant mettre d’énergie au quotidien dans la construction de cette relation! Honnêtement il n’y avait pas le choix mais on a beaucoup donné sur le sujet. Cet été on a revu une psychologue pour enfants car il y a eu quelques expériences de journées  complètement affreuses qui font gentiment « sauter les plombs », « exploser la cocotte minute ». Ca nous a redonné des pistes pour que Mister A et nous évoluions plus sereinement.

J’ai compris à travers les difficultés qu’on a traversées ce qu’était en soi, dans ma chair (ou mon cœur), l’amour inconditionnel. Je le résumerais par cette phrase trouvée dans un livre enfant « Quand je te regardes et que tu me regardes, je me demandes quelle personne merveilleuse tu seras. Tu deviendras la personne que tu voudras et je t’aimerais toi, qui que tu sois ». Mister A avec ses fameuses antennes qui vont chercher dans les failles de ses parents m’a fait le cadeau de me faire évoluer avec lui depuis ses 22 mois.Il m’a fait découvrir des tomes entiers de réflexions autours des émotions et de la colère. D’ailleurs, on a une bibliothèque très fournies de livres jeunesse autours de ces sujets.

Pour Mister A, nous faisons attention à garder des rythmes et des rituels (heure de repas, routines sous forme de pictogrammes pour avoir un support visuel quand répéter ne sert à rien faute d’attention). Nous étions bohèmes, nous avions un enfant qui a 18 mois se  réveillait en souriant à minuit lors de nos vacances au ski pour une balade du chalet de nos amis vers le nôtre, ca c’est complètement fini. Maintenant, les changements d’habitude peuvent le déséquilibrer. En ce sens, le temps de prendre nos marques, le mois de septembre a été éprouvant entre les exigences ou résolutions que l’on se met avec la nouvelle rentrée et le changement de rythme. Au retour de la garderie périscolaire, nous avions un enfant fatigué (par moins de temps de sieste), un peu affamé (il ne mangeait pas à la cantine), excité de sa journée ; c’était le cocktail parfait pour avoir du mal à supporter les frustrations et partir en colère (ou pleurs de déchargement). Alors on a trouvé des astuces pour nous adapter à lui. Les principes de repas équilibrés ou de ne pas manger entre les repas, on les a mis sous le tapis. Ce n’est pas un combat éducatif qu’on a choisi pour l’instant. Notre enfant a faim à 18h alors c’est très simple, pour qu’il passe à autre chose, que l’un de ses besoins essentiels soit rempli et qu’on vive dans un climat agréable, il mange (un pitch, un gâteau, du wasa avec du kiri, une compote, on s’en fiche il mange). Ensuite on ne tarde pas à faire des repas ensemble assez tôt (avec une super appli de programmation de repas sur mon téléphone, qui m’a changé la vie, a baissé ma charge mentale) et s’il ne tient pas ,il mange avant. La faim chez Mister A c’est terrible, c’est ce qui le fait dégoupiller émotionnellement. Encore très récemment il n’arrivait pas à l’exprimer et face à un enfant complètement en crise, je passais à côté de la faim, pensant qu’il avait mal ou froid ou ne voulait pas marcher …. Bref, il a faim, il mange.

A l’école, on nous a dit qu’il n’avalait rien (on le pressentait, mais l’année dernière les retours n’étaient pas dans ce sens). Dès qu’on l’a su, en octobre, on a tenté de prendre les choses en main en le préparant mentalement au menu du lendemain. Chaque soir, on a listé ce qu’il allait manger (parce qu’il aimait), ce qu’il pouvait gouter (pour faire un effort) et ce dont il pouvait éventuellement s’abstenir. On s’est mis en position de coach alimentaire. Résultat,  à la veille de ces vacances de Noël, il goutte un peu de tout, même ces drôles de pâtes un peu comme des légumes (appelés salsifis). Les ATSEM nous ont indiqué qu’il faisait des efforts. Il a une sensibilité (odorat, gout, texture) que nous n’avons pas mais il évolue. Il a même tenté le poisson (à l’oseille), mais il a eu un reflexe de dégout. On verra plus tard le chapitre produits de la mer.  Pour le moment, à la maison, on s’éloigne d’un mètre de lui, non pas pour les gestes barrières mais parce que l’odeur du poisson semble vraiment gênante pour lui.

Niveau émotion et colère, nous avons toujours des chapitres de vie incluant cette thématique. Cependant, les colères sont moins fortes, moins longues et grand changement, Mister A arrive parfois à les tempérer. On était à une crise par jour en moyenne depuis ses 2 ans.  Pas juste « mon enfant me tape une fois », non, des sacrées crises. Aujourd’hui, on est à une crise par semaine. Le jour où je suis toute seule avec lui, mon mercredi de repos, est le moment idéal pour évoluer l’un et l’autre sur le sujet. C’est le jour culminant des « colères » et tentatives de régulation des émotions. Ma patience, mon empathie versus ma colère et mes émotions sont mises à rude épreuve. Face à une crise, j’essaie des choses pour tenter de comprendre ce qu’il vit, lui proposer des alternatives et puis à un moment, je perds patience et je crie parce que j’en ai marre moi aussi. Je ne me dis plus « mais pourquoi je suis là pour subir ça , c’est tellement désagréable », il a passé un cap, je le vois, ses progrès (et les miens un peu) sont notables. Y’a eu un déclic de sa part. Un mercredi, il s’est réveillé de la sieste et deux minutes après, il hurlait, il a tapé dans les portes, jeté des affaires .Quarante-cinq minutes d’enfant en rage que je n’arrivais pas à décoder car aucun mot ne sortait de sa bouche. C’était le tsunami émotionnel dans sa tête. Bref, à un moment il a dit « dessin animé ». Je lui avais expliqué avant qu’il se couche, que le mercredi soir, selon le déroulé de la journée, on verrait pour un dessin animé. Au réveil de la sieste, il pensait donc que c’était le moment et comme ça n’arrivait pas, il est monté dans les tours. Une fois les mots sortis, j’ai compris quel était le souci et j’ai reparlé : « Je t’avais dit que le dessin animé c’était ce soir. C’est pas encore le soir là. Le soir c’est quand la nuit tombera ». 5 minutes après cet échange, j’ai eu un petit qui est revenu vers moi en réclamant un câlin (et là c’est gagné, la tempête est passée, il demande à être apaisé) avec ces mots : « Mais maman, je savais pas moi que le soir c’est quand il faisait nuit ». Voilà, c’était la première colère qu’il a pu traverser par lui-même. Une première victoire à son actif, le début d’une évolution. Depuis, on a acheté des petits livres d’Isabelle Fillozat sur les colères qui illustrent notamment comment faire pour que la frustration soit moins difficile à vivre en proposant des alternatives.
Petit à petit à force d’en parler, lire et surtout essayer, s’entrainer,  je crois que ça rentre dans les reflexes de notre petit loup. Hier, il a juste tapé des pieds de frustration parce qu’une activité s’arrêtait. J’ai trouvé ça super et en plus je suis restée totalement impassible me disant, allez hop maximum 45 minutes à l’entendre et moi je reste zen. En moins de 10 minutes, c’était plié et il s’est ré installé à côté de moi.

