Débat sur les lois de bioéthiques et de la PMA avec donneur

Je viens d’avoir le transfert de notre dixième embryon. Je dis « notre » mais il est issu d’un don d’ovocyte. Pour moi c’est clairement notre embryon car il évolue (j’espère encore) en moi. Nous avons bénéficié d’un don d’ovocytes ce que j’associe à un don de gamète, une don de cellule. En plein débat sur la bioéthique la médiatisation d’enfants issus de dons d’ovocytes ou de sperme à la recherche de leurs origines (origines génétiques ?) m’a troublée, m’a gênée et m’a fatiguée.
Pour moi il est très clair que si cet embryon veut bien d’accrocher, si cet enfant je le porte, j’en serai la mère biologique à part entière et sa maman.
On a fait notre demande de don avec les lois actuelles. Nous avons eu quatre entretiens avec le psychologue du CHU. Comme il nous l’a dit nous pourrions expliquer notre genèse commune à notre bébé avec les mots suivants :  » Une dame est venue à l’hôpital pour donner des graines qu’on a mélangées à celles de papa et après elle est partie. On les a mises dans le ventre de maman et elles ont grandi pour faire un joli bébé et ce bébé c’est toi ».

Un don ce n’est pas un contre don. Un don c’est sans rien attendre en retour. Un don c’est anonyme et  c’est gratuit en France. Un don d’ovocyte ou de sperme c’est l’envie d’aider un couple à avoir un enfant. Un don c’est tout de même un cadeau qu’on nous offre. Les dons du sang, les dons de moelle, les dons de cordon ombilical, les dons d’organe sauvent des vies. Les dons de gamètes permettent de la créer.

 

Lorsqu’on accède à une FIV avec don en France, en plus des protocoles des CHU, ils y a aussi des démarches légales notamment un passage devant le juge aux affaires familiales.  Elles visent à ce que « le tiers donneur » n’ait aucun lien avec l’enfant qui pourrait naître. Ça nous protège à tous. Pour moi la personne donneuse n’a rien à faire dans notre vie et n’attend rien de nous.
Cet homme médiatisé, Arthur, issu d’une FIV avec don de sperme, a eu apparemment accès à l’identité de son donneur via des tests effectués aux USA . Par regroupement ensuite il indique avoir retrouvé celui-ci qui au téléphone aurait répondu : « Je suis content de te parler ». Apparemment ils  auraient prévu de se rencontrer mais pour se dire quoi? Je suis assez dubitative. Lorsqu’on fait un don, on n’a pas de désir d’enfant associé alors pourquoi aller chercher des réponses d’ordre personnel chez cet inconnu(e) ?
Expliquer le processus du don et ne rien cacher à son enfant dès son bas âge est indispensable mais pour nous il n’y aura pas plus. On ne va pas créer un lien même imaginaire avec la donneuse, juste dire qu’elle a fait un geste pour nous.

Nous aussi on s’est questionné sur le don de sperme mais en aucun cas j’ai envie que quelqu’un sonne à notre porte dans des dizaines d’années en disant, « je suis ton fils ou ta fille » car non ce ne sera pas le cas.

C’est peut être en faisant le constat du manque de donneurs et donneuses que certains couples receveurs accepteraient que la loi change ? Au CHU d’ici, le temps d’attente pour un don d’ovocyte n’a pas changé, c’est un délai de 2 ans. La loi a aussi élargi les conditions de don pour les femmes en l’ouvrant aux femmes sans enfant. Alors vous en pensez quoi?

La vitrification des ovocytes pour ne pas craindre l’horloge biologique

Une chance nous a été offerte, celle d’accomplir une dernière tentative de FIV par don d’ovocytes en France. Je couve actuellement deux embryons J2 obtenus par FIV avec don d’ovocytes préalablement vitrifiés (congelés dans l’azote). 
J’ai un peu parcouru Internet pour en savoir plus et je réalise que la congélation des ovocytes est possible dans un cadre très restreint . Les femmes françaises qui ne sont pas encore en couple ou dont le compagnon n’est pas encore prêt vont donc en Belgique ou en Espagne pour faire vitrifier leurs ovocytes.
Je trouve pourtant que c’est une démarche naturelle de souhaiter un enfant au moment où le couple est en mesure de se projeter dans la parentalité. J’ai des ami(e)s, la trentaine passée, qui en raison de leur âge se demandent si un jour ils/elles seront parents. La fertilité des femmes baissent drastiquement à partir de 35 ans et parfois c’est même beaucoup plus tôt. Congeler (vitrifier) ses ovocytes pour espérer un bébé, quelques années après, je trouve cela humain. 
Le grand questionnement est ensuite l’âge jusqu’au quel on pourrait faire usage de ses ovocytes vitrifiés. J’avoue ne pas trop savoir donner une réponse. L’actualité « choc » avec des femmes, mères à 60 ans, cela me déboussole complètement. Il faut trouver un juste milieu. 
Une chance nous a été offerte grâce aux progrès de la science. Les premiers enfants issus de FIV avec don d’ovocytes vitrifiés, sont nés en France en 2012 suite aux changements des lois de bioéthiques de 2011. C’est donc dans l’histoire de la PMA et du fait de l’évolution de la société, que je souhaite que la congélation des ovocytes puisse faire l’objet d’un débat éthique pour ne plus craindre l’avancée de notre horloge biologique.
On me permet de bénéficier des ovocytes congelés donnés par une femme mais cette personne dans une autre démarche n’aurait pas pu les congeler pour elle-même. On se retrouve peut être devant deux poids deux mesures non ? Vous en pensez quoi ?