Sacré terrible two ?

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. L’année 2018 a été finalement sacrément déroutante pour nous, enfin pour moi, trop de choses à gérer … et j’ai craqué. C’était en décembre mais il y avait des signes avant coureurs. En décembre, je me suis effondrée. Moi qui me pensais forte après des années de PMA, de démarche adoption, des traumas dans ma vie, je me suis sentie en quelques jours en insécurité sur plein de plans.

J’analyse avec du recul qu’au niveau du travail la reprise a été des plus compliquées : longueur des trajets, stress au travail, conciliation difficile entre la vie professionnelle et la vie privée. Au niveau des proches, il y a eu des décès. Au niveau perso, entre septembre 2018 et septembre 2019 j’ai eu 2 transferts d’embryons puis je me suis faite opérer de l’endométriose avec l’idée de tenter la cerise sur le gâteau, notre dernière FIV avec don. Au bout d’un moment, le vase a débordé.

Et j’en arrive au sujet principal de mon post que je vais couper en 2 fois, la question de l’attachement. Je vous avais raconté le début de notre attachement à tous les 3. Mon congé parental d’environ un an, je l’ai vécu comme une parenthèse des plus idylliques. Tout était des plus simples avec le Chaton, il était heureux, souriait, était très en interaction, toujours vif avec son regard qui ne laisse pas indifférent et ses expressions craquantes. Dans sa première année avec nous, il a toujours été très sociable, il s’est adapté à notre rythme. On pouvait l’emmener partout et d’ailleurs je faisais tout avec lui. Durant un an et demie, je dirais qu’il a un peu été le prolongement de mon bonheur intérieur, l’objet essentiel de nos attentions après des années d’attente. Je me suis consacrée entièrement à lui et j’en étais ravie. C’est un peu ce que font je crois la plupart des mères en congé parental de longue durée je pense. Je me rappelle de seulement 3 moments où j’en ai eu marre (une après midi où j’avais envie d’être toute seule, une soirée où je ne savais plus quoi faire avec lui- je n’avais plus d’idées d’activités-, et un midi où après 15 jours à me cracher la nourriture à chaque repas, j’étais un peu fatiguée d’avoir adopté le tablier plus la retouche de shampoing quotidiennement).

Pour moi le comportement du petit chaton a changé vers ses 22 mois. Il s’est mis à se rouler par terre, à me taper. Friande de conseils en parentalité, je me suis dit qu’on rentrait dans le terrible two, cette fameuse période entre 2 et 4 ans où notre enfant sage et calme devient plusieurs minutes par jour, une sorte de dragon. Ça a commencé quand j’ai su que j’allais me faire opérer de l’endométriose, j’étais stressée sur les suites organisationnelles post chirurgie et en même temps le Petit Chaton était replacé chez une nounou. Le soir, au moment de le récupérer il gesticulait dans tous les sens, me donnait des coups de pied pour monter dans son siège auto. On s’est armé de patience et 3 semaines après c’était passé. En post chir nous avons été attentifs à sa réaction et lorsque ma maman est venue s’en occuper à ma place en complément du Man’, nous avons entouré chaque journée par des mots, des explications, des câlins, des bisous, de la tendresse de ma part afin qu’il se sente le moins possible bouleversé dans ses habitudes.Le Petit Chaton colérique est redevenu assez doux.

