De « Je vous souhaite bien du courage  » à « Je vais m’en occuper » (partie 1)

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Post long … en 2 articles

Depuis 5 mois d’accompagnement par la pédopsychiatre, la psychomotricienne (et cet été un petit bilan orthophoniste nous a été rajouté), notre fils a fait des bonds de géant et nous aussi. Quand j’aurais le temps je vous dirais comment on a agit au quotidien.

Je fais désormais attention à garder une jauge d’énergie suffisante car A. va me chercher dans mes retranchements et cela puise dans mes ressources personnelles. Il peut me solliciter, me tester, en me tapant, en ayant de agressivité, histoire de savoir si je vais rester une maman fiable. On avait intégré des techniques pour l’apaiser mais en fin de semaine son papa est parti en déplacement deux jours et il a repris ses « mauvaises habitudes ». J’ai retrouvé mon bonhomme insécure, me choisissant comme punching-ball préféré. Bref, il y a eu une matinée de grosse galère où j’ai mis deux heures à décoller de la maison, réussissant à arriver au travail avec « seulement  » 40 minutes de retard. Ensuite, un week-end plus posé s’annonçait chez papi.

Samedi matin 9h30, j’ai eu envie de me joindre à son papi pour aller boire un café en ville. A. était réveillé depuis 6h15, il avait été dans le lit de papi, ils avaient regardé des dessins animés. Encore en pyjama, c’est le Man’ qui l’a vite habillé et il n’a pas vu les vêtements préparés sur le lit. A. est ressorti prêt à partir mais avec ses habits de dehors , ceux qui servent à faire du vélo, courir, tomber, pas ceux dont j’avais envie. Bon, je me suis dit que j’allais « juste » lui changer son pull pour quelque chose d’un peu plus joli. Le Man’ m’a prévenue : « T’es sûre de vouloir ça parce que ça risque de partir en cacahuète « . « Oui » car je ne me voyais pas aller dans le café cosy pour présenter mon fils en tenue de jardinage. « Le combat pour changer le pull  » n’a servi à rien, on n’a finalement jamais pu partir tous les deux. Mon choix, a déclenché sa colère.

Il m’a griffée (en plus des ongles qu’il plante bien dans la peau, il bloque ses doigts comme des serres, je pourrais être faucaunière à force !). Ensuite il m’a tapée avec poings, mains, coups de pied ou il a tenté de le faire en me poursuivant. Honnêtement après l’essai du coin dans la même pièce, imposer mon choix, tenter de le canaliser en le contenant physiquement, j’étais à bout d’idées et je sentais ma propre colère arriver en miroir. Je crois qu’il a lancé des objets, que j’ai crié puis il est parti dans une chambre en claquant les portes en bois. Je me suis dit, je fais quoi ? Je mets mon pieds, je mets ma main pour l’attraper pour ne pas nous mettre en danger tous les deux? Je fais quoi? Je ne sais pas. Je n’ai pas d’idée. Il est en furie. Je ne sais pas quoi faire. Bon, on n’ira pas au café pour un pull…

Puis papi est arrivé lui aussi en colère face à nous deux, pas du tout habitué à ce bazar sonore en début de week-end, à un enfant qui hurle, se débat, fait voler les affaires et se met dans un tel état de colère qu’il s’y épuise depuis une vingtaine de minutes. Il nous a crié à son tour dessus :  » Non mais c’est pas fini ce bazar. Tu fais de la comédie. Tu es ici chez moi et ici on ne fait pas ça. C’est ma maison et c’est moi qui commande ». Puis s’adressant à moi : « C’est de votre faute s’il est comme ça, vous lui avez tout cédé. Il a fait et il fait de vous tout ce qu’il veut ».

Quand je parle de ma jauge de colère, au milieu du couloir de chez mon beau père avec mon fils toujours aussi en larmes, elle était très haute. J’ai tenté de m’opposer calmement ou plutôt en parlant avec des sanglots de colère parce que j’avais envie de lui crier à mon tour dessus. D’une voix une peu de celle qui a une angine mais c’était une angine de colère, la voix coupée par moments, j’ai dit en pleurant » Non, vous ne pouvez pas dire ça, vous n’avez pas le droit de dire de telles choses. On vous l’a expliqué, A. n’est pas un enfant tout a fait comme d’autres, il a un trouble, on vous en a parlé. Il va voir un pédopsychiatre et une psychomotricienne » (c’était pas pour nous justifier c’était pour nous défendre contre l’agression verbale). Il a répondu : « Un enfant il faut lui poser des limites, il ne fait pas ce qu’il veut ». J’ai rétorqué :  » On a fait cela seulement ça ne marche pas. Je vous rappelle qu’à 2 ans et 9 mois il a fait un trou avec sa boite à musique dans la porte de sa chambre. A. n’est pas bien en ce moment et moi je ne sais pas comment faire. Ce qu’on faisait avant ne marche plus « . Et puis il a prononcé cette phrase qui m’a assommée : « Et bien si c’est comme ça on son âge, pour la suite je vous souhaite bien du courage ».

Là, j’ai quitté la maison parce que j’avais besoin d’aller hurler quelque part. Je n’avais pas envie d’envenimer les choses. J’ai juste dit « Ce que vous dites est injuste ». J’ai mis mon fils en sécurité à défaut de l’apaiser (ce n’était plus dans mes capacités du moment) en le donnant à son papa qui avait entendu la scène. A pied, j’ai même escaladé la murette (les fermetures électriques sans bip ni clefs à disposition c’est la loose) et je suis partie marcher dans la campagne, jusqu’au village d’à côté (qui n’est pas loin). Je me suis répétée : il a tord, c’est pas vrai, on n’est pas ces parents qu’il décrit, on n’a pas à nous renvoyer ça. Je vais lui dire ce que ça me fait , ce que je ressens face à ces paroles puis … Mais comment faire pour aider A., rien ne fonctionne en ce moment, deux jours d’absence de son papa et bim il régresse. Je le sens flancher mais je ne sais pas comment m’y prendre. Il est de nouveau pas bien et je ne sais plus comment faire, comment le rassurer. Les rendez-vous avec la pédopsychiatre son trop loin, on a besoin d’un étayage régulier. 45 minutes et quelques kilomètres d’usure de chaussures plus tard, je suis revenue chez papi, posée (et j’allais dire en position « adulte »),prête à parler et à assumer. Le Man’ et A. s’étaient reposés mutuellement après 15 minutes de pleurs à chaudes larmes. Vive le week end en famille !