Le point noir qui reste c’est la propreté. Hier sur j’ai entendu que des enfants n’étaient pas prêts que ce soit physiquement ou psychologiquement avant 4 ou 5 ans et que c’était pas grave alors, on va continuer à garder du lest. Mister A est propre seulement la commission c’est dans une couche et debout. Le pot il y a un an a fonctionné un mois mais aux vacances de Noël, nous n’avions pas emmené Son pot à notre destination. Résultat des courses, il s’est bloqué, ça a duré un mois avec des massages, de la kiné , des médicaments et pour finir un lavement et depuis on pense qu’il a peur. On essaie mais il n’a aucune envie, il a peur d’avoir mal et même s’il n’y a jamais eu d’accident et qu’il attend, on aurait envie de passer à autre chose. On a un pot qui fait des supers chansons, parle en 4 langues mais il est devenu trop petit. On tente de trouver des étapes intermédiaires, faire popo dans la couche mais en position accroupie (après l’échec de faire dans la couche sur les toilettes), c’est un sacré parcours. Pour le moment on n’a pas trouvé la clef à ce problème. Lors des vacances de Toussaint on a passé quelques demies heures en lisant des histoires, encourageant, ça a marché une fois, deux, mais ensuite c’est compliqué donc ça aussi on verra plus tard. Par contre si vous avez des idées nous sommes preneurs (les gommettes de réussite, la récompense ou la menace, on n’a pas essayer. La frustration de l’échec en plus récurrent, le petit gars n’aime pas, ça le bloque ou le déçoit de lui-même).

Alors que cet été, médecin et psychologue évoquaient peut être un TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou pas hyperactivité) en nous disant qu’au regard de son âge, il fallait se laisser le temps de l’évaluation, un diagnostic pouvant se faire qu’à partir de 6 ans, on semble s’éloigner du tableau clinique.  Mister A grandit plus sereinement. Il reste dynamique, bouge, a besoin de se dépenser physiquement mais il arrive à se concentrer, jouer seul plusieurs dizaines de minutes. Il nous écoute quand on lui parle, retient des petites poésies où écoute des histoires contées. Il est rock and roll au niveau de son caractère mais à l’école même si en début d’année il jouait de la air guitare électrique avec son copain, il apprend bien, il s’intéresse, il n’est plus en retrait et s’amuse bien avec les autres enfants, il est totalement intégré. Cet attachement parents enfant, si important, au début ambivalent résistant, semble être plus sécure. C’est super intéressant d’assister et contribuer à ce qu’il est et deviendra. Je suis sûre que nous avons tissé ce lien de confiance, amour, complicité quand il me fait des câlins tout doux et dit «  Maman je t’aime plus loin que les nuages ».

Fière de nous

Mister A est un petit garçon assez colérique des lors qu’il est contrarié. Ça fait deux ans que ça a débuté. Ses excès de colère me poussent dans mes propres retranchements.Ses excès de colère montre aussi son fort besoin de sécurité.

Depuis le confinement et le déconfinement, nous avons passé beaucoup de journées tous les deux (avec le Man’ dans une pièce à côté, porte fermée la plupart du temps.) J’ai télétravaillé comme je le pouvais (ou plutôt comme je ne le pouvais pas). Il y a quinze jours, j’ai repris le chemin du bureau pour un jour en présentiel. Le matin, Mister A a dit « Je veux pas que tu partes, restes là »… début de colère. Le soir à mon arrivée, ça n’a été que des gestes violents dirigés vers moi, associés à des pleurs, des cris et ce dès la plus petite des frustrations ou déceptions. Identifier les facteurs déclenchants permet de comprendre, en anticiper certains (comme la faim ou fatigue) mais une fois la colère déclenchée, cela ne suffit plus. Durant une semaine, j’ai senti une énorme régression. Mister A oscillait sans cesse entre contact, demande de câlins puis opposition, colère. J’ai remarqué que lui hurler dessus ou être très autoritaire était totalement inefficace. En plus au fond de moi, c’est la même émotion que je pressentais. Quand on dit qu’un enfant trouve les failles chez ses parents, le nôtre a bien réussi son rôle.

Je me suis dit qu’il fallait que je travaille sur moi, sur ma propre colère (que je méconnaissais) pour tenter de donner l’exemple et l’aider. J’ai lu des livres (Fillozat. Johane Lemieux), écouté des podcast (de l’institut de la Parentalité), lu des blogs (papa positive).

J’ai retiré quelques idées phare que je recopie toutes viennent des podcasts de http://institut-parentalite.fr/l’institut de la parentalité (c’est donc de la paraphrase):

« Avant l’âge de 5 ans, on ne parle pas de gestion des émotions mais d’autorégulation des émotions entre parents et enfants. La théorie des neurones miroirs explique que l’enfant qui manifeste des crises de colère, fait grandir le même sentiment chez son parents et vice versa ».

« Ce n’est pas quand un bateau est en pleine tempête qu’on peut apprendre à naviguer, c’est avec du recul. C’est pareil pour les enfants, ce n’est pas en pleine colère qu’on peut demander qu’il se calme. Il faut trouver des techniques de retour au calme dans un moment d’apaisement. L’enfant pourra ensuite les utiliser en pleine tempête ».

Lorsqu’un enfant est en crise de colère il faut l’aider à comprendre ce qu’il se passe comme utiliser comme des sous titres à la situation. Voici un illustration un exemple de cette semaine quand j’ai senti que j’allais me prendre des coups de pieds ou qu’il allait un peu jeter son vélo : « J’ai l’impression que c’est difficile pour toi de ne pas réussir à faire du vélo tout seul » ,en couplant à de la valorisation pour enlever le fait de ne pas y arriver « mais on n’arrive pas à faire les choses de suite on apprend, on chute, on recommence » plus des exemples réussis avant : « tu vas apprendre comme quand tu as appris à marcher, à parler ».