Au moment d’un voyage professionnel du Man’ le mois suivant, nous avons expliqué 4 jours avant, ce qui nous semblait, ni trop tôt, ni trop tard, que papa partait quelque jours, que lui restait avec moi et que surtout on se retrouverait tous les trois d’ici 5 dodos. On a insisté sur le temps des retrouvailles. Sans son papa, même avec des conversations Whatsapp etc … le petit Chaton demandait « il est où papa? », normal. Le trajet en avion à 2 en hublot avec 2h de retard sur un temps initial de vol à peu pré équivalent, accroché à ma ceinture a été horrible pour nous deux. J’avais emmené en cabine des livres, des gommettes, des yaourts, des compotes et doudou mais j’avais oublié les gâteaux. En entendant tout le monde être servi, le petit chaton hurlait « gâteau ». Au départ j’ai réussi à le faire patienter , à lui dire de jolies phrases de parentalité positive comme : « Je comprends, tu as très envie d’un gâteau mais on n’est pas encore servi » « Je comprends, tu as très faim et bientôt ça va être notre tour ». Cependant, après 30 minutes trèèès longues , en larmes et énervé, il est devenu impossible à contrôler en terme d’émotion. Quand enfin le plateau repas est arrivé, le cake ne lui a pas plus, il l’a décomposé pour partie en miettes. Je lui ai proposé mon sandwich poulet tomate jambon qu’il a renversé de colère avec le plateau repas. Heureusement que le fromage blanc n’était pas ouvert car le plateau a volé dans toute la rangée. Je me suis reçue la tomate, je ne sais pas qui a réceptionné le poulet, le pain et le fromage, sur sa tête ou ses jambes. Il se débattait, en me tirant les cheveux et en me tapant de colère. Les hôtesses de l’air ont voulu le dégager mais il s’agrippait et me griffait le cou, lui, le Petit Chaton, poils dressés, gros dos et complètement hors de lui. J’ai pleuré de honte et j’ai dû lui dire que ce qu’il faisait n’était pas gentil puis, enfin pris en charge dans l’avion, il s’est apaisé en engloutissant 2 paquets de gâteaux au chocolat de la business class. On m’a dit « Ne vous inquiétez pas, nous aussi on est maman, voyager seule avec un petit c’est compliqué » et aussi des : « Il serait pas hyperactif ? « . Les vacances ont été l’objet de colères mais bon, elle durait 20 minutes même si elles nous prenaient de l’énergie. On a réussi à le punir en le mettant au coin de la poussette. On se demandait s’il n’avait pas faim, mal, mais les frustrations passaient difficilement. Sur l’été, les enfants de nos amis nous appelaient pour dire lors des moments de retrouvailles collectives « il m’a tapé ici, il m’a mordu, il m’a griffé ». A chaque fois nous avons posé des limites verbales avec au choix les tournures suivantes : « Taper, mordre, c’est interdit, tu n’as pas le droit de faire ça », « Taper ça fait mal, ça rend triste, ça fait pleurer » , « La main ça sert à faire des caresses, à dessiner ». On faisait le signe interdit en langage sourd et muet. Le jour de ses deux ans j’écrivais en légende d’une de mes photos de vacances : « Premier câlin tous les 3. Il nous a demandé et nous a serré très fort après une journée de parents ».

En reprenant ce souvenir, je crois qu’on découvre déjà en filigrane le comportement ambivalent qu’on vit depuis un an avec le Petit Chaton et qui vient juste d’être qualifié de « Trouble de l’attachement ambivalent résistant » (la suite demain).

Adoption : les droits de l’arrivée de son enfant jusqu’au jugement d’adoption plénière

Après avoir géré la gastro familiale dans les tous premiers jours à la maison (j’écris en différé c’était en 2016), nous avons dû nous engager dans plein de démarches administratives avec plus ou moins de compréhension de la part des interlocuteurs. Le service adoption qui nous a vraiment bien accompagné après notre agrément n’était pas entièrement calé sur le sujet. C’est le réseau de parents adoptifs qui nous a bien aiguillé ainsi que des recherches sur Internet. Il y a des moments où il a fallu taper fort sur la table pour se faire entendre (c’est bien sûr une expression, je suis tout a fait respectueuse ).

Du côté des parents : 
Le couple qui accueille un enfant confié en vue de son adoption, a droit au congé adoption. Il est à solliciter auprès de la sécurité sociale.
Le congé adoption c’est un peu l’équivalent du congé maternité. Il peut être pour un des parents ou les deux. Lorsqu’il est divisé entre les conjoints, sa durée est de 10 semaines et 11 jours. Il y a un minimum de 11 jours à prendre par l’un des parents mais ensuite on s’organise comme l’on veut. Il peut commencer une semaine avant la date où l’enfant est confié.
Dans notre cas, mon mari qui a le plus gros salaire a pris 10 semaines et moi les 11 jours. On a débuté notre congé adoption au premier jour de la semaine d’adaptation à la pouponnière. Cette période de 2 mois et demie à 3 a été un énorme bonheur. Quand je regarde les photos de cette fin d’année 2016, mon Man’ a les yeux qui pétillent, on est dans cette phase de rencontre et de découverte mutuelle. Nous transparaissons comme des parents émus, heureux et qui savourent. Le petit chaton lui est beaucoup moins expressif qu’aujourd’hui mais nos photos rappellent ces échanges de regards si puissants, purs et savoureux.2017-02-16 18-35-00