  • Au moment du repas du midi (en famille), le Man’ avait parlé à son papa qui je le voyais avait les larmes aux yeux. Il m’a dit « Je voulais te dire pour tout à l’heure »« Heu non, pas maintenant avec A présent. On en reparle au moment de sa sieste, ne vous inquiétez pas ça va « .Et une fois notre fils couché, j’ai déroulé ce que j’avais sur le cœur car on n’allait pas rester avec nos colères, maladresses,culpabilités, incompréhensions. Si on veut avancer, c’est bien ensemble et dans nos familles il y a de l’amour pour cela.
  • Moi : « Quand on a eu A. et ensuite durant 2 ans tout a été facile et puis d’un coup ça a changé. Au départ je me disais qu’A était un enfant comme les autres (j’ai utilisé le terme « normal » ) mais en fait il a des besoins particuliers (c’est un enfant actuellement avec des besoins spécifiques). Vous nous dites qu’un enfant on lui pose des limites et c’est ce qu’on a fait et qu’on fait seulement on a été dans un tel conflit l’année dernière que ça a été une escalade et personne n’était bien » .
  • Il a dit « Oui, je sais. je suis désolée d’avoir dit ça »
  • Moi : « L’année dernière on a tout essayé, le mettre dans sa chambre, chercher des temps calmes, poser des interdits , imposer même sans énervement avec un ton ferme et neutre mais ça ne fonctionne pas. A. a beaucoup de colère. Jusqu’alors on nous avait donné des conseils et ça fonctionnait bien, il a changé et puis là c’est revenu. En tant que parents, que maman, j’essaie de le contenir, de faire ce qui jusque là l’apaisait mais ça ne marche plus ».
  • Il a dit : « Oui, mais moi parfois je vous trouve trop gentils »
  • Moi : « A a dû se sentir en insécurité car ses émotions négatives débordent. C’est pareil d’ailleurs quand il est joyeux il ne gère pas son énergie. On fait ce qu’on peut mais là c’est difficile on n’y arrive pas . J’ai demandé un rendez-vous pour voir la pedopsy parce qu’on a besoin d’être aidé. A. c’est à nous en tant que parents à l’aider à grandir le plus sereinement possible et là je sens qu’il ne va pas bien. Il a eu une diagnostic de trouble de l’attachement. A la pouponnière il était décrit comme un petit garçon anxieux, faisant beaucoup de colères et ayant besoin d’être rassuré, réclamant beaucoup les bras. On ne l’avait jamais vu comme ça puis il y a un an c’est ressorti, il redevenu comme ça. On se fait aider et on nous a dit que ça allait être un marathon ».
  • Le Man’ ou moi avons ajouté « C’est assez horrible de nous dire : Je vous souhaite bien du courage » . Ce dont on a besoin c’est d’être soutenu et aidé quand on est en difficultés. S’il est comme ça avec nous, vous le faites sortir jouer avec vous, vous intervenez pour nous aider. »

Après ce week-end et ces grandes explications sur une éducation qui n’est pas le modèle ni de la mienne ni de celle qu’il a donnée à ses fils, je crois qu’il a entendu qu’en tant que parents d’A, on faisait comme on pouvait.

La parentalité est un sacré défi. Unique, épuisante, déroutante, enrichissante aussi et il faut se reconnecter à son enfant, profiter des moments simple pour l’apprécier

(N’hésitez pas à me faire partager vos expériences pendant que j’écris mon prochain article). En photo, c’est lui, un sacré caractère, un tigre parfois dans ses attitudes. Heureusement y’a pas que ça.

Automne 2018, début des difficultés

Automne 2018… C’est pour dire comment j’écris en décalé..

A l’automne 2018, j’ai eu du mal à comprendre notre fils si changeant de celui que je connaissais avant. Le mercredi était un jour off, celui de mon temps partiel. Je l’imaginais comme un moment de retrouvailles, de jeux, de siestes mais je l’ai vécu peu à peu comme une corvée.

Pourquoi ? J’avais un enfant colérique, n’acceptant aucune frustration. La purée pas à son goût, il m’a par exemple cassé l’assiette. Son papa qui lui dit non pour un peu plus de saucisson, je me suis faite pincer deux fois fortement au niveau du bras. Même en prévenant, même en expliquant la fin previsionnelle des activités, j’avais droit à un enfant furieux. Je me rappelle de nos sorties mémorables de la ludothèque où je l’avais sous le bras, en train de se débattre, de me taper, d’essayer de me griffer.

Jusqu’à ses deux ans je le comprenais très facilement mais là c’était tout autre chose. J’arrêtais pas de me dire : Qu’est ce qui ne va pas ? Qu’est ce qu’il a ? Comment doit on réagir ? Qu’est ce que je fais de pas adapté ? Avec le Man’ on n’a pas arreté de se ré ajuster.

On a mis en place le coin et il y restait en minutes proportionnelles à son âge, le coussin de la colère où taper pour se défouler, la relaxation avec des postures de yoga. .. Que sais je encore.

À la maison je me retrouvais peu à peu avec un bébé scotché à ma jambe et qui dès que je le reposais répliquait par des gestes qui font mal. Il me tapait, poussait, pinçait, griffait, mordait, donnait des coups de pied, de petits coups de poings, jetait ses affaires, les miennes. Je me suis énormément remise en cause, tantôt douce, tantôt très en colère contre lui.

Il y avait un énorme décalage avec le regard qu’avait sa nounou, tout se passait bien chez elle et tant mieux. Il y avait aussi du décalage dans son attitude avec son papa, qui elle était de bonne qualité.

À la fête de Noël de la crèche, je l’ai observé, c’était un petit garçon beaucoup plus mature que celui qu’il était devant moi. Un enfant bien, sûr de lui, écoutant les consignes, souriant. Il n’était pas le petit bonhomme de 2 ans et demie toujours en colère et dans le conflit face à moi… Culpabilité…. culpabilité.

On me disait « c’est le terrible two c’est de son âge,vous êtes douce il faut être plus ferme. C’est à vous d’être celle qui décide, c’est pas lui » . « Il va te dominer » . « Peut être qu’il faut plus suivre une routine comme à la crèche, à 10h il faut sortir faire une balade pour qu’il se dépense « . On me conseillait aussi le contraire et qui attrait à l’ education positive : le faire souffler sa colère lui expliquer que comme un nuage elle passe, qu’il a le droit d’être en colère mais que taper sa maman n’était pas une solution, qu’il valait mieux taper des pieds » J’ai tout fait, tenté. J’ai aussi acheté des livres jeunesse pour faire passer des messages mais rien n’y faisait.

Au début le Man’ ne comprenait pas et des professionnels de la petite enfance m’ont désarmée : « Moi je vois que c’est un enfant qui va bien mais il s’inquiète pour vous et les enfants sont des éponges. Quand vous irez mieux il ira mieux ». « Ce comportement est normal jusqu’à l’âge de 5 ans, le cerveau est en construction, c’est vous qui le voyez avec un regard différent, essayez de passer du temps de qualité avec lui ».Culpabilité… Culpabilité.

À un moment, je me suis dit ou résignée à l’idée que certains enfants n’avaient pas forcément une bonne relation avec un de leurs parents. Si c’était moi c’était comme ça mais du haut de se deux ans et demie et après tellement de moments de bonheur partagés, comme cette scission me faisait mal et me rendait triste !

Notre relation semblait disloquée. C’était épuisant, révoltant. J’étais accablée d’un tel constat. Si petit, c’était si dur. Ni lui ni moi ne semblions bien. Alors j’ai persévèré pour trouver de l’aide. Pour moi, lui, notre famille nous, je me suis dit qu’on n’allait pas s’arrêter là.

J’ai pris des références de pedopsychiatres que j’ai appelés, ils étaient complets. J’ai ensuite contacté notre antenne locale d’Efa qui m’a orientée vers d’autres professionnels et structures.

Début mai, nous étions de plus en plus à bout. On notait une escalade des colères de notre fils et enfin je me suis enfin entendue et reconnue par une pedopsychiatre. Nous avons eu un consultation à 3 durant plus de deux heures et nous en sommes ressortis avec un diagnostic, des explications, des premiers conseils et une proposition de prise en charge pluridisciplinaire.

Dès lors je n’ai plus vu le petit chaton comme un petit être persécuteur mais comme ce qu’on nous a expliqué, un enfant anxieux qui exprime ses émotions par la colère et qui a besoin d’être rassuré. Il était décrit comme cela lors du rapport auprès du conseil de famille quand on a été choisi pour être ses parents. Finalement ce schéma on ne sait pas trop pourquoi est redevenu son mode de communication à un moment.

L’amour ne suffit pas mais il est indispensable pour passer des caps. La bonne nouvelle c’est que depuis notre prise en charge, ça marche. En se réajustant, en décodant ses réactions, ses attitudes en quelques mois, on a tous fait des bonds de géant. Ça vaut tellement le coup de s’être accrochés même avec beaucoup de mal. Quand je regarde nos photos de nos vacances d’été, je vois un petit garçon de 3 ans heureux, épanoui. C’est du bonheur.