Je me suis donnée comme envie sur 2020 de travailler sur cette colère « ambiante » pour moi car ma jauge personnelle est en permanence à un seuil réactivé trop rapidement. Je me suis aussi donnée cette envie pour nous car au quotidien dès le réveil passé, ça peut vite devenir usant et au fur et à mesure de la journée, éreintant.

Alors quand il y a eu de la frustration et des tentatives de griffures, il y a une semaine, j’ai adoré avoir un gros pull pour tenter mes nouvelles techniques car j’étais déjà protégée physiquement. Concernant le déclencheur, je crois qu’il voulait regarder un dessin animé ( chez nous on les limite, on prévient quand ça va s’arrêter, on enregistre le fait qu’il était d’accord mais ce soir là ce n’est pas passé). Il n’avait pas fait de sieste, la combinaison était donc au point pour que ça parte « en vrille ». Durant 10 minutes j’ai répété la même chose, utilisant la méthodes des sous titres : « Mister A je vois que tu es en colère, je crois que pour toi c’est compliqué de ne pas avoir de dessin animé, tu en as vraiment envie. Ton papa t’as dit que tu verrais les Minions (mais quelle idée) mais c’était pas de suite même si toi tu l’as compris comme ça. C’est interdit de taper et de faire mal. Tu arrêtes. Comme c’est difficile je peux t’aider à faire passer ta colère autrement, je suis là si tu as besoin. Tu as le droit d’être en colère mais pas de taper, abîmer nos affaires. Je suis à côté de toi si tu as besoin d’un câlin par exemple » (et durant 10 minutes, je me suis répétée et j’ai fait des variantes). A un moment, je suis un peu partie, il m’a suivie et puis à force de proposer un câlin, il a lâché prise sur mon épaule en ajoutant : « Tu peux me faire des guilis dans le dos? ». J’en revenais pas d’avoir réussi à l’apaiser en restant calme. Ça m’a semblé magique! J’ai dit au Man’ que j’avais eu l’impression de décrocher une médaille d’or. Cette remise en question est en effet un sacré encouragement pour continuer dans cette parentalité là qui pour moi est un grand écart avec mon éducation, les principes que j’avais imaginés.

J’ai aussi découpé des cartes pour l’aider à manifester autrement ses colères (c’est aussi ce que quoi travaille la psychomotricienne qui me dit que Mister A va plutôt bien). Les cartes qui sont sur le site papa positive proposent des alternatives pour revenir au calme en pleine colère . Elle sont à apprendre lorsque tout va bien de sorte à créer de nouveaux réflexes de pensée en situation de stress, peur, échec etc ….Ca marche aussi pour les adultes. Pour le moment, on a juste essayé celles : « Aller chercher son doudou », « Choisir une musique qui fait du bien » et « Souffler plusieurs fois ». La semaine dernière il a réussi à souffler alors qu’il hurlait « Essaies de souffler pour faire passer ta colère, souffler fort comme pour faire décoller un avion avec toute ta colère ». Ça a fonctionné une fois et j’ai de suite valorisé  » Je suis fière de toi tu as vu, tu as réussi à passer à autre chose et tu l’as fait tout seul. C’est super. Ta colère a été plus courte (oui, même les petits progrès on s’y raccroche) ou autrement on peut aussi dire ,moins grande.

Les colères sont toujours là mais il y a du mieux. Ce sont de petits pas mais ce sont des pas tout court de progression. Ça ne marche pas à tous les coups mais je pense que ça permet de créer comme des nouvelles autoroutes de pensées pour enlever ce qui ressemble à des pulsion de colère, gestes violents. Je ne suis pas non plus toujours très disponible pour garder mon calme et résister à l’envie de crier, punir mais je tente aussi de me maitriser et regarder les situations sous un autre angle. On nous a dit que c’était un marathon mais on a grandit cette dernière année.On peut être fiers de nous 3 (il y a aussi le Man’ bien sûr). Et quand rien ne marche, on peut toujours dégainer notre « kit d’urgence » avec les chansons de Calogero souvent là pour nous sauver la mise. Depuis qu’il est bébé c’est ce qui l’apaise toujours. Google home est notre ami, faut juste ne pas se tromper de chanson préférée du moment pour ne pas raviver le volcan de la colère juste éteint.

Il est né par l’Amour

J’étais à mon cours de yoga tout à l’heure. C’était special féminité. C’était super bien avec des mouvements dirigés vers le petit bassin, le périné. J’ai peut être plombé l’ambiance (mais ce n’est pas le cas) quand pour moi féminité et petit bassin me faisaient penser à l’endometriose mais bon,

On est dans La semaine de sensibilisation à l’endométriose et à la fin du mois aura lieu la marche mondiale contre l’endometriose sur Paris. D’une certaine façon, je suis conditionnée. Le week-end dernier j’ai créé des épinglettes avec le ruban jaune, symbole de notre maladie. J’en ai déjà distribué une dizaine à mes proches, mes collègues en relayant les informations sur ma maladie. Mais, même si là, je vous mets en photo ma création, je ne voulais pas parler que de ça.

Tout à l’heure, lors du cours de yoga en parlant du périné et des moulabandas, j’ai dévié avec une phrase dont j’ai le chic et qui hors contexte adoption devient incompréhensible : « moi je connais le périné mais c’est pas parce que j’ai accouché par voie basse ». Et bim, me voici en train de m’embourber dans mes propos : « mon fils n’est pas né par césarienne non plus ». Je me dis que là on va me regarder avec des gros yeux alors j’ajoute « je suis devenue maman par adoption ». Ma prof de yoga dit alors cela : » Ton fils il est né par l’amour ». C’est ça c’était très bien résumé. Notre fils est né de cette façon, de notre amour et il grandit car on s’y accroche.

Il est plus serein depuis quelques mois. Il ne tape quasiment plus. On arrive très souvent à le décoder donc à anticiper pour éviter les crises (le faire manger dormir à heures fixes, choisir nos combats, gérer les journées en fonction de son rythme anticiper les séparations en expliquant comment ça va se passer…) Alors y’a des ratés en fonction de la fatigue de chacun, de la disponibilité, d’emplois du temps qui ne dépendent pas que de nous mais les crises passent plus vite. Clairement, un décalage de rythme dans la journée, c’est une fois sur deux des manifestations de colère ensuite. Bref, aujourd’hui je profite, j’ai beaucoup de câlins, des bisous sur la joue ou le nez. Mister A semble plus pausé. Par exemple, j’ai eu la grippe et je faisais mes nuits sur le canapé pour ne pas rendre toute ma famille malade. En pleine nuit, je l’ai retrouvé blotti contre moi, partageant mon plaid, endormi en me donnant la main. J’ai trouvé cela hyper choux et émouvant.

