Les petites graines qui ne germent pas

Nous essuyons notre 11 ieme échec de pma. Notre dernier embryon s’est décongelé, à été transféré mais il n’a pas grandi au creux de moi. Comme les 10 précédents, il n’a pas trouvé une terre fertile pour s’implanter. Je ne suis sûrement pas de celles qui peuvent être enceinte et pourtant … Ce petit dernier je l’ai dorloté.

Cette fois après le transfert j’ai pris du spasfon dès qu’un tiraillement apparaissait histoire d’éviter les contractions de l’utérus. Comme indiqué par le centre fiv je n’ai fait aucune activité physique durant 4 jours. Pour changer des 8 autres tentatives, j’ai tenté l’aspect naturel en enrichissant mon alimentation en vitamines E (déjà présente dans mon protocole médicamenteux). Huile d’avocat, de colza, sardines, graines de tournesol ont été mes alliées depuis un mois et demie. Ma chasse aux perturbateurs endocriniens est désormais un mode de vie tant dans les cosmétiques que dans mon jardin en permaculture et pourtant … La dernière graine ne s’est pas pour autant accrochée.

Niveau médication, mon protocole contenait 15 médicaments en lien avec le protocole Matricelab qui en 2013 révélait qu’au naturel, mon utérus avait une possible action toxique et de rejet lié une sur activité immunitaire. J’ai englouti beaucoup de progestérone, des anti-oxydants, de la cortisone, de l’acide folique, des œstrogènes et de l’aspirine. Pour tenter le tout pour le tout, j’ai respecté des prises à heures régulières. A 7h30, 13h et 19h30,  « l’alarme clairon » de mon téléphone nous mettait l’ambiance et pourtant … Niveau fertilité, je suis un peu un arbre sans fruit (nom du titre d’un documentaire sur l’infertilité en Afrique).

J’ai fait (et nous avons fait) plein de choses pour tenter que je sois enceinte : des fiv, des fiv avec don d’ovocytes, des transferts ensuite sous protocole personnalisé matricelab, de l’ostéopathie par voie interne et externe, plein de visualisations, de moments de méditation. J’ai essayé de vivre normalement, d’oublier l’enjeu ou bien de m’investir en parlant à l’embryon, en programmant la date de ma première échographie, et pourtant … Aucune deuxième ligne n’est jamais apparu sur un test de grossesse.

Dans les décisions les plus impactantes, je me suis faite opérer de l’endometriose il y a quelque mois et pourtant …

Les petites graines ne germent pas. 

Je suis plutôt habituée à ces résultats négatifs mais tout de même l’ accumulation chiffrée est là. 9 transferts, 11 embryons de 2 ou 3 jours implantés et aucune accroche. Pour relayer les infos sur les ratios réussite /échec, nous sommes ce couple sur 4 qui sort de la pma sans enfant. Jeudi, j’étais un peu triste de ce deuxième enfant qui n’arrivera sûrement (ou peut être ) jamais. Pour faire passer la pilule, j’ai tout cuisiné à base d’alcool. Le Man’ a dit on va pas prendre le champagne (sous entendu pour fêter ça). J’ai répondu « Si justement, j’ai plus besoin de faire attention, mais on se fait plutôt des mojitos ». Vendredi, j’y pensais encore mais en regardant les deux hommes de ma maison je me disais que notre bonheur était déjà là avec un quotidien bien heureux. Samedi, j’ai découvert que j’avais pris 3 kg en un mois et demie de prise de médicament. Mon ventre ressemble à une bonbonne en verre soufflé! Boostée par les hormones, les kilos ou peut être la rétention d’eau se sont fait plaisir. Du coup, je me suis demandée si j’allais encore poursuivre ou pas la pma. Une deuxième fiv avec don pourrait se faire mais cette fois il faut ouvrir son porte monnaie car nous avons bénéficié (en 10 ans) des 4 Fiv avec transferts remboursés par la sécurité sociale.  Faut-il croire que la prochaine tentative serait la bonne …

Si les petites grainent ne germent pas faut-il encore espérer qu’un fruit pousse un jour?