Aidés par des professionnels à l’écoute ce sont les parents qui connaissent le mieux leurs enfants.

Nos réajustements, son trouble de l’attachement dit insecure anxieux ou ambivalent resistant, je vous en parle ensuite. J’avais quand même envie de détailler ce qu’on peut appeler les « symptômes » afin que notre experience soit peut être utile à d’autres parents adoptifs.

Sacré terrible two ?

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. L’année 2018 a été finalement sacrément déroutante pour nous, enfin pour moi, trop de choses à gérer … et j’ai craqué. C’était en décembre mais il y avait des signes avant coureurs. En décembre, je me suis effondrée. Moi qui me pensais forte après des années de PMA, de démarche adoption, des traumas dans ma vie, je me suis sentie en quelques jours en insécurité sur plein de plans.

J’analyse avec du recul qu’au niveau du travail la reprise a été des plus compliquées : longueur des trajets, stress au travail, conciliation difficile entre la vie professionnelle et la vie privée. Au niveau des proches, il y a eu des décès. Au niveau perso, entre septembre 2018 et septembre 2019 j’ai eu 2 transferts d’embryons puis je me suis faite opérer de l’endométriose avec l’idée de tenter la cerise sur le gâteau, notre dernière FIV avec don. Au bout d’un moment, le vase a débordé.

Et j’en arrive au sujet principal de mon post que je vais couper en 2 fois, la question de l’attachement. Je vous avais raconté le début de notre attachement à tous les 3. Mon congé parental d’environ un an, je l’ai vécu comme une parenthèse des plus idylliques. Tout était des plus simples avec le Chaton, il était heureux, souriait, était très en interaction, toujours vif avec son regard qui ne laisse pas indifférent et ses expressions craquantes. Dans sa première année avec nous, il a toujours été très sociable, il s’est adapté à notre rythme. On pouvait l’emmener partout et d’ailleurs je faisais tout avec lui. Durant un an et demie, je dirais qu’il a un peu été le prolongement de mon bonheur intérieur, l’objet essentiel de nos attentions après des années d’attente. Je me suis consacrée entièrement à lui et j’en étais ravie. C’est un peu ce que font je crois la plupart des mères en congé parental de longue durée je pense. Je me rappelle de seulement 3 moments où j’en ai eu marre (une après midi où j’avais envie d’être toute seule, une soirée où je ne savais plus quoi faire avec lui- je n’avais plus d’idées d’activités-, et un midi où après 15 jours à me cracher la nourriture à chaque repas, j’étais un peu fatiguée d’avoir adopté le tablier plus la retouche de shampoing quotidiennement).

Pour moi le comportement du petit chaton a changé vers ses 22 mois. Il s’est mis à se rouler par terre, à me taper. Friande de conseils en parentalité, je me suis dit qu’on rentrait dans le terrible two, cette fameuse période entre 2 et 4 ans où notre enfant sage et calme devient plusieurs minutes par jour, une sorte de dragon. Ça a commencé quand j’ai su que j’allais me faire opérer de l’endométriose, j’étais stressée sur les suites organisationnelles post chirurgie et en même temps le Petit Chaton était replacé chez une nounou. Le soir, au moment de le récupérer il gesticulait dans tous les sens, me donnait des coups de pied pour monter dans son siège auto. On s’est armé de patience et 3 semaines après c’était passé. En post chir nous avons été attentifs à sa réaction et lorsque ma maman est venue s’en occuper à ma place en complément du Man’, nous avons entouré chaque journée par des mots, des explications, des câlins, des bisous, de la tendresse de ma part afin qu’il se sente le moins possible bouleversé dans ses habitudes.Le Petit Chaton colérique est redevenu assez doux.

Au moment d’un voyage professionnel du Man’ le mois suivant, nous avons expliqué 4 jours avant, ce qui nous semblait, ni trop tôt, ni trop tard, que papa partait quelque jours, que lui restait avec moi et que surtout on se retrouverait tous les trois d’ici 5 dodos. On a insisté sur le temps des retrouvailles. Sans son papa, même avec des conversations Whatsapp etc … le petit Chaton demandait « il est où papa? », normal. Le trajet en avion à 2 en hublot avec 2h de retard sur un temps initial de vol à peu pré équivalent, accroché à ma ceinture a été horrible pour nous deux. J’avais emmené en cabine des livres, des gommettes, des yaourts, des compotes et doudou mais j’avais oublié les gâteaux. En entendant tout le monde être servi, le petit chaton hurlait « gâteau ». Au départ j’ai réussi à le faire patienter , à lui dire de jolies phrases de parentalité positive comme : « Je comprends, tu as très envie d’un gâteau mais on n’est pas encore servi » « Je comprends, tu as très faim et bientôt ça va être notre tour ». Cependant, après 30 minutes trèèès longues , en larmes et énervé, il est devenu impossible à contrôler en terme d’émotion. Quand enfin le plateau repas est arrivé, le cake ne lui a pas plus, il l’a décomposé pour partie en miettes. Je lui ai proposé mon sandwich poulet tomate jambon qu’il a renversé de colère avec le plateau repas. Heureusement que le fromage blanc n’était pas ouvert car le plateau a volé dans toute la rangée. Je me suis reçue la tomate, je ne sais pas qui a réceptionné le poulet, le pain et le fromage, sur sa tête ou ses jambes. Il se débattait, en me tirant les cheveux et en me tapant de colère. Les hôtesses de l’air ont voulu le dégager mais il s’agrippait et me griffait le cou, lui, le Petit Chaton, poils dressés, gros dos et complètement hors de lui. J’ai pleuré de honte et j’ai dû lui dire que ce qu’il faisait n’était pas gentil puis, enfin pris en charge dans l’avion, il s’est apaisé en engloutissant 2 paquets de gâteaux au chocolat de la business class. On m’a dit « Ne vous inquiétez pas, nous aussi on est maman, voyager seule avec un petit c’est compliqué » et aussi des : « Il serait pas hyperactif ? « . Les vacances ont été l’objet de colères mais bon, elle durait 20 minutes même si elles nous prenaient de l’énergie. On a réussi à le punir en le mettant au coin de la poussette. On se demandait s’il n’avait pas faim, mal, mais les frustrations passaient difficilement. Sur l’été, les enfants de nos amis nous appelaient pour dire lors des moments de retrouvailles collectives « il m’a tapé ici, il m’a mordu, il m’a griffé ». A chaque fois nous avons posé des limites verbales avec au choix les tournures suivantes : « Taper, mordre, c’est interdit, tu n’as pas le droit de faire ça », « Taper ça fait mal, ça rend triste, ça fait pleurer » , « La main ça sert à faire des caresses, à dessiner ». On faisait le signe interdit en langage sourd et muet. Le jour de ses deux ans j’écrivais en légende d’une de mes photos de vacances : « Premier câlin tous les 3. Il nous a demandé et nous a serré très fort après une journée de parents ».

En reprenant ce souvenir, je crois qu’on découvre déjà en filigrane le comportement ambivalent qu’on vit depuis un an avec le Petit Chaton et qui vient juste d’être qualifié de « Trouble de l’attachement ambivalent résistant » (la suite demain).

Best off des dernières phrases entendues récemment (adoption)

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Comme je ne dis pas son prénom je vais appeler mon fils par « le petit chaton » mais bien entendu, les personnes s’adressent à lui par son prénom, celui que nous lui avons choisi il y a quasiment deux ans.