Il me dit souvent « je t’aime maman ». Peut être le début de l’Oedipe ? Je lui répond que moi aussi et au tout début de nos vacances j’ai ajouté : « Je suis si contente que tu dises cela. Tu sais, pour arriver à ces mots, on a travaillé sur nous, tous les deux et ensemble avec papa. On a tous fait des efforts, on a modifié nos idées, nos comportements. C’est plus agréable, je suis fière de toi et de tes progrès « .

Alors c’est vrai, notre petit garçon il est né de notre Amour, il est né par l’Amour et c’est cela qui, même s’il ne suffit pas, est un ingredient indispensable à son évolution.

3 ans et demie au quotidien on retient aussi cela

Bonne année déjà à tous et toutes. Cette année 2020, j’ai beaucoup aimé les vœux d’un site que je suis et qui s’appelle « fabuleuses au foyer ». Je vous mets le lien. Je me reconnais pas mal dans ce que dit sa créatrice.

Je vous souhaite une année 2020 pleine de vie et unique, une année avec des imperfections car oui, nous faisons de notre mieux, nous apprenons, mais nous allons encore faire des erreurs. Pour celles qui sont mamans, d’être maman mais pas que , d’être aussi d’autres facettes : celle de femme, d’épouse, d’amie, de fille, de copine, de créatrice… plein de jolies palettes de nous en quelque sorte.

Sur cette année 2019, je deviens je crois une maman plus sécure, un parent plus sécure pour Mister A (c’est son nouveau pseudo). J’ai encore du boulot, j’en aurais toujours mais je me sens plus sereine dans mes positions parentales. Ça ne s’est pas fait tout seul, j’ai été soutenue, j’ai été aimée, j’ai cherché aussi de l’aide et même si nous gérons de sacrées crises, qu’on ne comprend pas tout, tout le temps ou tout de suite, on apprend à être ses parents. Il a évolué, il a grandit, ça va continuer.

J’avais aujourd’hui envie de vous décrire aussi ses bons côtés, ce qu’on devine de sa personnalité car je me suis attachée ces derniers mois à décrire les moments durs. Bien sûr il a plein de facettes lui aussi. Alors voilà…

C’est un petit garçon tonique et musclé. Avec son mètre dépassé et ses 16 kg, il est fier de dire qu’il grandit. Ce n’est pas parce qu’il mange beaucoup, non, ça c’est compliqué. Il a beaucoup de force et d’énergie, il a besoin de se dépenser. Il aime courir sauter, partir en ballade dans la forêt. S’il me fait un câlin un peu à l’improviste alors que je suis assise en tailleur, il peut me renverser. Il ne se rend pas compte de son énergie. Plus tard, je l’imagine bien en demie de mêlée au rugby. Je me suis amusée à regarder sa courbe de croissance. A 18 ans il pourrait faire 1m80 et 68 kg. Ça devrait être la bonne stature!

Il demande beaucoup de câlins, de plus en plus, je me dis qu’il en a besoin. C’est plus son papa que moi son papa qu’il aime beaucoup. L’autre jour chez la psychomotricienne, il a dit qu’il était (pas en colère ou pas qu’il avait peur comme d’autres fois), non, il a dit qu’il était content parce qu’il avait vu son papa, qu’il avait passé du temps avec son papa. Ça m’a touchée parce que je me suis dit qu’il en avait besoin de sa cabine de pilotage (pour ceux qui ont lu la normalité adoptive). Nous venions de passer un dimanche avec des moments ensemble à 3 (sortie au skate park et en forêt, ce qui est rare mais apparemment précieux pour lui). Et l’autre jour où il a sorti de mon porte monnaie les cartes des différentes émotions, il a pris celle de « amoureux ». Je lui ai demandé de qui ? Je m’attendais à ce qu’il réponde « Coline », sa copine depuis ses 1 an. Non il a dit (vous le savez sûrement) « de maman ». Oh, j’ai trouvé ça super choux.

Il adore les histoires, depuis toujours. Nous lisons tout le temps, tous les soirs, des livres, des magazines. Sa marraine l’a abonné aux « premières belles histoires » et nous à « l’école des loisirs ». Il a des livres porteurs de messages subliminaux pour nous aider à vivre ensemble, à le faire grandir. Il aime aussi partir dans des imaginaires, dans la découverte des choses, du monde. Il adore « Grosse Colère », il a eu sa période « La maman de Choco » mais il lit de tout. Enfin « lire », il « regarde » plutôt, des « Martine », des imagiers à flaps sur le corps, des histoires d’animaux. En ce moment on prend les 90 pages des livres Walt Disney avec au choix, Mulan (moi je le trouve petit), Merlin l’enchanteur et son best off c’est le roi Lion. Le soir, on sait qu’il se relève pour regarder ses livres car le matin, on en a 2 ou 3 posés à côté de son oreiller.

Il est depuis toujours un enfant qui apprécie la musique. Il a le sens du rythme, il va lever le bras façon dj teuffeur, danser ou taper son pied pour marquer les temps. Tout petit, il s’apaisait en écoutant Calogero et c’est toujours le cas. On a trois CD de cet artiste dans notre voiture. Je le berce en lui chantant « Voler de nuit » mais à 3 ans et demie il nous demande « La Bourgeoisie des sensations » puis Vianney puis les Frangines. Dans ma « petite voiture citadine », avec mon lecteur cassette c’est Brassens qu’il réclame et c’est plus spécialement « gare au gorille ». Trois mois avant Noël il nous réclamait une guitare électrique et « pas acoustique ». Lors de la photo avec le père Noël à mon travail il a précisé une fois monté sur ses genoux : « Tanpis si j’ai pas le costume de Capitaine America, je voudrais une guitare électrique et un micro ». Il a tout eu et depuis, on a des concerts plus ou moins harmonieux dans notre salon . Il se la joue auteur-compositeur-interprète heavy metal/hard rock en hurlant sur son premier opus qui se résume à deux phrases « Il voulait être roi, mais il ne le savait pas ». A 7h15 le week-end, ça déménage!