Scalpel et bistouri

Au mois de mai, c’est scalpel et bistouri pour tenter fourchette et bikini cet été (ou pas). Je me fais opérer de l’endométriose. C’est ma 2 ième opération, la première était en 2008, la seconde 10 après. Je pense que je n’en aurais pas une troisième car je semble déjà en pré ménopause avec un taux d’AMH bas, signe d’une réserve ovarienne faible. On pourra dire que mes années de fertilité ont été très courtes, à savoir si elles ont réellement existées ou pas. L’endométriose a fait beaucoup de dégâts.

A l’été dernier je n’avais pas prêté attention à mon résultat d’échographie pelvienne pourtant était notée une possible atteinte digestive et même plus. Le spécialiste de l’endométriose nouvellement consulté en février m’avait alertée sur la progression de la maladie. J’étais sortie de sa consultation avec une ordonnance pour une IRM, en plus de l’hystérosalpingographie et d’une prise de sang complète demandée avant d’envisager le dernier transfert de la FIV avec don.

Finalement l’IRM a infirmé cette complication. Le tube digestif n’est pas infiltré par l’endométriose. Elle se cantonne « juste » au mêmes organes qu’avant : ovaire restant, péritoine, cul de sac de douglas, trompe, utérus sur sa partie extérieure et la base des ligaments utéro sacrés. Pour le spécialiste, l’opération peut donc enlever les masses d’endométriose (au nombre de deux elles mesurent la taille d’un citron jaune), les adhérences entre les organes, de façon à limiter l’aspect inflammatoire et apporter de la mobilité à tout mon bas ventre. Normalement, je ne perdrais pas mon dernier ovaire. Il connaît l’enjeu de le garder et va utiliser une vaporisation d’énergie plasma, l’une des nouvelles techniques permettant de conserver les organes tout en enlevant les cellules endométriosiques.

Après 2 jours d’hospitalisation, 3 semaines d’arrêt maladie sont à prévoir dont 15 jours sans port de charges. Et là, grande question, comment fait-on pour gérer la vie quotidienne et notamment un petit bout d’choux de moins de 2 ans? C’est ce que j’ai à prévoir mentalement. La journée, le petit chaton est en crèche mais le matin, le soir, le mercredi, il est avec nous/moi. Bien sûr il a son papa, bien sûr je pourrais un peu solliciter ma maman mais rien que les changes et les transfert je vais être incapable de  les effectuer. Sachant que dans une journée type de semaine, on change 3 fois les couches, que je ne pourrais ni l’installer sur sa table à langer en hauteur ni sur un lit car il mettra toute ses forces pour en partir, cela fait quelques équations logistiques à résoudre à court terme.

A la recherche d’aides extérieures, j’ai pensé à solliciter ma mutuelle en post hospitalisation. On m’a aussi donné l’idée de contacter la CAF et voir s’il est possible de bénéficier d’heures d’aide à domicile, auxiliaire de puériculture. Si vous avez des expériences similaires ou des idées, je suis preneuse. Ce ne sont pas les tâches ménagères qui m’inquiètent mais vraiment les soins d’hygiène dont a besoin le petit chaton et ses transferts d’un endroit à un autre.

L’opération est aussi programmée afin de donner le plus de chances au dernier embryon. On pourra dire que pour tenter d’avoir un enfant biologique on aura presque tout fait : des médecines douces (peut être de l’acupuncture cet été), de l’ostéopathie par voie externe et autre, des traitements lights, d’autres lourds notamment le protocole matricelab. Il y aura eu des transferts d’embryons issus de nous puis d’une FIV avec don d’ovocytes. On aura testé tous modes de présentation : frais, congelés, vitrifiés.

L’endométriose m’a enlevé ma fertilité, l’adoption m’a apporté la maternité. Je savoure cela tous les jours et je suis encore émue en me remémorant nos premiers instants tous les 3. Attentive à la parentalité dite positive, je vous rassure je n’arrive pas à garder patience en toute occasion. Il est mignon le petit chaton mais il a aussi son caractère et la gestion des frustrations (il paraît que c’est de son âge) va être un long apprentissage. A la fin de ce parcours de PMA, je n’ai aucun regret. Il est là notre enfant.