Première personne : « Ce n’est pas toi qui a été enceinte et qui a accouché du coup ça te fais pas bizarre ? T’arrives à te dire que c’est ton enfant ? Est ce que tu penses que ça ferait une différence si … Si c’était mon enfant biologique… (Je complète les phrases). Jai répondu que le Petit chaton était mon petit garçon sans aucun doute et que je ressentais rien d’autre que cela, que j’étais sa maman tout simplement. J’ai aussi ajouté que je m’en fichais éperdument de ne pas avoir été enceinte. C’était une jeune femme qui sûrement se posait des questions sur la maternité, c’était comment dire.. une question « naïve » dans le sens de sans arrière pensée.

Deuxième personne : « Le petit chaton pour toi c’est comme ton fils ? » Secondes de flottement  chez moi et une réponse évidente « Le petit chaton, c’est mon fils » (La virgule a son importance pour affirmer cette phrase et j’ai bien insisté sur le « C’est »)

Troisième personne (c’était cette semaine) : J’étais en train de donner à manger au petit chaton, on était mercredi midi et j’avais rendez-vous avec un réparateur pour mon sèche linge. Apparemment magicien, car toutes les personnes qu’il avait vu le matin avaient finalement leur appareil en fonctionnement sans qu’il fasse quelque chose (ce qui a été aussi mon cas!) mais alors il n’était pas médium pour autant. En arrivant dans le séjour il me dit : « Ha vous êtes nounou ! » Alors celle-ci elle était bien bonne. Digne du film « Il a déjà tes yeux » où la maman adoptive physiquement différente de son garçon est confondue par la pédiatre. Quand même un mercredi, chez un particulier, quand il y a une femme qui s’occupe d’un enfant c’est plus souvent sa maman non ? S’il y avait eu mon mari blond aux yeux bleus j’aurais peut être plus compris mais là ça m’a étonnée. Peut être que c’était en lien avec l’état de ma maison (c’est à dire une maison où le sol était décoré de livres enfants éparpillés, de poupées, de biberons, playmobil 123, un petit établi … en somme une maison d’enfant le mercredi). Peut être que c’était par déformation professionnelle puisqu’il m’a ensuite dit que sa femme était nounou mais qu’il ait pensé que le petit chaton était celui d’une autre car il ne me ressemblait pas alors qu’on était chez nous ça m’a fait tiquer. Le cerveau a des raisonnements un peu trop simples parfois. Il y a des remarques qui font sourire ou étonnent quand on est maman et que son enfant ne nous ressemble pas forcément, qu’on l’ait porté ou adopté.

Enfin, à deux 2 ans passés, on sait qu’on a largement mis notre patte dans ce qu’il est. En ce moment il est dans l’imitation, c’est rigolo et mignon. Il aime chanter comme moi (et alors depuis la semaine dernière qu’on a tous les deux suivis un atelier sur les chansons gestuelles, je suis à fond et il commence à dire les mots associés aux gestes. D’ici une semaine on devrait arriver à la première chanson en entier). Il se love dans un plaid le soir tout comme moi (mais il y prend son biberon). Du côté de son papa, il l’attend avec hâte tous les soirs parce qu’il rentre plus tard mais le matin j’ai deux cro-magnons à la maison qui font chacun la même « chorégraphie » pour sauter sur notre lit et faire « la bagarre ».

2 ans c’est beaucoup de changements. De bébé il devient un petit garçon. Il a un sacré caractère qui nous fait réfléchir à nos réponses éducatives et à nous remettre en question régulièrement mais il est trognon aussi. Cette semaine il nous a appelé « Papa » et « Maman » en y ajoutant nos prénoms. Je ne savais même pas qu’il connaissait le mien et qu’il arriverait à le prononcer. Alors même si physiquement on peut étonner on est notre famille.

(photos des étés 2017 et 2018).

Adoption : les droits de l’arrivée de son enfant jusqu’au jugement d’adoption plénière

Après avoir géré la gastro familiale dans les tous premiers jours à la maison (j’écris en différé c’était en 2016), nous avons dû nous engager dans plein de démarches administratives avec plus ou moins de compréhension de la part des interlocuteurs. Le service adoption qui nous a vraiment bien accompagné après notre agrément n’était pas entièrement calé sur le sujet. C’est le réseau de parents adoptifs qui nous a bien aiguillé ainsi que des recherches sur Internet. Il y a des moments où il a fallu taper fort sur la table pour se faire entendre (c’est bien sûr une expression, je suis tout a fait respectueuse ).

Du côté des parents : 
Le couple qui accueille un enfant confié en vue de son adoption, a droit au congé adoption. Il est à solliciter auprès de la sécurité sociale.
Le congé adoption c’est un peu l’équivalent du congé maternité. Il peut être pour un des parents ou les deux. Lorsqu’il est divisé entre les conjoints, sa durée est de 10 semaines et 11 jours. Il y a un minimum de 11 jours à prendre par l’un des parents mais ensuite on s’organise comme l’on veut. Il peut commencer une semaine avant la date où l’enfant est confié.
Dans notre cas, mon mari qui a le plus gros salaire a pris 10 semaines et moi les 11 jours. On a débuté notre congé adoption au premier jour de la semaine d’adaptation à la pouponnière. Cette période de 2 mois et demie à 3 a été un énorme bonheur. Quand je regarde les photos de cette fin d’année 2016, mon Man’ a les yeux qui pétillent, on est dans cette phase de rencontre et de découverte mutuelle. Nous transparaissons comme des parents émus, heureux et qui savourent. Le petit chaton lui est beaucoup moins expressif qu’aujourd’hui mais nos photos rappellent ces échanges de regards si puissants, purs et savoureux.2017-02-16 18-35-00

J’ai ensuite enchaîné sur un congé parental. Par le plus grand des hasard, j‘avais prévenu mon employeur un an pile avant l’Appel mais dans la loi c’est deux mois avant par lettre en recommandé. Autant prendre les devants pour ne pas être surpris. Cette fois, c’est la CAF qu’il faut contacter (ou la MSA pour les personnes relevant du régime agricole ?).
Parents d’enfants confiés en vue de leur adoption, on tient compte de notre situation particulière. Le congé parental va jusqu’à 12 mois après l’arrivée de l’enfant ou après la fin du congé adoption contre 6 dans le cadre d’une naissance (pour un 1er enfant). Il peut être total ou à temps partiel.
On l’a su en décalé alors fan du petit chaton, j’ai allongé mon congé initial de 6 mois à temps plein avec 4 mois supplémentaires. J’avais envie de profiter de l’été, des balades au soleil, des beaux jours (l’année n’avait pas été aussi pluvieuse qu’en 2018 !) et surtout de lui ! J’ai repris mon travail à 80 % avec encore 2 mois de congé parental à temps partiel.
Au niveau du porte monnaie, la CAF m’a versé pour un congé parental à temps plein, 390 €/mois de PREPARE (Prestation Partagée d’Education de l’Enfant). A temps partiel à 80 % , le droit est de 141 €. Je m’étais renseignée, il n’y avait aucun versement pour une reprise d’activité à 90%.