J’ai ensuite enchaîné sur un congé parental. Par le plus grand des hasard, j‘avais prévenu mon employeur un an pile avant l’Appel mais dans la loi c’est deux mois avant par lettre en recommandé. Autant prendre les devants pour ne pas être surpris. Cette fois, c’est la CAF qu’il faut contacter (ou la MSA pour les personnes relevant du régime agricole ?).
Parents d’enfants confiés en vue de leur adoption, on tient compte de notre situation particulière. Le congé parental va jusqu’à 12 mois après l’arrivée de l’enfant ou après la fin du congé adoption contre 6 dans le cadre d’une naissance (pour un 1er enfant). Il peut être total ou à temps partiel.
On l’a su en décalé alors fan du petit chaton, j’ai allongé mon congé initial de 6 mois à temps plein avec 4 mois supplémentaires. J’avais envie de profiter de l’été, des balades au soleil, des beaux jours (l’année n’avait pas été aussi pluvieuse qu’en 2018 !) et surtout de lui ! J’ai repris mon travail à 80 % avec encore 2 mois de congé parental à temps partiel.
Au niveau du porte monnaie, la CAF m’a versé pour un congé parental à temps plein, 390 €/mois de PREPARE (Prestation Partagée d’Education de l’Enfant). A temps partiel à 80 % , le droit est de 141 €. Je m’étais renseignée, il n’y avait aucun versement pour une reprise d’activité à 90%.

Ce qui semble dépendre de la politique familiale du département, c’est ensuite l’accès ou pas à l’Allocation de Soutien Familial au titre de Tiers (versée par la CAF ou la MSA). L’allocation de Soutien Familial dans l’esprit de la loi c’est une aide versée à une personne qui s’occupe d’un enfant privé de ses parents.  Alors au premier abord ça fait bizarre de se dire qu’on peut en bénéficier car on se sent parents de notre petit mais aux yeux de la loi, avant le passage au tribunal dans le cadre du jugement d’adoption plénière, c’est bien un enfant pupille de l’état, né sous X qui nous est confié en vue de son adoption. Il a d’ailleurs son identité temporaire mais officielle c’est à dire les 3 prénoms qui lui ont été donnés à sa naissance.
On a appris cela en différé. Alors que j’avais signalé, puisque c’était le cas dans mon coeur, qu’en lien de parentalité le petit chaton était notre fils, j’ai ensuite modifier notre « dossier » pour le noter comme « enfant né sous x, pupille de l’état confié en vue de son adoption ». J’en parlerais dans un prochain article (qui j’espère ne prendra pas des mois) mais jusqu’au 6 mois après l’apparentement minimum, le suivi du service adoption se poursuit à raison d’une visite à domicile par mois. On réalise à travers cela et encore plus en lisant le rapport d’adaptation que le services sociaux envoient au juge puis la rédaction de notre part d’une « lettre de motivation argumentée et détaillée manifestant l’intérêt réel porté à notre enfant », qu’en effet, juriquement, notre petit est sous la protection du département lors de sa première année. Du coup, je me suis sentie légitime pour demander cette prestation. Elle s’arrête le mois précédant le jugement d’adoption plénière.
Le montant de l’ASF est de 110 euros par mois même un peu plus (J’ai un peu oublié).

Au regard des ressources (ce n’est pas spécifique à l’adoption) on peut ouvrir droit à l’allocation de base PAJE de 90 € et/ou/ou pas! à la prime à l’adoption .

Du côté du petit bout : 
A sa naissance, le département a protégé le petit chaton. Il avait une couverture santé complète avec la PUMA (Protection Universelle Maladie) pour les soins, les examens, bilans, médicaments dont il a bénéficié de son arrivée dans notre monde à la pouponnière. 
De suite après la semaine d’adaptation et donc le début officiel de son placement en vue d’adoption, nous avons fait une demande de rattachement auprès de notre caisse de sécurité sociale en envoyant son contrat de placement et son extrait d’acte de naissance. Ca permet d’aller en consultation avec la carte vitale d’un des parents.

Pour la partie complémentaire santé (mutuelle quoi), durant 1 an, un bébé né pupille bénéficie de la CMUC (Couverture Maladie Universelle Complémentaire). Cela permet de ne rien payer le concernant , de ne pas faire d’avance de frais.
J’avais peur au départ que cela le stigmatise, que des soignants ou pharmacies nous refusent mais cela n’a jamais été le cas.