Débat sur les lois de bioéthiques et de la PMA avec donneur

Je viens d’avoir le transfert de notre dixième embryon. Je dis « notre » mais il est issu d’un don d’ovocyte. Pour moi c’est clairement notre embryon car il évolue (j’espère encore) en moi. Nous avons bénéficié d’un don d’ovocytes ce que j’associe à un don de gamète, une don de cellule. En plein débat sur la bioéthique la médiatisation d’enfants issus de dons d’ovocytes ou de sperme à la recherche de leurs origines (origines génétiques ?) m’a troublée, m’a gênée et m’a fatiguée.
Pour moi il est très clair que si cet embryon veut bien d’accrocher, si cet enfant je le porte, j’en serai la mère biologique à part entière et sa maman.
On a fait notre demande de don avec les lois actuelles. Nous avons eu quatre entretiens avec le psychologue du CHU. Comme il nous l’a dit nous pourrions expliquer notre genèse commune à notre bébé avec les mots suivants :  » Une dame est venue à l’hôpital pour donner des graines qu’on a mélangées à celles de papa et après elle est partie. On les a mises dans le ventre de maman et elles ont grandi pour faire un joli bébé et ce bébé c’est toi ».

Un don ce n’est pas un contre don. Un don c’est sans rien attendre en retour. Un don c’est anonyme et  c’est gratuit en France. Un don d’ovocyte ou de sperme c’est l’envie d’aider un couple à avoir un enfant. Un don c’est tout de même un cadeau qu’on nous offre. Les dons du sang, les dons de moelle, les dons de cordon ombilical, les dons d’organe sauvent des vies. Les dons de gamètes permettent de la créer.

 

Lorsqu’on accède à une FIV avec don en France, en plus des protocoles des CHU, ils y a aussi des démarches légales notamment un passage devant le juge aux affaires familiales.  Elles visent à ce que « le tiers donneur » n’ait aucun lien avec l’enfant qui pourrait naître. Ça nous protège à tous. Pour moi la personne donneuse n’a rien à faire dans notre vie et n’attend rien de nous.
Cet homme médiatisé, Arthur, issu d’une FIV avec don de sperme, a eu apparemment accès à l’identité de son donneur via des tests effectués aux USA . Par regroupement ensuite il indique avoir retrouvé celui-ci qui au téléphone aurait répondu : « Je suis content de te parler ». Apparemment ils  auraient prévu de se rencontrer mais pour se dire quoi? Je suis assez dubitative. Lorsqu’on fait un don, on n’a pas de désir d’enfant associé alors pourquoi aller chercher des réponses d’ordre personnel chez cet inconnu(e) ?
Expliquer le processus du don et ne rien cacher à son enfant dès son bas âge est indispensable mais pour nous il n’y aura pas plus. On ne va pas créer un lien même imaginaire avec la donneuse, juste dire qu’elle a fait un geste pour nous.

Nous aussi on s’est questionné sur le don de sperme mais en aucun cas j’ai envie que quelqu’un sonne à notre porte dans des dizaines d’années en disant, « je suis ton fils ou ta fille » car non ce ne sera pas le cas.

C’est peut être en faisant le constat du manque de donneurs et donneuses que certains couples receveurs accepteraient que la loi change ? Au CHU d’ici, le temps d’attente pour un don d’ovocyte n’a pas changé, c’est un délai de 2 ans. La loi a aussi élargi les conditions de don pour les femmes en l’ouvrant aux femmes sans enfant. Alors vous en pensez quoi?

Pas encore de "Cerise sur le gâteau"