Le Man’ me dit il n’est pas du tout logique, résoudre des problèmes, faire des puzzles, c’est pas son truc. Et bien non, pas pour le moment. Ni le côté loisirs créatifs. On a dû sortir deux fois la pâte à modeler cette année . Il n’est pas demandeur de ça.

Son autre attraction en ce moment, ce sont les supers héros. Il connaît depuis les catalogues de Noël, Batman, Spiderman, Capitaine America, Iron Man. Il joue avec leurs figurines et il se déguise très souvent à leur effigie. Il a appris en quelques jours comment faire la position des mains de Spiderman et c’est pas simple de plier deux doigts sur 5 à 3 ans et demie.

Depuis 6 mois, il a donné des prénoms à ses doudous. Nous avons Son doudou sous 3 exemplaires. Le plus récent s’appelle « Idric » et ses copies conformes mais plus abîmées avec une tête plus plate se nomment « Iris ». La dernière peluche achetée, un singe orang-outan a eu « Harmonica » pour prénom. La musique encore et toujours. Le soir en plus de l’histoire, ses grandes peluches, le lapin, le zèbre, le dragon et maintenant « Harmonica » vivent de sacrées aventures !

Niveau langage, depuis 6 mois les apprentissages sont énormes. Il prononce des petites phrases ou expressions rigolotes car pas tout à fait juste. On le reprend mais on les note pour les garder en tête avant qu’elles ne disparaissent.

Il sait conjuguer les verbes mais le verbe « être » parfois c’est compliqué : « Maman quand je sera grand je ferai de la trompette et toi peut être du trombone (il mime les deux instruments et me bluffe, je me demande où il a enregistré ça).

Il demande des yaourts « à la nature » et on trouve ça beau avec son papa. On les appelle nous aussi comme ça ces yaourts blancs que je ne trouve vraiment pas sucrés.

Il nous parle de la mort mais ça donne « Mémedith elle est morte, elle est au ciel, elle est avec le père Noël peut être ? ». Les personnes âgées, la vie et la mort, le concept n’est pas évident. Dans un parc en ballade on a eu droit à ça : « Nous on peut pas passer, la dame devant elle est morte ». « Non, c’est juste qu’elle ne marche pas vite, on la dépasse ». « Non la dame elle ne bouge pas, elle est morte. »

Le sans filtre si caractéristique où il dit ce qu’il pense ça peut être mignon et embarrassant. Au papa d’un de nos amis il a dit en touchant son ventre :  » J’aime ton gros ventre ».

En résumé ces moments là sont uniques, on avance avec lui avec ce qu’il est, en gérant comme on peut le quotidien. Nos soirées « pâte, jambon, on mange quoi? » sont fréquentes mais on s’est dit que ce n’était pas le plus important. On vit ces moments difficiles mais aussi heureux, vivants et parfois énergivores ça c’est sûr. Le quotidien de notre parentalité et même de la parentalité adoptive avec je crois, un petit plus à vivre et à accompagner.

De « Je vous souhaite bien du courage  » à « Je vais m’en occuper » (partie 1)

img_20191030_1746468576885307756949419.jpg

Post long … en 2 articles

Depuis 5 mois d’accompagnement par la pédopsychiatre, la psychomotricienne (et cet été un petit bilan orthophoniste nous a été rajouté), notre fils a fait des bonds de géant et nous aussi. Quand j’aurais le temps je vous dirais comment on a agit au quotidien.

Je fais désormais attention à garder une jauge d’énergie suffisante car A. va me chercher dans mes retranchements et cela puise dans mes ressources personnelles. Il peut me solliciter, me tester, en me tapant, en ayant de agressivité, histoire de savoir si je vais rester une maman fiable. On avait intégré des techniques pour l’apaiser mais en fin de semaine son papa est parti en déplacement deux jours et il a repris ses « mauvaises habitudes ». J’ai retrouvé mon bonhomme insécure, me choisissant comme punching-ball préféré. Bref, il y a eu une matinée de grosse galère où j’ai mis deux heures à décoller de la maison, réussissant à arriver au travail avec « seulement  » 40 minutes de retard. Ensuite, un week-end plus posé s’annonçait chez papi.

Samedi matin 9h30, j’ai eu envie de me joindre à son papi pour aller boire un café en ville. A. était réveillé depuis 6h15, il avait été dans le lit de papi, ils avaient regardé des dessins animés. Encore en pyjama, c’est le Man’ qui l’a vite habillé et il n’a pas vu les vêtements préparés sur le lit. A. est ressorti prêt à partir mais avec ses habits de dehors , ceux qui servent à faire du vélo, courir, tomber, pas ceux dont j’avais envie. Bon, je me suis dit que j’allais « juste » lui changer son pull pour quelque chose d’un peu plus joli. Le Man’ m’a prévenue : « T’es sûre de vouloir ça parce que ça risque de partir en cacahuète « . « Oui » car je ne me voyais pas aller dans le café cosy pour présenter mon fils en tenue de jardinage. « Le combat pour changer le pull  » n’a servi à rien, on n’a finalement jamais pu partir tous les deux. Mon choix, a déclenché sa colère.

Il m’a griffée (en plus des ongles qu’il plante bien dans la peau, il bloque ses doigts comme des serres, je pourrais être faucaunière à force !). Ensuite il m’a tapée avec poings, mains, coups de pied ou il a tenté de le faire en me poursuivant. Honnêtement après l’essai du coin dans la même pièce, imposer mon choix, tenter de le canaliser en le contenant physiquement, j’étais à bout d’idées et je sentais ma propre colère arriver en miroir. Je crois qu’il a lancé des objets, que j’ai crié puis il est parti dans une chambre en claquant les portes en bois. Je me suis dit, je fais quoi ? Je mets mon pieds, je mets ma main pour l’attraper pour ne pas nous mettre en danger tous les deux? Je fais quoi? Je ne sais pas. Je n’ai pas d’idée. Il est en furie. Je ne sais pas quoi faire. Bon, on n’ira pas au café pour un pull…

Puis papi est arrivé lui aussi en colère face à nous deux, pas du tout habitué à ce bazar sonore en début de week-end, à un enfant qui hurle, se débat, fait voler les affaires et se met dans un tel état de colère qu’il s’y épuise depuis une vingtaine de minutes. Il nous a crié à son tour dessus :  » Non mais c’est pas fini ce bazar. Tu fais de la comédie. Tu es ici chez moi et ici on ne fait pas ça. C’est ma maison et c’est moi qui commande ». Puis s’adressant à moi : « C’est de votre faute s’il est comme ça, vous lui avez tout cédé. Il a fait et il fait de vous tout ce qu’il veut ».