Côté discrimination, mais ce n’est pas un droit, nous avions appris que notre mutuelle versait une jolie somme à la naissance des enfants. Naïvement, j’ai donc sollicité cette aide qui s’appelait « Prime à la naissance ». Aucune nouvelle après quelques semaines, je les ai donc contactés par téléphone. Et là, je suis tombée des nues « Je suis désolée Mme mais dans votre contrat il n’y a pas de droit car c’est une prime que pour une naissance et pas pour une adoption ». Le fait d’indiquer qu’avant tout il s’agissait de l’arrivée d’un enfant quelle qu’elle soit n’a rien changé, ni de préciser que du côté de ma boite c’était « naissance ou adoption » Elle m’a dit de contacter le Président du groupe où travaille mon mari, que lui seul pouvait influencer sur les termes du contrat. J’ai quand même hésité à « déranger » avec ma petite question de maman, le Président France de sa multinationale! A la place, j’ai donc rédigé un courrier ou plutôt un plaidoyer à destination de notre mutuelle. Je leur ai écrit le pamphlet suivant  :  « Je pense que vous jouez sur les mots concernant le contenu de notre contrat, puisqu’il paraît discriminatoire de faire la différence entre un bébé né sous X et adopté et un enfant né dans sa famille dite « naturelle ». Mon travail, mon comité d’entreprise n’ont fait aucune différence sur cela. Je ne comprendrais pas que ce soit le cas de votre côté. En effet, cette prime est censée concerner l’arrivée d’un enfant au foyer de ses parents. Après son jugement d’adoption plénière comme tout enfant, notre fils va figurer sur notre livret de famille avec notre filiation.
J’ai fini avec la petite formule de politesse : « Je vous remercie de l’attention portée à notre situation peut être atypique mais relevant tout simplement de l’arrivée d’un enfant, d’un bébé au sein de sa famille ». Et bim, deux semaines après on avait l’argent sur notre compte.

Cet article se veut être une source d’information pour les parents adoptants ou ayant juste adoptés. Les informations de notre département étaient partielles alors je me dis que ça peut aider. Ca peut aussi être complété par vos expériences ou témoignages. A suivre donc …

Rendez-vous en terre inconnue dans les démarches administratives post apparentement d’adoption

Lorsque le petit chaton est arrivé, je suis passée du statut de salariée à celui de maman en congé d’adoption puis parental. Du coup on a informé les administrations de notre changement de situation afin de faire valoir nos droits aux indemnités journalières sécurité sociale et aux prestations familiales.
Je comprends bien que l’adoption est une situation assez rare dans les milliers de dossiers d’allocataires mais mon rendez-vous au siège de la CAF valait son pesant de cacahuètes : 
Moi : « Bonjour je viens parce que je suis maman par adoption depuis la semaine dernière »
Elle (la personne du guichet) : « Et vous aviez prévenu la CAF de votre projet d’adoption « 
Moi (pas mal suprise) : « Heu non » (oui j’ai beaucoup de vocabulaire parfois)
Elle : « Tout comme on déclare sa déclaration de grossesse il aurait fallu faire cette déclaration en disant que vous alliez devenir parents bientôt. Pour la grossesse c’est au 3 ième mois. Il aurait fallu faire ça il y a quelque mois. C’est pas grave on va rattraper cela »
J’ai adoré (pince sans rire) cette comparaison sur la facilité à connaitre d’après elle une arrivée d’enfant par adoption. Je me suis dit qu’elle n’avait aucune idée de cette attente, de cet appel qui en quelques secondes change la vie. Après, j’entends qu’on ne puisse pas tout savoir des particularités des situations de famille si on n’y est pas confronté.
Moi : « En fait, on ne sait pas toujours quand on devient parent dans le cadre d’une adoption . On attend durant des années, on espère et un jour un appel nous apprend qu’on nous a choisi pour être parents d’un enfant. On a été appelé il y a 20 jours et avant on n’en savait rien ».
Elle : le fameux « Ha bon, vous n’en saviez rien ! » suivi de la célèbre phrase : « Il vient de quel pays ? ». Ça a été « le double effet kiss cool » quand je lui ai  précisé « De France, de notre département. Nous avons adopté un bébé né sous X ». Elle ne savait pas que c’était possible mais le côté « bébé » apporte toujours un effet mignonerie qui touche les gens.
S’en suit la remise de certaines pièces dont l’extrait d’acte de naissance du petit chaton avec un « Mais là ce n’est pas noté que c’est votre enfant ? » Y’a aucun parent sur cet extrait d’acte de naissance ? ». 
Moi : « Oui, c’est le principe de la naissance sous X, on ne connait pas l’identité des parents biologiques, c’est une naissance sous le secret mais j’ai le contrat de placement de notre département qui nous confie notre bébé en vue de son adoption plénière ».
Puis « Il ne porte pas votre nom, comment on va faire pour comprendre ça nous ? ». J’ai alors expliqué que durant sa première année un bébé né sous X avait l’identité qui lui avait été donnée à la maternité.