Nous avons tenté la « Cerise sur le gâteau » en transférant un de nos embryons congelés issus de la FIV avec don d’ovocyte dont nous avons bénéficié en France. Notre embryon baptisé « Cerise » s’est bien réveillé, dans le même état que deux ans avant son hibernation. Cette petite « Cerise » je l’ai symboliquement visualisée lors de mes cours de yoga, je l’ai symboliquement arrosée pour qu’elle prenne racine lors de mes douches mais le test de grossesse a révélé qu’elle ne s’était pas installée sur le gâteau. Aucune accroche, c’est un 9 ième échec, un 9ième embryon qui ne trouve pas son terrain de jeux en moi.
Ni une ni deux, on est reparti dans une nouvelle tentative car le Man’ a psychologiquement une date limite avec son horloge biologique.J’ai réfléchi sur un week-end et me voilà à la deuxième semaine de préparation de mon endomètre avec le protocole Matricelab prévu en cas de sur activité immunitaire. J’ingurgite de la cortisone, de l’acide folique et des anti-oxydants pour le moment. Les règles sont revenues après deux ans sous pilule en continu. Ça m’a rappelé comme ce n’était pas agréable. J’étais tenté de me dire on transfère nos deux embryons restants comme ça je suis ce protocole lourd une fois pour toute et si échec je subis un autre cycle de règles mais non, les jumeaux ne sont pas prévus (sait-on jamais mais vraiment jamais au regard de mon parcours) donc ce sera un par un.
C’est nettement plus facile de relativiser quant on a un enfant, c’est indéniable. On a trouvé un joli rythme de vie à 3 mais l’envie d’un deuxième enfant est là. Sur cette question, si le contexte de l’adoption était différent nous aurions tenter un deuxième agrément mais ce n’est pas le cas. Le contexte que je comprends et qui nous a permis de devenir parents c’est de réserver l’adoption de bébés pupilles de l’état à des couples sans enfant. De ce fait pour un deuxième agrément, les enfants du département confiés en vue de leur adoption sont dits à besoins spécifiques (grands, fratrie, porteurs d’un fort handicap physique ou psychologique, ou des bébés nés sous X très prématurément donc avec de possibles séquelles qui se clarifieront au fil du temps).Au niveau international les démarches peuvent être longues et sans fin parfois et ce combat de la parentalité adoptive nous l’avons déjà mené. Nous ne souhaitons pas en engager un autre.
Nous ne souhaitons pas non plus solliciter une nouvelle FIV avec don d’ovocyte en France. Si le transfert de 11 embryons ne donne rien, il faut se rendre à l’évidence sur cette impossibilité pour moi d’être enceinte. En 5 ans de PMA, nous avons tenté de changer différents paramètres : le lieu d’accueil  de l’embryon (l’utérus) avec une mise en repos de l’endométriose et le traitement Matricelab ainsi que la qualité des embryons avec de beaux J2 issus d’une FIV avec don d’ovocyte. D’ici quelques temps et si les échecs se poursuivent en 2018, nous laisserons aussi notre tour au CECOS car plein de couples attendent un don de gamètes.
Je fais cette nouvelle tentative assez légère et avec une bienveillance de ma hiérarchie.
Pour mon état d’esprit actuel , je reste sur ces citations qui me font du bien et permettent de relativiser en reprenant l’essentiel : « Carpe Diem » et « Plus tard, il sera trop tard, notre vie c’est maintenant ».

FIV DO en France avec protocole matricelab, rétrospective de la tentative …

Je ne vais pas vous faire une ellipse de ce moment. Cette tentative a été très différente des autres, assez zen, car il n’y avait plus en moi cette nécessité d’être enceinte, de vivre une grossesse pour devenir maman. 
Le début n’a pas été sous les meilleurs auspices. Psychologiquement nous faisions face à une annonce très dure pour l’une de nos plus proches. Physiquement le Man est arrivé à son jour « J », malade et fiévreux. Nous faisions « drap à part » depuis quelques jours pour éviter la contagion et mettre toutes les chances de notre côté.
Face aux circonstances, j’ai utilisé mes bases de yoga pour me détendre, me recentrer, et soulager la douleur des piqûres d’anticoagulant. Pour le petit clin d’œil, j’ai participé à des cours de yoga prénatal C’est instinctivement que j’ai eu envie dès mon réveil, le jour supposé du transfert d’embryon, de faire quelques postures pour préparer mon corps.