Quand je parle de ma jauge de colère, au milieu du couloir de chez mon beau père avec mon fils toujours aussi en larmes, elle était très haute. J’ai tenté de m’opposer calmement ou plutôt en parlant avec des sanglots de colère parce que j’avais envie de lui crier à mon tour dessus. D’une voix une peu de celle qui a une angine mais c’était une angine de colère, la voix coupée par moments, j’ai dit en pleurant » Non, vous ne pouvez pas dire ça, vous n’avez pas le droit de dire de telles choses. On vous l’a expliqué, A. n’est pas un enfant tout a fait comme d’autres, il a un trouble, on vous en a parlé. Il va voir un pédopsychiatre et une psychomotricienne » (c’était pas pour nous justifier c’était pour nous défendre contre l’agression verbale). Il a répondu : « Un enfant il faut lui poser des limites, il ne fait pas ce qu’il veut ». J’ai rétorqué :  » On a fait cela seulement ça ne marche pas. Je vous rappelle qu’à 2 ans et 9 mois il a fait un trou avec sa boite à musique dans la porte de sa chambre. A. n’est pas bien en ce moment et moi je ne sais pas comment faire. Ce qu’on faisait avant ne marche plus « . Et puis il a prononcé cette phrase qui m’a assommée : « Et bien si c’est comme ça on son âge, pour la suite je vous souhaite bien du courage ».

Là, j’ai quitté la maison parce que j’avais besoin d’aller hurler quelque part. Je n’avais pas envie d’envenimer les choses. J’ai juste dit « Ce que vous dites est injuste ». J’ai mis mon fils en sécurité à défaut de l’apaiser (ce n’était plus dans mes capacités du moment) en le donnant à son papa qui avait entendu la scène. A pied, j’ai même escaladé la murette (les fermetures électriques sans bip ni clefs à disposition c’est la loose) et je suis partie marcher dans la campagne, jusqu’au village d’à côté (qui n’est pas loin). Je me suis répétée : il a tord, c’est pas vrai, on n’est pas ces parents qu’il décrit, on n’a pas à nous renvoyer ça. Je vais lui dire ce que ça me fait , ce que je ressens face à ces paroles puis … Mais comment faire pour aider A., rien ne fonctionne en ce moment, deux jours d’absence de son papa et bim il régresse. Je le sens flancher mais je ne sais pas comment m’y prendre. Il est de nouveau pas bien et je ne sais plus comment faire, comment le rassurer. Les rendez-vous avec la pédopsychiatre son trop loin, on a besoin d’un étayage régulier. 45 minutes et quelques kilomètres d’usure de chaussures plus tard, je suis revenue chez papi, posée (et j’allais dire en position « adulte »),prête à parler et à assumer. Le Man’ et A. s’étaient reposés mutuellement après 15 minutes de pleurs à chaudes larmes. Vive le week end en famille !

  • Au moment du repas du midi (en famille), le Man’ avait parlé à son papa qui je le voyais avait les larmes aux yeux. Il m’a dit « Je voulais te dire pour tout à l’heure »« Heu non, pas maintenant avec A présent. On en reparle au moment de sa sieste, ne vous inquiétez pas ça va « .Et une fois notre fils couché, j’ai déroulé ce que j’avais sur le cœur car on n’allait pas rester avec nos colères, maladresses,culpabilités, incompréhensions. Si on veut avancer, c’est bien ensemble et dans nos familles il y a de l’amour pour cela.
  • Moi : « Quand on a eu A. et ensuite durant 2 ans tout a été facile et puis d’un coup ça a changé. Au départ je me disais qu’A était un enfant comme les autres (j’ai utilisé le terme « normal » ) mais en fait il a des besoins particuliers (c’est un enfant actuellement avec des besoins spécifiques). Vous nous dites qu’un enfant on lui pose des limites et c’est ce qu’on a fait et qu’on fait seulement on a été dans un tel conflit l’année dernière que ça a été une escalade et personne n’était bien » .
  • Il a dit « Oui, je sais. je suis désolée d’avoir dit ça »
  • Moi : « L’année dernière on a tout essayé, le mettre dans sa chambre, chercher des temps calmes, poser des interdits , imposer même sans énervement avec un ton ferme et neutre mais ça ne fonctionne pas. A. a beaucoup de colère. Jusqu’alors on nous avait donné des conseils et ça fonctionnait bien, il a changé et puis là c’est revenu. En tant que parents, que maman, j’essaie de le contenir, de faire ce qui jusque là l’apaisait mais ça ne marche plus ».
  • Il a dit : « Oui, mais moi parfois je vous trouve trop gentils »
  • Moi : « A a dû se sentir en insécurité car ses émotions négatives débordent. C’est pareil d’ailleurs quand il est joyeux il ne gère pas son énergie. On fait ce qu’on peut mais là c’est difficile on n’y arrive pas . J’ai demandé un rendez-vous pour voir la pedopsy parce qu’on a besoin d’être aidé. A. c’est à nous en tant que parents à l’aider à grandir le plus sereinement possible et là je sens qu’il ne va pas bien. Il a eu une diagnostic de trouble de l’attachement. A la pouponnière il était décrit comme un petit garçon anxieux, faisant beaucoup de colères et ayant besoin d’être rassuré, réclamant beaucoup les bras. On ne l’avait jamais vu comme ça puis il y a un an c’est ressorti, il redevenu comme ça. On se fait aider et on nous a dit que ça allait être un marathon ».
  • Le Man’ ou moi avons ajouté « C’est assez horrible de nous dire : Je vous souhaite bien du courage » . Ce dont on a besoin c’est d’être soutenu et aidé quand on est en difficultés. S’il est comme ça avec nous, vous le faites sortir jouer avec vous, vous intervenez pour nous aider. »

Après ce week-end et ces grandes explications sur une éducation qui n’est pas le modèle ni de la mienne ni de celle qu’il a donnée à ses fils, je crois qu’il a entendu qu’en tant que parents d’A, on faisait comme on pouvait.

La parentalité est un sacré défi. Unique, épuisante, déroutante, enrichissante aussi et il faut se reconnecter à son enfant, profiter des moments simple pour l’apprécier

(N’hésitez pas à me faire partager vos expériences pendant que j’écris mon prochain article). En photo, c’est lui, un sacré caractère, un tigre parfois dans ses attitudes. Heureusement y’a pas que ça.