Ce qui semble dépendre de la politique familiale du département, c’est ensuite l’accès ou pas à l’Allocation de Soutien Familial au titre de Tiers (versée par la CAF ou la MSA). L’allocation de Soutien Familial dans l’esprit de la loi c’est une aide versée à une personne qui s’occupe d’un enfant privé de ses parents.  Alors au premier abord ça fait bizarre de se dire qu’on peut en bénéficier car on se sent parents de notre petit mais aux yeux de la loi, avant le passage au tribunal dans le cadre du jugement d’adoption plénière, c’est bien un enfant pupille de l’état, né sous X qui nous est confié en vue de son adoption. Il a d’ailleurs son identité temporaire mais officielle c’est à dire les 3 prénoms qui lui ont été donnés à sa naissance.
On a appris cela en différé. Alors que j’avais signalé, puisque c’était le cas dans mon coeur, qu’en lien de parentalité le petit chaton était notre fils, j’ai ensuite modifier notre « dossier » pour le noter comme « enfant né sous x, pupille de l’état confié en vue de son adoption ». J’en parlerais dans un prochain article (qui j’espère ne prendra pas des mois) mais jusqu’au 6 mois après l’apparentement minimum, le suivi du service adoption se poursuit à raison d’une visite à domicile par mois. On réalise à travers cela et encore plus en lisant le rapport d’adaptation que le services sociaux envoient au juge puis la rédaction de notre part d’une « lettre de motivation argumentée et détaillée manifestant l’intérêt réel porté à notre enfant », qu’en effet, juriquement, notre petit est sous la protection du département lors de sa première année. Du coup, je me suis sentie légitime pour demander cette prestation. Elle s’arrête le mois précédant le jugement d’adoption plénière.
Le montant de l’ASF est de 110 euros par mois même un peu plus (J’ai un peu oublié).

Au regard des ressources (ce n’est pas spécifique à l’adoption) on peut ouvrir droit à l’allocation de base PAJE de 90 € et/ou/ou pas! à la prime à l’adoption .

Du côté du petit bout : 
A sa naissance, le département a protégé le petit chaton. Il avait une couverture santé complète avec la PUMA (Protection Universelle Maladie) pour les soins, les examens, bilans, médicaments dont il a bénéficié de son arrivée dans notre monde à la pouponnière. 
De suite après la semaine d’adaptation et donc le début officiel de son placement en vue d’adoption, nous avons fait une demande de rattachement auprès de notre caisse de sécurité sociale en envoyant son contrat de placement et son extrait d’acte de naissance. Ca permet d’aller en consultation avec la carte vitale d’un des parents.

Pour la partie complémentaire santé (mutuelle quoi), durant 1 an, un bébé né pupille bénéficie de la CMUC (Couverture Maladie Universelle Complémentaire). Cela permet de ne rien payer le concernant , de ne pas faire d’avance de frais.
J’avais peur au départ que cela le stigmatise, que des soignants ou pharmacies nous refusent mais cela n’a jamais été le cas.

Côté discrimination, mais ce n’est pas un droit, nous avions appris que notre mutuelle versait une jolie somme à la naissance des enfants. Naïvement, j’ai donc sollicité cette aide qui s’appelait « Prime à la naissance ». Aucune nouvelle après quelques semaines, je les ai donc contactés par téléphone. Et là, je suis tombée des nues « Je suis désolée Mme mais dans votre contrat il n’y a pas de droit car c’est une prime que pour une naissance et pas pour une adoption ». Le fait d’indiquer qu’avant tout il s’agissait de l’arrivée d’un enfant quelle qu’elle soit n’a rien changé, ni de préciser que du côté de ma boite c’était « naissance ou adoption » Elle m’a dit de contacter le Président du groupe où travaille mon mari, que lui seul pouvait influencer sur les termes du contrat. J’ai quand même hésité à « déranger » avec ma petite question de maman, le Président France de sa multinationale! A la place, j’ai donc rédigé un courrier ou plutôt un plaidoyer à destination de notre mutuelle. Je leur ai écrit le pamphlet suivant  :  « Je pense que vous jouez sur les mots concernant le contenu de notre contrat, puisqu’il paraît discriminatoire de faire la différence entre un bébé né sous X et adopté et un enfant né dans sa famille dite « naturelle ». Mon travail, mon comité d’entreprise n’ont fait aucune différence sur cela. Je ne comprendrais pas que ce soit le cas de votre côté. En effet, cette prime est censée concerner l’arrivée d’un enfant au foyer de ses parents. Après son jugement d’adoption plénière comme tout enfant, notre fils va figurer sur notre livret de famille avec notre filiation.
J’ai fini avec la petite formule de politesse : « Je vous remercie de l’attention portée à notre situation peut être atypique mais relevant tout simplement de l’arrivée d’un enfant, d’un bébé au sein de sa famille ». Et bim, deux semaines après on avait l’argent sur notre compte.

Cet article se veut être une source d’information pour les parents adoptants ou ayant juste adoptés. Les informations de notre département étaient partielles alors je me dis que ça peut aider. Ca peut aussi être complété par vos expériences ou témoignages. A suivre donc …

Nos premiers mois tous les 3, l’attachement avec notre bébé

Je me demande ce qui peut aider les futurs parents adoptants alors si vous me lisez, dites-moi ce qui faciliterait votre cheminement, accompagnerait votre attente, ce sera peut-être plus interactif.

J’avais l’impression durant ces premiers mois que nous vivions une sorte de « Lune de Miel » mais ce monde de la petite enfance et de la parentalité dans lequel nous sommes plongés est encore tout aussi doux aujourd’hui. Hier j’ai relu mon témoignage sur le blog « Parlons adoption » alors voici quelques morceaux choisis sur le début de la vie à 3 : 


Après plus d’une semaine entre chez nous et la pouponnière, nous étions finalement très fatigués en retrouvant notre maison. Au premier week-end j’ai senti deux après-midi d’épuisement. Je pense que les vannes de l’émotion ce sont ouvertes à ce moment.

Sur la gestion du quotidien, au départ, on s’est demandé comment on allait réussir à organiser nos journées avec ce tout nouveau bébé. Nous étions des parents en apprentissage (pas des super parents, ce n’est pas nécessaire) et tout geste prenait du temps. Se laver avant 14h, arriver à cuisiner pour le midi,  cela nous a été impossible sur la première semaine. Dégager du temps libre m’a semblé un effort considérable ! Les courses aux drives, les achats de surgelés et les gratins de pâtes ont été nos alliés pour les repas. L’organisation réglée et ensuite celle que je qualifierais de « Croisière » a pris 4/5 mois ! Aujourd’hui j’arrive même à sortir de chez moi une heure après son réveil ! 

Sur le plan de l’attachement et de la création du lien, les services de l’adoption avaient insisté lors des rendez-vous post agrément, sur la nécessité et l’importance de se créer une bulle à l’arrivée de notre enfant en restant une semaine voir 10 jours que tous les 3. On pouvait quand même sortir de chez soi pour les balades mais les visites devaient être très limitées. Notre petit garçon a toujours été sociable, souriant et finalement nos proches nous ont vus assez rapidement. J’étais à l’affût des réactions et expressions pour limiter éventuellement les temps de visite mais cela n’a pas été nécessaire. Tout le monde avait été prévenu que, tout comme nous au début, il ne fallait pas trop le toucher. Notre bébé est donc resté dans nos bras ou dans son transat quand nos amis se sont présentés à la maison pour le rencontrer. 

Il nous avait été aussi précisé de nous occuper de tous les soins : changes, biberons, et du portage pour créer à travers les échanges, le toucher, les sens, une relation privilégiée et unique, celle des parents à leur enfant. Nous avons bien respecté cela et honnêtement le confier à d’autres, c’était le début des petites séparations avec lui donc je n’étais pas pressée. Concernant ces premières fois, ma maman et ma belle-sœur ont porté le petit chaton au bout de 2/3 visites, c’était environ 3 semaines après son arrivée. Pour le biberon, on a attendu 1 mois et demi et c’est sa marraine qui lui a donné. 