Nous avons stressés 5 minutes avant de savoir si nous avions des embryons, au lieu des 48 heures habituelles de cogitage intensif post ponction. Je crois que l’investissement psychique d’une tentative est pour moi corrélé aux douleurs des traitements. Nous savions que 6 ovocytes vitrifiés nous étaient destinés.
La biologiste a été émouvante quand elle nous a dit : « On est très content, on a obtenu 5 embryons qui ont deux jours. On les a filmés toute la nuit, on les a regardés et on ne leur a trouvé aucun défaut, . Ils sont parfaits. Vous avez toutes les chances de votre côté ». 
Deux embryons ont donc pris place, dans une salle emplie de musique relaxante agrémentée de chants d’oiseaux. On se serait cru chez « Nature et Découverte ».  On a été bluffé de toute cette douceur apportée dans un CHU. Durant quelques minutes je me suis laissée aller à mon imagination, me demandant ce qu’ils mettaient en place lors des accouchements. C’était mignon. 
Durant la période post transfert, j’ai couvé au mieux ces débuts de vie. C’est sûr qu’une fois qu’ils sont installés, on a envie de les garder et d’en prendre soin. Je me suis appliquée à respecter les conseils d’hygiène et de vie pour les femmes enceintes limitant les arachides pour le risque d’allergie, troquant l’alcool par un sirop de grenadine (là c’était quand même le minimum). 
J’ai voulu gérer moi-même les soins mais très rapidement je me suis mal piquée avec l’anticoagulant, créant un hématome important. Laissant à chacun son métier, j’ai trouvé réconfort et expérience auprès d’un infirmier qui chaque soir a pris le relais. Au bout de 15 jours, en le disant poétiquement, mon ventre créait des océans (il était douloureux, avec une dizaine de bleus de différentes tailles).

Le test de grossesse s’est révélé négatif. Bon, c’est bien parce que le supermarché à coté de chez moi vendait des test à 0,89 cents, que j’en ai fait deux, J’avais étudié le dosage des ui à J13 post transfert et j’avais vite compris que le ventre rond n’était pas pour cette fois. Il y a juste eu de la déception durant un jour. Du côté du physique par contre, j’ai été remuée. Mon corps a été soumis à rude épreuve.

Le résultat négatif a signé l‘arrêt de tout mon protocole médicamenteux qui devait durer encore deux mois en cas de grossesse! J’ai enchaîné rapidement malaises, vertiges, jambes en coton et un peu d’hypertension. C’était un effet de sevrage auquel je n’avais pas été sensibilisée. En comptabilisant, avec 10 médicaments par jour pour préparer l’endomètre et 16 médicaments ensuite pour favoriser la nidation, j’ai réalisé que j’avais absorbé 390 médicaments en un mois et tout arrêté brutalement .
Le deuxième effet « indésirable » a été un système immunitaire perturbé, boosté un dans un premier temps avec de la cortisone, des vitamines, puis sujet dès leur arrêt au premier virus. Là, c’était une bonne angine.
Le troisième effet « plus qu’indésirable » a été l’une des pires crises d’endométriose au retour de mon cycle. Mes antalgiques si efficaces depuis toujours, n’ont pas réussi à agir. A bout de force, j’ai appelé le médecin de garde en pleine nuit. Je m’en rappellerais de cette piqûre en intramusculaire à 5 heures du matin et du soulagement progressif de la douleur au bout de trois jours.

Peu de temps après ma reprise du travail, nous avons reçu une lettre personnalisée de la part du mèdecin référent de notre FIV DO nous précisant que le CHU était à notre écoute si nous en éprouvions le besoin. Nous étions invités à penser dans les mois à venir au transfert de nos embryons restants.
A la lecture de ces lignes attentionnées, le cri du cœur est sorti :  » J’ai été sur les rotules ces derniers jours, je me remets juste, c’est hors de question de recommencer tout ça.  Sans moi ». Le soir même de la crise mémorable d’endométriose, j’avais repris illico presto la pilule pour ne pas connaître un nouvel épisode de la maladie.

La porte de la FIV avec don d’ovocyte est toujours entrouverte. Nous allons nous consacrer à notre bébé par adoption mais pourrions retenter un transfert d’embryon congelé en 2017 ou 2018 après nous être découverts et liés d’attachement déjà à 3. Je n’oublie pas le geste qu’une femme a fait pour nous. Par contre, le traitement sera allégé. Il est hors de question que je suive le protocole matricelab, même s’il a pour objet de corriger l’immunité de mon utérus. Cette tentative infructueuse a été trop éreintante.