Automne 2018, début des difficultés

Automne 2018… C’est pour dire comment j’écris en décalé..

A l’automne 2018, j’ai eu du mal à comprendre notre fils si changeant de celui que je connaissais avant. Le mercredi était un jour off, celui de mon temps partiel. Je l’imaginais comme un moment de retrouvailles, de jeux, de siestes mais je l’ai vécu peu à peu comme une corvée.

Pourquoi ? J’avais un enfant colérique, n’acceptant aucune frustration. La purée pas à son goût, il m’a par exemple cassé l’assiette. Son papa qui lui dit non pour un peu plus de saucisson, je me suis faite pincer deux fois fortement au niveau du bras. Même en prévenant, même en expliquant la fin previsionnelle des activités, j’avais droit à un enfant furieux. Je me rappelle de nos sorties mémorables de la ludothèque où je l’avais sous le bras, en train de se débattre, de me taper, d’essayer de me griffer.

Jusqu’à ses deux ans je le comprenais très facilement mais là c’était tout autre chose. J’arrêtais pas de me dire : Qu’est ce qui ne va pas ? Qu’est ce qu’il a ? Comment doit on réagir ? Qu’est ce que je fais de pas adapté ? Avec le Man’ on n’a pas arreté de se ré ajuster.

On a mis en place le coin et il y restait en minutes proportionnelles à son âge, le coussin de la colère où taper pour se défouler, la relaxation avec des postures de yoga. .. Que sais je encore.

À la maison je me retrouvais peu à peu avec un bébé scotché à ma jambe et qui dès que je le reposais répliquait par des gestes qui font mal. Il me tapait, poussait, pinçait, griffait, mordait, donnait des coups de pied, de petits coups de poings, jetait ses affaires, les miennes. Je me suis énormément remise en cause, tantôt douce, tantôt très en colère contre lui.

Il y avait un énorme décalage avec le regard qu’avait sa nounou, tout se passait bien chez elle et tant mieux. Il y avait aussi du décalage dans son attitude avec son papa, qui elle était de bonne qualité.

À la fête de Noël de la crèche, je l’ai observé, c’était un petit garçon beaucoup plus mature que celui qu’il était devant moi. Un enfant bien, sûr de lui, écoutant les consignes, souriant. Il n’était pas le petit bonhomme de 2 ans et demie toujours en colère et dans le conflit face à moi… Culpabilité…. culpabilité.

On me disait « c’est le terrible two c’est de son âge,vous êtes douce il faut être plus ferme. C’est à vous d’être celle qui décide, c’est pas lui » . « Il va te dominer » . « Peut être qu’il faut plus suivre une routine comme à la crèche, à 10h il faut sortir faire une balade pour qu’il se dépense « . On me conseillait aussi le contraire et qui attrait à l’ education positive : le faire souffler sa colère lui expliquer que comme un nuage elle passe, qu’il a le droit d’être en colère mais que taper sa maman n’était pas une solution, qu’il valait mieux taper des pieds » J’ai tout fait, tenté. J’ai aussi acheté des livres jeunesse pour faire passer des messages mais rien n’y faisait.

Au début le Man’ ne comprenait pas et des professionnels de la petite enfance m’ont désarmée : « Moi je vois que c’est un enfant qui va bien mais il s’inquiète pour vous et les enfants sont des éponges. Quand vous irez mieux il ira mieux ». « Ce comportement est normal jusqu’à l’âge de 5 ans, le cerveau est en construction, c’est vous qui le voyez avec un regard différent, essayez de passer du temps de qualité avec lui ».Culpabilité… Culpabilité.

À un moment, je me suis dit ou résignée à l’idée que certains enfants n’avaient pas forcément une bonne relation avec un de leurs parents. Si c’était moi c’était comme ça mais du haut de se deux ans et demie et après tellement de moments de bonheur partagés, comme cette scission me faisait mal et me rendait triste !

Notre relation semblait disloquée. C’était épuisant, révoltant. J’étais accablée d’un tel constat. Si petit, c’était si dur. Ni lui ni moi ne semblions bien. Alors j’ai persévèré pour trouver de l’aide. Pour moi, lui, notre famille nous, je me suis dit qu’on n’allait pas s’arrêter là.

J’ai pris des références de pedopsychiatres que j’ai appelés, ils étaient complets. J’ai ensuite contacté notre antenne locale d’Efa qui m’a orientée vers d’autres professionnels et structures.

Début mai, nous étions de plus en plus à bout. On notait une escalade des colères de notre fils et enfin je me suis enfin entendue et reconnue par une pedopsychiatre. Nous avons eu un consultation à 3 durant plus de deux heures et nous en sommes ressortis avec un diagnostic, des explications, des premiers conseils et une proposition de prise en charge pluridisciplinaire.

Dès lors je n’ai plus vu le petit chaton comme un petit être persécuteur mais comme ce qu’on nous a expliqué, un enfant anxieux qui exprime ses émotions par la colère et qui a besoin d’être rassuré. Il était décrit comme cela lors du rapport auprès du conseil de famille quand on a été choisi pour être ses parents. Finalement ce schéma on ne sait pas trop pourquoi est redevenu son mode de communication à un moment.

L’amour ne suffit pas mais il est indispensable pour passer des caps. La bonne nouvelle c’est que depuis notre prise en charge, ça marche. En se réajustant, en décodant ses réactions, ses attitudes en quelques mois, on a tous fait des bonds de géant. Ça vaut tellement le coup de s’être accrochés même avec beaucoup de mal. Quand je regarde nos photos de nos vacances d’été, je vois un petit garçon de 3 ans heureux, épanoui. C’est du bonheur.

Aidés par des professionnels à l’écoute ce sont les parents qui connaissent le mieux leurs enfants.

Nos réajustements, son trouble de l’attachement dit insecure anxieux ou ambivalent resistant, je vous en parle ensuite. J’avais quand même envie de détailler ce qu’on peut appeler les « symptômes » afin que notre experience soit peut être utile à d’autres parents adoptifs.

Sacré terrible two ?

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. L’année 2018 a été finalement sacrément déroutante pour nous, enfin pour moi, trop de choses à gérer … et j’ai craqué. C’était en décembre mais il y avait des signes avant coureurs. En décembre, je me suis effondrée. Moi qui me pensais forte après des années de PMA, de démarche adoption, des traumas dans ma vie, je me suis sentie en quelques jours en insécurité sur plein de plans.