Nous avons remarqué en regardant à posteriori des photos que le petit chaton que l’on trouvait déjà en relation, s’était ouvert encore plus au fil des semaines. Il a toujours été un bébé apaisé, facile, faisant ses nuits mais ce n’est qu’après deux mois qu’il s’est par exemple posé sur notre épaule quand il était fatigué. Les services de l’ASE ont vraiment pointé l’importance de ces étapes, de cette progression pour permettre aux bébés arrivés par adoption de trouver leurs repères. Nous avons réagi en fonction de son comportement, nous nous sommes adaptés et je crois que c’est ce qui est à garder en tête. 

L’attachement a été un coup de foudre pour mon mari et une évidence pour moi au retour à la maison. J’ai beaucoup visionné l’émission « la maison des maternelles » durant mon congé parental. Un jour le sujet devait être « Quand devient-on maman/parents ? » L’accent avait été mis sur l’importance du peau à peau avec un nouveau-né, voir l’allaitement afin de générer une hormone de l’attachement et du plaisir, l’ocytocine. Je peux vous dire que loin de cette chimie, maman par adoption, je ressens que le petit chaton est à 100 % mon fils. Je ne perçois aucun manque quand il dit « ma maman », qu’il me tend les bras, qu’il me regarde avant d’essayer d’aller vers les autres pour vérifier que je suis là et qu’il peut découvrir un nouvel environnement. La parentalité adoptive est une énorme chance dont nous profitons chaque jour. Selon moi, les liens du cœur et de l’amour sont plus forts que le reste. Notre petit garçon s’il avait fallu attendre encore des mois pour le rencontrer, je n’aurais pas hésité (mais je ne l’aurais pas su non plus).

Rendez-vous en terre inconnue dans les démarches administratives post apparentement d’adoption

Lorsque le petit chaton est arrivé, je suis passée du statut de salariée à celui de maman en congé d’adoption puis parental. Du coup on a informé les administrations de notre changement de situation afin de faire valoir nos droits aux indemnités journalières sécurité sociale et aux prestations familiales.
Je comprends bien que l’adoption est une situation assez rare dans les milliers de dossiers d’allocataires mais mon rendez-vous au siège de la CAF valait son pesant de cacahuètes : 
Moi : « Bonjour je viens parce que je suis maman par adoption depuis la semaine dernière »
Elle (la personne du guichet) : « Et vous aviez prévenu la CAF de votre projet d’adoption « 
Moi (pas mal suprise) : « Heu non » (oui j’ai beaucoup de vocabulaire parfois)
Elle : « Tout comme on déclare sa déclaration de grossesse il aurait fallu faire cette déclaration en disant que vous alliez devenir parents bientôt. Pour la grossesse c’est au 3 ième mois. Il aurait fallu faire ça il y a quelque mois. C’est pas grave on va rattraper cela »
J’ai adoré (pince sans rire) cette comparaison sur la facilité à connaitre d’après elle une arrivée d’enfant par adoption. Je me suis dit qu’elle n’avait aucune idée de cette attente, de cet appel qui en quelques secondes change la vie. Après, j’entends qu’on ne puisse pas tout savoir des particularités des situations de famille si on n’y est pas confronté.
Moi : « En fait, on ne sait pas toujours quand on devient parent dans le cadre d’une adoption . On attend durant des années, on espère et un jour un appel nous apprend qu’on nous a choisi pour être parents d’un enfant. On a été appelé il y a 20 jours et avant on n’en savait rien ».
Elle : le fameux « Ha bon, vous n’en saviez rien ! » suivi de la célèbre phrase : « Il vient de quel pays ? ». Ça a été « le double effet kiss cool » quand je lui ai  précisé « De France, de notre département. Nous avons adopté un bébé né sous X ». Elle ne savait pas que c’était possible mais le côté « bébé » apporte toujours un effet mignonerie qui touche les gens.
S’en suit la remise de certaines pièces dont l’extrait d’acte de naissance du petit chaton avec un « Mais là ce n’est pas noté que c’est votre enfant ? » Y’a aucun parent sur cet extrait d’acte de naissance ? ». 
Moi : « Oui, c’est le principe de la naissance sous X, on ne connait pas l’identité des parents biologiques, c’est une naissance sous le secret mais j’ai le contrat de placement de notre département qui nous confie notre bébé en vue de son adoption plénière ».
Puis « Il ne porte pas votre nom, comment on va faire pour comprendre ça nous ? ». J’ai alors expliqué que durant sa première année un bébé né sous X avait l’identité qui lui avait été donnée à la maternité.

C’était la poursuite de ce rendez vous en terre inconnue sur l’adoption pour elle. Je lui ai expliqué que nous allions faire un requête auprès du procureur de la République après 6 mois d’évaluation des travailleurs sociaux à notre domicile, pour que le bébé qui nous était confié en vue d’adoption devienne légalement notre fils et porte le prénom que nous lui avions choisi ainsi que notre nom de famille.

Elle était intéressée mais très perdue par toutes mes informations. Pour résumer elle m’a dit « Là il va falloir une lettre parce qu’autrement on ne va rien comprendre ». C’était le début des lettres explicatives à tous les organismes car pour beaucoup d’administrations, l’adoption est méconnue. 

Parler de l’adoption de notre chaton en dehors du cercle familial et des amis … recueil de petites perles et de moments de flottement