La vitrification des ovocytes pour ne pas craindre l’horloge biologique

Une chance nous a été offerte, celle d’accomplir une dernière tentative de FIV par don d’ovocytes en France. Je couve actuellement deux embryons J2 obtenus par FIV avec don d’ovocytes préalablement vitrifiés (congelés dans l’azote). 
J’ai un peu parcouru Internet pour en savoir plus et je réalise que la congélation des ovocytes est possible dans un cadre très restreint . Les femmes françaises qui ne sont pas encore en couple ou dont le compagnon n’est pas encore prêt vont donc en Belgique ou en Espagne pour faire vitrifier leurs ovocytes.
Je trouve pourtant que c’est une démarche naturelle de souhaiter un enfant au moment où le couple est en mesure de se projeter dans la parentalité. J’ai des ami(e)s, la trentaine passée, qui en raison de leur âge se demandent si un jour ils/elles seront parents. La fertilité des femmes baissent drastiquement à partir de 35 ans et parfois c’est même beaucoup plus tôt. Congeler (vitrifier) ses ovocytes pour espérer un bébé, quelques années après, je trouve cela humain. 
Le grand questionnement est ensuite l’âge jusqu’au quel on pourrait faire usage de ses ovocytes vitrifiés. J’avoue ne pas trop savoir donner une réponse. L’actualité « choc » avec des femmes, mères à 60 ans, cela me déboussole complètement. Il faut trouver un juste milieu. 
Une chance nous a été offerte grâce aux progrès de la science. Les premiers enfants issus de FIV avec don d’ovocytes vitrifiés, sont nés en France en 2012 suite aux changements des lois de bioéthiques de 2011. C’est donc dans l’histoire de la PMA et du fait de l’évolution de la société, que je souhaite que la congélation des ovocytes puisse faire l’objet d’un débat éthique pour ne plus craindre l’avancée de notre horloge biologique.
On me permet de bénéficier des ovocytes congelés donnés par une femme mais cette personne dans une autre démarche n’aurait pas pu les congeler pour elle-même. On se retrouve peut être devant deux poids deux mesures non ? Vous en pensez quoi ?

FIV avec Don D’ovocytes en France : le jour de l’Appel

Il y a quelques semaines ….
Le financement de ma demande de formation universitaire a été acceptée. Au regard du délai d’attente qui s’est raccourci, pour l’arrivée de notre bébé pupille, j’informe ma DRH d’une demande de report expliquant que 2016 semble l’année possible de ma maternité adoptive. Je reçois un mail plein d’enthousiasme et de joie à notre égard. La référente RH me dit quelle est « heureuse pour nous après tant d’années et m’envoie ses félicitations ». Je suis très émue, « félicitations » est un mot si fort pour moi! Ce message me fait sentir que mon bébé adopté arrive. J »en ai les larmes aux yeux.
Je suis en salle d’entretien, avec des murs épais comme des feuilles de papier à cigarettes. Mes collègues sont à côté. Mon rendez-vous est annulé et mon téléphone portable sonne avec affichage d’un appel entrant du CHU.

« Bonjour c’est le docteur du CHU, je vous appelle car nous avons une donneuse pour vous ». 

J’ai du répondre « Ha oui » , façon très sobre.

C’est si soudain quand ça arrive! C’est un appel auquel on ne s’attend pas forcément et autant dire que je n’étais pas dans les conditions de concentration optimales.  Je m’étais imaginée que si en septembre on n’avait pas de nouvelle du CHU, on leur dirait qu’on mettait la FIV avec Don en stand bye, puisque l’adoption allait se concrétiser….
Le Man’, la FIV avec don, c’est le projet de parentalité qui lui donne des étoiles dans les yeux. Moi, je suis plus ambivalente car ce deuil de l’enfant porté, je l’ai fait, je dirais dans ma chair…

La Doc du CHU a du sentir que je n’étais pas en état d’euphorie,(j’étais vraiment dans l’émotion du mail juste reçu) car elle a précisé :« Vous êtes toujours partante pour un don d’ovocyte »? J’ai dit  » Bien sûr ». Peut être que d’autres couples crient , remercient, manifestent autre chose!
Elle fait des calculs : « Alors vous commencez à telle date pour une FIV avec Don en juillet. » 

A l’époque des « FIV normales », j’avais pu penser décaler des vacances pour permettre des tentatives. Là, ça a été le contraire. Je lui ai dit que nous partions en voyage à l’étranger. J’étais un peu embêtée, mais je trouve que c’est important de se ressourcer en dehors du travail surtout avec des frais de location engagés. Quand on compte le désir de parentalité en années, on n’est plus à 3 mois près.