J’analyse avec du recul qu’au niveau du travail la reprise a été des plus compliquées : longueur des trajets, stress au travail, conciliation difficile entre la vie professionnelle et la vie privée. Au niveau des proches, il y a eu des décès. Au niveau perso, entre septembre 2018 et septembre 2019 j’ai eu 2 transferts d’embryons puis je me suis faite opérer de l’endométriose avec l’idée de tenter la cerise sur le gâteau, notre dernière FIV avec don. Au bout d’un moment, le vase a débordé.

Et j’en arrive au sujet principal de mon post que je vais couper en 2 fois, la question de l’attachement. Je vous avais raconté le début de notre attachement à tous les 3. Mon congé parental d’environ un an, je l’ai vécu comme une parenthèse des plus idylliques. Tout était des plus simples avec le Chaton, il était heureux, souriait, était très en interaction, toujours vif avec son regard qui ne laisse pas indifférent et ses expressions craquantes. Dans sa première année avec nous, il a toujours été très sociable, il s’est adapté à notre rythme. On pouvait l’emmener partout et d’ailleurs je faisais tout avec lui. Durant un an et demie, je dirais qu’il a un peu été le prolongement de mon bonheur intérieur, l’objet essentiel de nos attentions après des années d’attente. Je me suis consacrée entièrement à lui et j’en étais ravie. C’est un peu ce que font je crois la plupart des mères en congé parental de longue durée je pense. Je me rappelle de seulement 3 moments où j’en ai eu marre (une après midi où j’avais envie d’être toute seule, une soirée où je ne savais plus quoi faire avec lui- je n’avais plus d’idées d’activités-, et un midi où après 15 jours à me cracher la nourriture à chaque repas, j’étais un peu fatiguée d’avoir adopté le tablier plus la retouche de shampoing quotidiennement).

Pour moi le comportement du petit chaton a changé vers ses 22 mois. Il s’est mis à se rouler par terre, à me taper. Friande de conseils en parentalité, je me suis dit qu’on rentrait dans le terrible two, cette fameuse période entre 2 et 4 ans où notre enfant sage et calme devient plusieurs minutes par jour, une sorte de dragon. Ça a commencé quand j’ai su que j’allais me faire opérer de l’endométriose, j’étais stressée sur les suites organisationnelles post chirurgie et en même temps le Petit Chaton était replacé chez une nounou. Le soir, au moment de le récupérer il gesticulait dans tous les sens, me donnait des coups de pied pour monter dans son siège auto. On s’est armé de patience et 3 semaines après c’était passé. En post chir nous avons été attentifs à sa réaction et lorsque ma maman est venue s’en occuper à ma place en complément du Man’, nous avons entouré chaque journée par des mots, des explications, des câlins, des bisous, de la tendresse de ma part afin qu’il se sente le moins possible bouleversé dans ses habitudes.Le Petit Chaton colérique est redevenu assez doux.

Au moment d’un voyage professionnel du Man’ le mois suivant, nous avons expliqué 4 jours avant, ce qui nous semblait, ni trop tôt, ni trop tard, que papa partait quelque jours, que lui restait avec moi et que surtout on se retrouverait tous les trois d’ici 5 dodos. On a insisté sur le temps des retrouvailles. Sans son papa, même avec des conversations Whatsapp etc … le petit Chaton demandait « il est où papa? », normal. Le trajet en avion à 2 en hublot avec 2h de retard sur un temps initial de vol à peu pré équivalent, accroché à ma ceinture a été horrible pour nous deux. J’avais emmené en cabine des livres, des gommettes, des yaourts, des compotes et doudou mais j’avais oublié les gâteaux. En entendant tout le monde être servi, le petit chaton hurlait « gâteau ». Au départ j’ai réussi à le faire patienter , à lui dire de jolies phrases de parentalité positive comme : « Je comprends, tu as très envie d’un gâteau mais on n’est pas encore servi » « Je comprends, tu as très faim et bientôt ça va être notre tour ». Cependant, après 30 minutes trèèès longues , en larmes et énervé, il est devenu impossible à contrôler en terme d’émotion. Quand enfin le plateau repas est arrivé, le cake ne lui a pas plus, il l’a décomposé pour partie en miettes. Je lui ai proposé mon sandwich poulet tomate jambon qu’il a renversé de colère avec le plateau repas. Heureusement que le fromage blanc n’était pas ouvert car le plateau a volé dans toute la rangée. Je me suis reçue la tomate, je ne sais pas qui a réceptionné le poulet, le pain et le fromage, sur sa tête ou ses jambes. Il se débattait, en me tirant les cheveux et en me tapant de colère. Les hôtesses de l’air ont voulu le dégager mais il s’agrippait et me griffait le cou, lui, le Petit Chaton, poils dressés, gros dos et complètement hors de lui. J’ai pleuré de honte et j’ai dû lui dire que ce qu’il faisait n’était pas gentil puis, enfin pris en charge dans l’avion, il s’est apaisé en engloutissant 2 paquets de gâteaux au chocolat de la business class. On m’a dit « Ne vous inquiétez pas, nous aussi on est maman, voyager seule avec un petit c’est compliqué » et aussi des : « Il serait pas hyperactif ? « . Les vacances ont été l’objet de colères mais bon, elle durait 20 minutes même si elles nous prenaient de l’énergie. On a réussi à le punir en le mettant au coin de la poussette. On se demandait s’il n’avait pas faim, mal, mais les frustrations passaient difficilement. Sur l’été, les enfants de nos amis nous appelaient pour dire lors des moments de retrouvailles collectives « il m’a tapé ici, il m’a mordu, il m’a griffé ». A chaque fois nous avons posé des limites verbales avec au choix les tournures suivantes : « Taper, mordre, c’est interdit, tu n’as pas le droit de faire ça », « Taper ça fait mal, ça rend triste, ça fait pleurer » , « La main ça sert à faire des caresses, à dessiner ». On faisait le signe interdit en langage sourd et muet. Le jour de ses deux ans j’écrivais en légende d’une de mes photos de vacances : « Premier câlin tous les 3. Il nous a demandé et nous a serré très fort après une journée de parents ».

En reprenant ce souvenir, je crois qu’on découvre déjà en filigrane le comportement ambivalent qu’on vit depuis un an avec le Petit Chaton et qui vient juste d’être qualifié de « Trouble de l’attachement ambivalent résistant » (la suite demain).