C’était la poursuite de ce rendez vous en terre inconnue sur l’adoption pour elle. Je lui ai expliqué que nous allions faire un requête auprès du procureur de la République après 6 mois d’évaluation des travailleurs sociaux à notre domicile, pour que le bébé qui nous était confié en vue d’adoption devienne légalement notre fils et porte le prénom que nous lui avions choisi ainsi que notre nom de famille.

Elle était intéressée mais très perdue par toutes mes informations. Pour résumer elle m’a dit « Là il va falloir une lettre parce qu’autrement on ne va rien comprendre ». C’était le début des lettres explicatives à tous les organismes car pour beaucoup d’administrations, l’adoption est méconnue. 

Son début de vie, de sa naissance à notre semaine d’adaptation ensemble.

Difficile de trouver le temps d’écrire mais le projet du blog collectif, « Parlons Adoption » m’a motivée pour vous conter les débuts de notre petit bout, de sa naissance à notre première semaine ensemble.
Notre petit garçon est né sous le secret dans notre département, c’est une bébé pupille de l’Etat jusqu’à son adoption plénière qui devrait intervenir environ un an après son arrivée.
Sur ses premiers jours, notre bébé a été pris en charge par la maternité dans un service spécifique Comme c’est souvent le cas, il est allé en néonatologie afin qu’une équipe soit dédiée à sa situation de naissance particulière. Le personnel ou la maternité (on ne sait pas précisément ), lui a offert son premier doudou et des bras pour le rassurer.
La puéricultrice référente de la pouponnière du département (service de l’ASE, Aide Sociale à l’Enfance, ce sigle est connu des futurs parents adoptifs ! ) est ensuite venue le chercher dans sa seconde semaine de vie. Il a intégré une petite unité de vie collective avec d’autres enfants de 0 à 2 ans placés en vue d’adoption ou dans le cadre de mesures de protection par le juge. La cohabitation a pu être bruyante,  ce qui aujourd’hui lui permet de dormir au milieu des sons de la vie quotidienne. Quant au voisinage avec ses jeunes camarades de chambrée aux lits les uns contre les autres, il lui a assurément apporté un côté sociable, car il sourit beaucoup et à la rencontre d’autres enfants, il tend spontanément la main.
D’un point de vue médical, la pédiatre de la pouponnière s’est occupée de petits problèmes assez courants, la digestion, les régurgitations… Il a eu des séances d’ostéopathie pour le relaxer, apaiser des tensions qui se focalisaient au niveau de son ventre et de sa tête. Le phénomène de la tête un peu déformée est fréquent chez les bébés alors toute l’équipe l’a stimulé pour qu’il se développe au mieux dans son corps et dans son éveil.
Notre bébé a été préparé à son adoption. Vers ses deux mois, une fois le délai de rétractation de la mère biologique écoulé,  la psychologue lui a expliqué qu’il allait avoir un papa et une maman. On nous a informé que vers cet âge, les enfants nés sous le secret se demandaient ce qu’il se passait et qu’il pouvait y avoir des moments de « déprime ». Notre petit garçon a un peu traversé cela. Les professionnelles de la pouponnière lui ont apporté de l’affection, des câlins, de l’attention, pour qu’il soit en mesure d’avoir confiance en son avenir et qu’il s’éveille en fonction de son âge.
Après la décision du Conseil de Famille qui a fait de nous ses parents, la date de la rencontre a été décidée. Notre bébé a été installé dans une chambre pour lui tout seul, quelques nuits avant de nous rencontrer. Tout est parlé, même aux touts petits, alors la veille du Grand Jour, les auxiliaires de puériculture de son unité lui ont dit que demain, son papa et son maman seraient là. Il est noté dans son cahier de liaison que ces paroles l’ont  détendu et qu’il a bien dormi.