Suite de la conversation :  » Mince alors, attendez, on va voir comment on peut faire ». 

Je me dis qu’on va passer notre tour et je suis honteusement, un peu soulagée. Actuellement, suite à la réunion avec le service adoption, je me suis énormément projetée sur l’arrivée d’un bébé pupille. Je compare les types de poussettes sans nécessité de nacelle, j’ai mis de côté les habits de moins de 3 mois que l’on m’a donnés. Ce bébé dans mon ventre, il est hypothétique et pour le moment, je crois que je ne peux l’imaginer. Je sais que plein de couples feraient une danse de la joie s’ils vivaient cet instant de l’Appel. Pour moi, le temps parfois ne paraît plus aussi long quand l’arrivée d’un enfant approche

Nous calons les dates pour le protocole médicamenteux qui inclut les recommandations du Laboratoire Matricelab suite aux résultats de ma biopsie de l’endomètre. J’ai réussi à ne pas dire ou répéter le mot « règles » dans mon bureau de travail avec les collègues à côté ce qui a été un exercice de jonglage verbal ! 

J’appelle le Man’ après avoir raccroché avec le CHU. Je suis toute retournée, un peu perdue. J’ai besoin de l’entendre. . Il était super content. A sa voix, c’était une évidence . Je crois qu’il ne croyait pas que cette FIV avec Don serait possible. C’est vrai, on est toujours dans l’expectative dans ces parcours si longs pour devenir parents et d’un coup, un appel change tout ce qu’on avait pu imaginer.

Le Man’ sait trouver les mots : « Ce que nous allons vivre ne sera que du bonheur après les souffrances que nous avons endurées à travers nos 6 échecs de FIV » .
Deux possibilités s’offrent à nous pour devenir parents, c’est vrai, c’est quand même génial, mais il me faut quelques heures pour l’entendre. Dans les jours suivants, je le réalise. Oui, nous sommes chanceux de voir se réaliser cette FIV avec Don D’ovocyte. Trois ans et demie après un article que j’avais intitulé « Un demie coup de massue », le don d’ovocyte devient réel grâce à la solidarité d’autres couples. 

Je devrais passer une fin d’été en mode « pile électrique » vu ce que je vais ingurgiter pour réguler les problèmes immunitaires de mon utérus. Avec le protocole matricelab et notamment la prise de cortisone, les mots « sommeil », « sel » et « sucre » ne vont plus faire partie de mon quotidien. 

Si je suis enceinte et donne naissance à ce bébé, la roue tournera, le Man’ sera surement donneur à son tour (à moins que l’on change d’idées mais ça m’étonnerait). Les hommes peuvent être donneurs jusqu’à 45 ans.

Nous nous préparons à l’arrivée d’un bébé, d’un enfant, finalement peu importe la façon. Nous sommes ouverts à la vie, en route vers le Bonheur en 2016. On aura attendu mais alors concrétisation de l’adoption ou de la FIV avec Don d’ovocyte et maison, tout cela va arriver quasiment simultanément.

J’me voyais déjà en haut de la liste

« Je me voyais déjà, en haut de la liste

Pour une FIV avec don d’ovocyte, on espère avant cet été

Nous avons vu la biologiste

Qui nous a confirmé cette possibilité peut être quelques temps après juillet


Nous sommes optimistes 

Bientôt notre téléphone va sonner.

Depuis 3 ans et demie notre démarche a été engagée

Avec des dons d’ami(e)s qui nous ont aidés

A raccourcir tous les délais. »

(Vous pouvez pousser la chansonnette à la façon de la chanson d’Aznavour) car c’est avec de petites étoiles dans les yeux que nous poursuivons nos rendez-vous au CHU.

Pour éviter le stress le jour de la FIV avec Don d’ovocyte, les paillettes de mon Man’ ont été congelées. On n’a pas eu connaissance de la qualité du « recueil ».

Avant l’Appel qui nous dira « Nous avons une donneuse, vous commencez votre traitement de préparation pour un transfert », nous avons un troisième rendez-vous avec le psychologue du CHU et un avec la médecin référente de notre dossier, pour, j’imagine, prescrire mon traitement.

Je vais insister pour obtenir l’ordonnance du protocole matricelab testé et approuvé par mon corps il y a un an et demie.