Nous n’avons pas encore trouvé de consensus avec le Man pour savoir si on parlait ou pas de l’adoption en dehors de notre cercle familial ou d’amis. 
Je l’évoquais naturellement pour ne pas en faire un tabou puis je me suis un peu rétractée. En me projetant sur les années à venir, je me suis demandée si plus tard notre petit chaton voudrait que son histoire soit connue « de tous », s’il n’allait pas nous reprocher qu’il s’agissait de son intimité. Du côté du Man, la rencontre de notre bébé et la suite est tellement belle (ce que je confirme) que nier cela est pour lui contre nature.
Alors voilà les situations un peu déroutantes ou rigolotes que nous avons connues. Je n’ai pas toujours su contourner, omettre ou ne pas réagir face aux question simples de gens. 
Sur les généralités de l’adoption : 
Nos voisins ont été surpris de voir un bébé chez nous. Sur le coup, la voisine a culpabilisé de ne pas avoir remarqué que j’étais enceinte. Parler de l’adoption a permis de la rassurer sur sa vision mais ses enfants qui n’étaient pas là (8 et 6 ans) lui ont posé ensuite des questions. Elle m’a dit « face à leur spontanéité, je n’ai sûrement pas trouvé les bons mots ». Quelques semaines plus tard, je présente notre bébé aux enfants : 
« Ha oui, papa et maman ils nous ont expliqué. C’était un petit bébé, il était malheureux, sa maman elle l’a laissé. Il était tout seul, il était dans la rue. Sa maman mais pourquoi elle l’a laissé? C »est qu’elle avait pas d’argent? C’est qu’il n’était pas gentil? » 
Autant l’adoption de notre côté est facile à aborder , autant l’abandon c’est plus compliqué avec des petits . J’ai donc dit que parfois les dames faisaient naître des bébés et pour plusieurs raisons elles ne pouvaient pas s’en occuper. J’ai ajouté qu’à le voir aujourd’hui, le petit chaton, il n’était pas malheureux, que nous étions son papa et sa maman pour toute sa vie, que c’était bien pour lui et pour nous. J’ai enchaîné sur le fait que certains enfants n’avaient pas de contact parfois avec leurs parents puis je me suis dit : Attention, terrain compliqué. Je ne connaissais pas leur sensibilité, je n’allais pas leur parler du dessin animé « Ma vie de courgette » non plus donc je me suis arrêtée. 
Un autre petit voisin de 12 ans, présent, a répliqué : « Alors, vous l’avez adopté ». Il venait de me faciliter les choses car je commençais à m’embourber face à la multitude de questions . Puis celui de 8 ans ,toujours sans filtre, m’a demandé « Et vous l’avez acheté? Et vous l’avez choisi? ». J’ai expliqué les modalités de notre rencontre  commune. En le questionnant un peu il m’a parlé d’une camarade de classe qui avait vécu au Maroc et lui avait parlé d’enfants mendiants dans la rue. Voilà d’où venaient ses représentations enfantines. 
Sur les différences physiques, au bout d’un moment, les lois de la génétiques ne sont pas évidentes à soutenir… Bébé a les yeux ardoise, un teint caramel et mon mari a plutôt un physique de suédois. Je pourrais inventer des grands parents latins mais conter cette histoire ne me convient pas. Je trouve la vérité bien plus simple surtout quand les gens sont de « passage ».
– Une connaissance me voyant avec le petit chaton : « Ha bé je suppose que le papa n’est pas blond aux yeux bleus » Après quelques secondes de réflexion de mon côté « Hé bien si« . « Ha bon? » et puis là je lui ai parlé de la chance de l’adoption.
– Une serveuse que connait mon mari : « Oh bé dis, il n’a pas pris tes yeux! ». Lui :  » C’est logique ce bébé nous l’avons adopté « . Elle : « C’est pas vrai ! «  . Nous : « Si, on est devenu parents en 2016 …. « 
– A un mariage :  « Oh il a des grands pieds, il a quel âge ? […] Son papa doit avoir de grands pieds « . Moment de flottement pour moi ne sachant pas quoi dire à part « Je ne sais pas trop en fait » . Face aux regards étonnés de mes interlocuteurs qui ont dû se dire que j’avais fricoté avec un inconnu … j’ai précisé que nous étions devenus parents par adoption. J’ai eu l’impression qu’ils étaient soulagés que leur question anodine à la base n’ait pas soulevé un problème intime (en relisant cette phrase, je que réalise encore une fois que l’infertilité n’est plus un problème pour moi).
Sur le plan médical, la grossesse est un sacré chamboulement hormonal et physique du coup elle devient une explication logique à différents maux quand on me voit avec mon petit garçon : 
 – Chez une esthéticienne sur mon lieu de vacances :  » Je vois que vous avez quelques imperfections sur la peau , c’est normal après une grossesse  » . Pour ne pas avoir droit à des soins inappropriés style « jeune maman » (même si je le suis ) j’ai précisé : « Je n’ai pas accouché » et vite elle a dit « Ha je pensais que c’était votre enfant ». « Oui mais il est arrivé par adoption » .
– Chez un nouveau médecin généraliste : « Des douleurs de dos après une grossesse ça s’explique, les organes ont été déplacés, les muscles se dont distendus. Il faut faire du gainage ».
Alors le dire ou ne pas le dire , dans le quotidien, c’est une question qui finalement se pose tout le temps. Les retours même de parfaits inconnus sont très souvent positifs. Après avoir demandé « Il vient de quel pays? » (dans 80 pourcents de cas c’est la question qui suit ), nous cassons la représentation sur la facilité de l’adoption internationale puis nous parlons du parcours de notre bébé de la pouponnière jusqu’à nous. Les gens sont très étonnés de la possibilité qui existe dans certains départements d’adopter un bébé pupille de l’état. Viennent alors les question sur l’accouchement sous le secret dont certains découvrent la réalité et celles ensuite sur l’accès à ses origines. Nous diffusons des généralités sur l’adoption sans parler bien sûr des bribes du dossier personnel de notre enfant .
Mis à part l’esthéticienne qui était jeune et à qui j’ai un peu « expliqué la vie » les attitudes sont bienveillantes et parfois mènent à la confidence sur des histoires de vie. 
Dans la famille « La Perle » revient tout de même à mon beau frère. Je vais chez le kiné pour du gainage donc et là il me dit « Ha oui , tu fais ta ré éducation du périnée ». Eclats de rire de ma part et il ne comprend pas de suite. Je lui précise donc que je n’ai pas besoin de ça. Il ne pige toujours pas alors je décide de le réveiller par cette phrase choc (lol) : « Je n’ai pas accouché ! «  . Et là : « Oh je suis désolé mais pour moi le petit chaton c’est mon neveu et j’ai même pas réfléchi au fait que tu n’avais pas été enceinte. C’est naturellement mon neveu et j’ai oublié qu’il était adopté ». On peut le dire ce petit garçon qui a fait de nous des parents, il a une place entière et pleine auprès de nos proches. Mon beau frère se confondait en excuses et moi j’étais émue de cette évidence, de cette absence de différence pour lui sur la façon dont nous sommes devenus parents. Mon beau frère a gommé les liens du sang pour les liens du cœur si forts et puissants. J’en suis ravie.

Son début de vie, de sa naissance à notre semaine d’adaptation ensemble.

Difficile de trouver le temps d’écrire mais le projet du blog collectif, « Parlons Adoption » m’a motivée pour vous conter les débuts de notre petit bout, de sa naissance à notre première semaine ensemble.
Notre petit garçon est né sous le secret dans notre département, c’est une bébé pupille de l’Etat jusqu’à son adoption plénière qui devrait intervenir environ un an après son arrivée.
Sur ses premiers jours, notre bébé a été pris en charge par la maternité dans un service spécifique Comme c’est souvent le cas, il est allé en néonatologie afin qu’une équipe soit dédiée à sa situation de naissance particulière. Le personnel ou la maternité (on ne sait pas précisément ), lui a offert son premier doudou et des bras pour le rassurer.
La puéricultrice référente de la pouponnière du département (service de l’ASE, Aide Sociale à l’Enfance, ce sigle est connu des futurs parents adoptifs ! ) est ensuite venue le chercher dans sa seconde semaine de vie. Il a intégré une petite unité de vie collective avec d’autres enfants de 0 à 2 ans placés en vue d’adoption ou dans le cadre de mesures de protection par le juge. La cohabitation a pu être bruyante,  ce qui aujourd’hui lui permet de dormir au milieu des sons de la vie quotidienne. Quant au voisinage avec ses jeunes camarades de chambrée aux lits les uns contre les autres, il lui a assurément apporté un côté sociable, car il sourit beaucoup et à la rencontre d’autres enfants, il tend spontanément la main.
D’un point de vue médical, la pédiatre de la pouponnière s’est occupée de petits problèmes assez courants, la digestion, les régurgitations… Il a eu des séances d’ostéopathie pour le relaxer, apaiser des tensions qui se focalisaient au niveau de son ventre et de sa tête. Le phénomène de la tête un peu déformée est fréquent chez les bébés alors toute l’équipe l’a stimulé pour qu’il se développe au mieux dans son corps et dans son éveil.
Notre bébé a été préparé à son adoption. Vers ses deux mois, une fois le délai de rétractation de la mère biologique écoulé,  la psychologue lui a expliqué qu’il allait avoir un papa et une maman. On nous a informé que vers cet âge, les enfants nés sous le secret se demandaient ce qu’il se passait et qu’il pouvait y avoir des moments de « déprime ». Notre petit garçon a un peu traversé cela. Les professionnelles de la pouponnière lui ont apporté de l’affection, des câlins, de l’attention, pour qu’il soit en mesure d’avoir confiance en son avenir et qu’il s’éveille en fonction de son âge.
Après la décision du Conseil de Famille qui a fait de nous ses parents, la date de la rencontre a été décidée. Notre bébé a été installé dans une chambre pour lui tout seul, quelques nuits avant de nous rencontrer. Tout est parlé, même aux touts petits, alors la veille du Grand Jour, les auxiliaires de puériculture de son unité lui ont dit que demain, son papa et son maman seraient là. Il est noté dans son cahier de liaison que ces paroles l’ont  détendu et qu’il a bien dormi.