Le jour de la rencontre, quand on a passé la porte de sa chambre, il dormait. Je l’ai trouvé petit. Il avait l’air paisible. Sa référente a essayé de le réveiller : « Petit bébé, papa et maman sont là ». Je crois avoir eu son premier regard, interrogatif et ensuite il s’est étiré et a souri. J’étais émue et un peu béate. Nous avons ensuite profité d’une heure de sourires de sa part, C’était magique. Je m’attendais à quelque chose de pas évident pour lui , c’était donc le contraire, le rêve! Le Man’ est ressorti de la pouponnière littéralement « groggy de bonheur », ayant du mal à marcher droit, titubant un peu. Il a eu un coup de foudre pour notre petit garçon. Moi ce jour là, j’ai profité sans toutefois arriver à réaliser que c’était notre bébé.

La rencontre était médiatisée. Notre bébé était en présence de sa puericulture réferente. C’est elle qui a fait les présentations. Notre petit avait besoin de la savoir proche de lui, Sur les premiers jours, au son de sa voix, il s’apaisait. Lors de ce « 1er jour du reste de notre vie », nous étions aussi en présence de la psychologue de la pouponnière et de notre travailleur social .Elles se sont faites très discrètes si bien que ce moment paraît dans notre souvenir intime, alors que nous étions très entourés.
L’adaptation à la pouponnière a duré une semaine pour apprendre à connaitre les habitudes de notre petit, le prendre en charge dans les soins, faire le relais entre sa référente et nous. Les premiers changements de couches nous ont occasionné « des fou rires de baleines ». Le premier tee shirt à passer par la tête a été une grande source de stress (on a ensuite vénéré les tee shirt à ouverture par pression dans le dos et les bodys ouverts sur le devant ) Bébé a bu la tasse au premier bain mais à chaque fois il est resté mignon et patient envers ses parents débutants.  
Cette première semaine ensemble a été celle de la découverte de notre petit garçon et de la transition entre deux univers, celui de la pouponnière et chez nous. Nous avons été conseillés, épaulés par sa référente qui au fil des jours s’est éclipsée pour nous laisser notre place de parents.
Le troisième jour, j’ai assisté à la naissance d’un papa. Lors du premier biberon que le Man’ a donné, notre petit garçon avec ses grands yeux, a eu un regard si intense et pur, plein d’innocence et sûrement d’attentes, que le Man’ en a pleuré. C’était émouvant d’assister a la création du lien entre eux deux. Cette journée a d’ailleurs continué dans la complicité puisqu’un bisous sur la tête quelques heures après, a fait s’illuminer d’un sourire le visage de notre bébé.
Le week-end arrivant, notre petit chaton (ce sera son surnom) a découvert sa maison. Le soir on l’a ramené à la pouponnière pour qu’il y passe sa nuit. Je l’ai laissé dans l’idée de le retrouver le lendemain et pour toute la vie tandis que le Man’ avait un peu le cafard. Le lendemain, nous étions quand même très impatients et prêts aux aurores pour le ramener chez nous/chez lui. Il a retrouvé dans sa nouvelle chambre des éléments familiers, ses doudous offerts par la maternité et la pouponnière , la petite musique qui l’endormait et ses habits en taille 3 mois. Son nouveau lit lui a de suite plu puisqu’il y a dormi paisiblement pour sa première nuit  jusqu’à 8 heures du matin. Quand on a un bébé, cet horaire peut rendre jaloux d’autres parents. N’écoutant que notre plaisir et nos envies, au réveil, on s’est délecté d’un petit cododo de quelques dizaines de minutes ,avant de retourner une dernière fois à la pouponnière pour les  » au revoir » . Cela n’a pas tardé, sa référente a dit « qu’il était passé à une autre vie avec son papa et sa maman ». Elle lui a écrit un mot dans le cahier de liaison que nous utilisions pour transmettre des informations. Elle lui a dit « au revoir  » en lui souhaitant un bel avenir auprès de nous et nous a remis un album photos. Celui-ci peut ensuite être utilisé comme support pour raconter son histoire à notre enfant. Emouvant de lire les petites annotations et commentaires. Ils montrent toute la chaleur humaine qui lui a été apportée.
Aujourd’hui quand je le vois aussi épanoui, heureux, je me dis que cet état de sérénité a commencé par cette équipe qui s’est très bien occupée de lui.