Il faut être motivé pour cette FIV avec don d’ovocyte car si on récapitule, nous arrivons en haut de la liste des couples en attente (sur deux ans et demie de procédure active) grâce à 2 donneurs et après :
– 3 rendez-vous avec un psychologue, idem avec le médecin référent
– 1 rendez-vous avec un biologiste
– Multiples examens gynéco et prises de sang
– Un traitement d’essai pour l’endomètre sur un mois (mais sans stimulation des ovaires)
– Des démarches auprès du Juge aux Affaires Familiales

On a de la chance qu’aujourd’hui cette possibilité existe au sein de notre département. En Région Parisienne, les délais d’attente peuvent être supérieurs à 5 ans ….

On le sait, la réussite n’est pas assurée. On verra si les petites étoiles dans les yeux peuvent s’agrandir en 2015.

Le premier spot de l’association Lili H pour faire connaître l’endométriose

Pour casser le « tabou », voici le premier spot d’une campagne sur l’endométriose.
Je ne me reconnais pas forcément dans le message tenu mais l’association souhaite faire sortir l’endométriose du seul cercle de ceux qui la côtoient et c’est à ce premier pas que je participe en relayant leur vidéo. Ce sont les textes et la voix off de la fin, sur le quotidien de la maladie, qui m’ont parlé.
L’endométriose est en effet une « maladie chronique inflammatoire sans réel traitement »*. C’est la vérité mais avant cet automne et une conférence de l’association Endofrance, bizarrement, je ne l’avais jamais réalisé. Je pense que c’est le statut de malade que je rejette. A la découverte de mon premier kyste, les « Oh ma pauvre » répétés de ma première gynéco ont été insupportables.
Concernant mon avis sur ce court métrage, je trouve que la douleur parfois à la limite des vomissements et de l’évanouissement est bien retransmise. Ma chance est de la connaître en moyenne une fois par an.
Pour le temps du diagnostic, je pense avoir ma première crise à 21 ans, juste une alerte alors je serais dans cette moyenne des 7 ans pour la découvrir.
Je déplore le happy end que je trouve trop facile. La grossesse est une des étapes de vie que peut connaître une endogirl mais le combat n’est pas gagné (si on parle en terme guerrier). Parler de victoire sur la maladie est peut être restrictif. 
Donner naissance est une victoire face à l’infertilité mais l’endométriose peut encore progresser.
Les statistiques disent que « la maladie a 98 % de chances de s’arrêter à la ménopause »*. Il me  reste 15 ans à tout faire pour la stabiliser. Actuellement ce n’est pas vraiment le cas. Mon essai de pilule en continu a été un échec, j’avais des saignements tout le temps, l’anémie me guettait alors en sachant que la FIV avec don pouvait arriver, deux mois après la reprise de la pilule, j’ai arrêté la pilule! Mais si la tentative de FIV avec don ne fonctionne pas en 2015, je passerais au stérilet hormonal qui lui aussi stoppe normalement les règles.
« Avec de l’endométriose, il faut se préparer à une prise en charge sur le long terme, l’évolution est imprévisible (dans le bon et le mauvais sens) et il n’y a pas de conseil thérapeutique. Le choix du traitement change d’une femme à l’autre »*.
C’est aussi difficile de se limiter à ce happy end car la grossesse et donner naissance ne nous concerne pas toutes. Pour autant nous sommes aussi happy en tant que femmes, épouses ou futures mamans par adoption. Si la grossesse est une victoire, difficile de se dire qu’en miroir ne pas la vivre est un échec. Je sais que ce n’est pas le message mais ça peut être un ressenti qui apparaît en filigrane.
Enfin, je dois avoir des amis extra ordinaires et des collègues empathiques car jamais au grand jamais je ne me suis sentie incomprise ou jugée. J’ai fait quelques malaises au travail et vue la montée en flèche de la douleur en quelques minutes, c’est SOS Médecin qu’ils ont appelé. Ils m’ont fait une sorte de lit avec des fauteuils de récup pour créer un lieu de consultation à la va vite, ils m’ont chouchoutée pour mieux supporter les spasmes, et ça m’a fait du bien.

* en italique, propos tenus par des Grands Professeurs spécialisés en endométriose, conférence Endofrance, automne 2014