Le jour de la rencontre, quand on a passé la porte de sa chambre, il dormait. Je l’ai trouvé petit. Il avait l’air paisible. Sa référente a essayé de le réveiller : « Petit bébé, papa et maman sont là ». Je crois avoir eu son premier regard, interrogatif et ensuite il s’est étiré et a souri. J’étais émue et un peu béate. Nous avons ensuite profité d’une heure de sourires de sa part, C’était magique. Je m’attendais à quelque chose de pas évident pour lui , c’était donc le contraire, le rêve! Le Man’ est ressorti de la pouponnière littéralement « groggy de bonheur », ayant du mal à marcher droit, titubant un peu. Il a eu un coup de foudre pour notre petit garçon. Moi ce jour là, j’ai profité sans toutefois arriver à réaliser que c’était notre bébé.

La rencontre était médiatisée. Notre bébé était en présence de sa puericulture réferente. C’est elle qui a fait les présentations. Notre petit avait besoin de la savoir proche de lui, Sur les premiers jours, au son de sa voix, il s’apaisait. Lors de ce « 1er jour du reste de notre vie », nous étions aussi en présence de la psychologue de la pouponnière et de notre travailleur social .Elles se sont faites très discrètes si bien que ce moment paraît dans notre souvenir intime, alors que nous étions très entourés.
L’adaptation à la pouponnière a duré une semaine pour apprendre à connaitre les habitudes de notre petit, le prendre en charge dans les soins, faire le relais entre sa référente et nous. Les premiers changements de couches nous ont occasionné « des fou rires de baleines ». Le premier tee shirt à passer par la tête a été une grande source de stress (on a ensuite vénéré les tee shirt à ouverture par pression dans le dos et les bodys ouverts sur le devant ) Bébé a bu la tasse au premier bain mais à chaque fois il est resté mignon et patient envers ses parents débutants.  
Cette première semaine ensemble a été celle de la découverte de notre petit garçon et de la transition entre deux univers, celui de la pouponnière et chez nous. Nous avons été conseillés, épaulés par sa référente qui au fil des jours s’est éclipsée pour nous laisser notre place de parents.
Le troisième jour, j’ai assisté à la naissance d’un papa. Lors du premier biberon que le Man’ a donné, notre petit garçon avec ses grands yeux, a eu un regard si intense et pur, plein d’innocence et sûrement d’attentes, que le Man’ en a pleuré. C’était émouvant d’assister a la création du lien entre eux deux. Cette journée a d’ailleurs continué dans la complicité puisqu’un bisous sur la tête quelques heures après, a fait s’illuminer d’un sourire le visage de notre bébé.
Le week-end arrivant, notre petit chaton (ce sera son surnom) a découvert sa maison. Le soir on l’a ramené à la pouponnière pour qu’il y passe sa nuit. Je l’ai laissé dans l’idée de le retrouver le lendemain et pour toute la vie tandis que le Man’ avait un peu le cafard. Le lendemain, nous étions quand même très impatients et prêts aux aurores pour le ramener chez nous/chez lui. Il a retrouvé dans sa nouvelle chambre des éléments familiers, ses doudous offerts par la maternité et la pouponnière , la petite musique qui l’endormait et ses habits en taille 3 mois. Son nouveau lit lui a de suite plu puisqu’il y a dormi paisiblement pour sa première nuit  jusqu’à 8 heures du matin. Quand on a un bébé, cet horaire peut rendre jaloux d’autres parents. N’écoutant que notre plaisir et nos envies, au réveil, on s’est délecté d’un petit cododo de quelques dizaines de minutes ,avant de retourner une dernière fois à la pouponnière pour les  » au revoir » . Cela n’a pas tardé, sa référente a dit « qu’il était passé à une autre vie avec son papa et sa maman ». Elle lui a écrit un mot dans le cahier de liaison que nous utilisions pour transmettre des informations. Elle lui a dit « au revoir  » en lui souhaitant un bel avenir auprès de nous et nous a remis un album photos. Celui-ci peut ensuite être utilisé comme support pour raconter son histoire à notre enfant. Emouvant de lire les petites annotations et commentaires. Ils montrent toute la chaleur humaine qui lui a été apportée.
Aujourd’hui quand je le vois aussi épanoui, heureux, je me dis que cet état de sérénité a commencé par cette équipe qui s’est très bien occupée de lui.

Sa première image, sa photo

La semaine d’après l’Appel m’a permis de cheminer vers mon bébé.
Dans mon imaginaire, la présentation de la photo, c’était le moment de la révélation, de la prise de conscience. Cet instant, je l’avais idéalisé et en fait je n’ai rien ressenti de particulier. 
On nous a dit qu’on était parent d’un petit garçon de 3 mois puis le Man’ a ouvert l’enveloppe et on a vu sa bouille. Il était photographié dans un transat . J’ai vu un bébé à la peau caramel et un peu inquiet. Dans les lignes grattées par la pouponnière il était décrit comme anxieux. J’ai pensé qu’en tant que parents, nous avions à le rassurer, le protéger et que cela passerait par du temps à trois. Par contre, j’ai énormément culpabilisé de ne pas avoir eu cette journée là , un fort élan d’amour vers lui. Le Man’ commençait à voyager émotionnellement vers notre bébé et moi je me sentais encore un peu anesthésiée par l’annonce de son arrivée.
De retour au travail la photo que j’avais envoyée par texto avait fait son effet « Oh il est trop mignon », « Il a un joli petit nez », « Ce regard, ses grands yeux ! « . « Oh cette petite bouche ourlée « . Ces détails je ne les avais pas remarqués et après tant d’années d’attente, à l’aube de ma maternité j’étais un peu spectatrice des prémices de l’adoption de notre petit garçon. 
Il est un peu métissé et tout le monde y allait de ses similitudes comme « Oh, c’est un petit gars de chez nous ». A travers les discussions, on lui a approprié des traits maghrébins, africains ou encore des Antilles ou de Madagascar. Au milieu de tout ça, je me sentais dans un énorme flou alors que la décoration de mon bureau personnalisé par les collègues (ballons colorées, serpentins et lettres « BEBE ») ne le signifiait pas extérieurement.
J’ai commencé à parler avec un peu de honte de ce flottement à mes amies et collègues mamans. Toutes ont eu des paroles bienveillantes et m’ont rassurée. Les professionnels de l’ASE ont eu la même attitude. Finalement, une photo, un bout de papier, c’est assez froid pour se rencontrer. 
Le parallèle avec le début d’une histoire d’amour ou d’amitié m’a fait relativiser au sein de mon esprit tourmenté. Une rencontre, ce n’est pas toujours un coup de foudre, ça se construit par des liens d’attachement progressif. Quand je suis tombée amoureuse du Man’, je ne me suis pas tout d’un coup mise à pleurer de joie ! Notre histoire à deux s’est construite au fil du temps et ce sera aussi le cas de celle à 3. J’ai déjà eu des larmes de bonheur mais je crois ne jamais avoir pleuré de joie. Pourtant je m’étais mise la pression de vivre cela à l’arrivée de notre bébé! je me mets la barre un peu haute parfois 😉
En savoir plus du côté des origines ethniques du père biologique m’a permis de clarifier l’identité ethnique de mon bébé et de me situer comme sa maman. Ça a été un moment d’apaisement.
Lui donner ensuite son prénom a été l’un des nos premiers gestes de parents. Enfin, on pouvait parler de lui en nous projetant en tant que famille.
Sans trop en dire, aujourd’hui, j’ai l’impression d’être maman depuis des mois. L’arrivée de notre petit garçon est une évidence et tout me semble naturel. J’ai deux amours et deux hommes dans ma vie. Je suis comblée et profite de chaque moment.