Sa première image, sa photo

La semaine d’après l’Appel m’a permis de cheminer vers mon bébé.
Dans mon imaginaire, la présentation de la photo, c’était le moment de la révélation, de la prise de conscience. Cet instant, je l’avais idéalisé et en fait je n’ai rien ressenti de particulier. 
On nous a dit qu’on était parent d’un petit garçon de 3 mois puis le Man’ a ouvert l’enveloppe et on a vu sa bouille. Il était photographié dans un transat . J’ai vu un bébé à la peau caramel et un peu inquiet. Dans les lignes grattées par la pouponnière il était décrit comme anxieux. J’ai pensé qu’en tant que parents, nous avions à le rassurer, le protéger et que cela passerait par du temps à trois. Par contre, j’ai énormément culpabilisé de ne pas avoir eu cette journée là , un fort élan d’amour vers lui. Le Man’ commençait à voyager émotionnellement vers notre bébé et moi je me sentais encore un peu anesthésiée par l’annonce de son arrivée.
De retour au travail la photo que j’avais envoyée par texto avait fait son effet « Oh il est trop mignon », « Il a un joli petit nez », « Ce regard, ses grands yeux ! « . « Oh cette petite bouche ourlée « . Ces détails je ne les avais pas remarqués et après tant d’années d’attente, à l’aube de ma maternité j’étais un peu spectatrice des prémices de l’adoption de notre petit garçon. 
Il est un peu métissé et tout le monde y allait de ses similitudes comme « Oh, c’est un petit gars de chez nous ». A travers les discussions, on lui a approprié des traits maghrébins, africains ou encore des Antilles ou de Madagascar. Au milieu de tout ça, je me sentais dans un énorme flou alors que la décoration de mon bureau personnalisé par les collègues (ballons colorées, serpentins et lettres « BEBE ») ne le signifiait pas extérieurement.
J’ai commencé à parler avec un peu de honte de ce flottement à mes amies et collègues mamans. Toutes ont eu des paroles bienveillantes et m’ont rassurée. Les professionnels de l’ASE ont eu la même attitude. Finalement, une photo, un bout de papier, c’est assez froid pour se rencontrer. 
Le parallèle avec le début d’une histoire d’amour ou d’amitié m’a fait relativiser au sein de mon esprit tourmenté. Une rencontre, ce n’est pas toujours un coup de foudre, ça se construit par des liens d’attachement progressif. Quand je suis tombée amoureuse du Man’, je ne me suis pas tout d’un coup mise à pleurer de joie ! Notre histoire à deux s’est construite au fil du temps et ce sera aussi le cas de celle à 3. J’ai déjà eu des larmes de bonheur mais je crois ne jamais avoir pleuré de joie. Pourtant je m’étais mise la pression de vivre cela à l’arrivée de notre bébé! je me mets la barre un peu haute parfois 😉
En savoir plus du côté des origines ethniques du père biologique m’a permis de clarifier l’identité ethnique de mon bébé et de me situer comme sa maman. Ça a été un moment d’apaisement.
Lui donner ensuite son prénom a été l’un des nos premiers gestes de parents. Enfin, on pouvait parler de lui en nous projetant en tant que famille.
Sans trop en dire, aujourd’hui, j’ai l’impression d’être maman depuis des mois. L’arrivée de notre petit garçon est une évidence et tout me semble naturel. J’ai deux amours et deux hommes dans ma vie. Je suis comblée et profite de chaque moment.

Chamboulements (3), l’annonce au Big Boss

J’ai ressenti comme certaines femmes enceintes une petite appréhension à annoncer peut être pour l’année prochaine, ma maternité (est ce qu’on dit ça pour un maman adoptive?). En fait, on s’y attendait un peu plus tard et je me posais des questions de timing sur cette demande de financement de formation qui devait être présentée à la Direction avant l’été.
Le Big Boss, c’est en fait le directeur de mon service, il ne m’impressionne pas mais voilà, les plans changeaient un peu et il fallait que je lui en parle.
Il a été ravi pour nous trouvant que notre attente pour être parents était longue. « La fin de l’attente, peut être en 2015, alors? » je lui ai dit que non, au mieux ce serait en 2016.

La demande de formation passera en commission, s’il y a un accord, on repoussera mon entrée au moment que je jugerai opportun. Il a bien compris qu’il m’était impossible de m’engager sur les deux années universitaires à venir.
Je l’ai prévenu aussi que nous ne savions pas quand nous serions appelés par le Conseil général pour nous dire que nous étions parents mais qu’ensuite, cela allait se passer très vite. En effet 10 jours après l’Appel, nous rencontrerons la bouille de notre bébé. Ce genre d’informations, ça surprend souvent les personnes qui ne connaissent pas les étapes d’arrivée d’un bébé pupille.
Et cerise sur le gâteau j’ai énoncé mon envie de cette parenthèse, cette pause du temps professionnel, en sollicitant un congé parental de 6 mois. De plus en plus je me dis qu’on ne comptera pas sur ma présence au travail durant le second semestre de l’année 2016. Même si j’utilise le conditionnel, je commence à le dire.
Pour les demandes de congé d’adoption et congé parental, je vais prévenir dès maintenant la DRH, on sera bien dans le délai législatif c’est à dire « 2 mois avant »!
Et pour les mois à venir, le Big Boss a dit :  » On attend avec vous ». J’étais touchée car au départ j’allais lui parler un peu sur la pointe des pieds en me disant que mon absence quasi du jour au lendemain, allait un peu désorganiser mon service.

Chamboulements (2), annonce à la DRH, questions sur congé d’adoption, congé parental

Nous avons envie d’une parenthèse dans notre vie à l’arrivée de notre enfant. Nous souhaitons nous consacrer à notre petite cellule familiale en construction. Nous avons décidé avec le Man’ de passer 2 mois et demie environ avec notre bébé après son arrivée, en dehors de toute activité professionnelle (mais pas de vie sociale) et que je poursuive ensuite avec un congé parental de quelques mois de plus.
J’ai appelé ma DRH afin de me renseigner sur les conditions d’un congé parental à la suite d’une adoption. 
Moi : « Bonjour, il est possible que je sois maman en 2016, donc je voulais me renseigner sur … »
La personne de la DRH : « Félicitations, vous êtes enceintes de combien de mois »?
Moi : (on est en avril, j’aurais quand même pas demandé ce style d’informations si j’avais été enceinte dès connaissance du taux de HCG! Elle n’a pas dû faire le lien), « Je ne suis pas enceinte, je suis dans une démarche d’adoption »
La personne de la DRH : « Ha Désolée »
Moi : « Non, je suis heureuse d’être bientôt maman »
Bon, elle ne savait pas répondre à mes questions, devait se renseignait. Deux mois après, elle n’a pas dû trouver. Le travailleur social de l’ASE m’a indiqué de contacter la CAF et la CPAM, pas mieux donc. Heureusement que les copines devenues mamans par adoption m’ont aiguillée. Les infos législatives sont issues des articles sur le congé d’adoption du site servicepublic.fr. mais j’ai des questionnements en suspend.
A l’arrivée d’un enfant adopté, nous avons droit au titre du couple à 10 semaines de congés adoption que nous pouvons répartir : « Lorsque le congé d’adoption est reparti entre les 2 parents, il ne peut être fractionné qu’en 2 périodes maximum, dont la plus courte est au moins égale à 11 jours. Ces 2 périodes peuvent se suivre ou être prises simultanément ».
Dans notre esprit, le Man’ prendrait le plus possible du congé d’adoption (quid du congé de paternité ? en plus) et de mon côté je prendrais les 11 jours minimum pour poursuivre par un congé parental de 6 mois (apparemment celui-ci peut aller jusqu’à 12 mois avec la nouvelle Prestation CAF appelée PreParE.)
Par contre, il va vraiment que la DRH se renseigne sur ma question pour faire valoir mes droits car autant pour le congé d’adoption, les modalités administratives me semblent très claires : « le salarié doit avertir l’employeur de sa demande de congé adoption par lettre recommandée avec avis de réception en précisant le motif de son absence », autant pour enchaîner sur le congé parental je ne comprends pas la faisabilité puisque les sites de la CPAM et de l’EFA précisent que  » si la période du congé parental suit immédiatement celle du congé d’adoption, le salarié informe l’employeur au moins un mois avant le terme du congé d’adoption ».

Comment est ce possible ci celui-ci est réduit à 11 jours? Il manque de la logique entre les deux dispositifs non? Ça va finir par me chambouler si je dois prendre plus et réduire par conséquence le temps du congé adoption du Man’!