Best off des dernières phrases entendues récemment (adoption)

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Comme je ne dis pas son prénom je vais appeler mon fils par « le petit chaton » mais bien entendu, les personnes s’adressent à lui par son prénom, celui que nous lui avons choisi il y a quasiment deux ans.

Première personne : « Ce n’est pas toi qui a été enceinte et qui a accouché du coup ça te fais pas bizarre ? T’arrives à te dire que c’est ton enfant ? Est ce que tu penses que ça ferait une différence si … Si c’était mon enfant biologique… (Je complète les phrases). Jai répondu que le Petit chaton était mon petit garçon sans aucun doute et que je ressentais rien d’autre que cela, que j’étais sa maman tout simplement. J’ai aussi ajouté que je m’en fichais éperdument de ne pas avoir été enceinte. C’était une jeune femme qui sûrement se posait des questions sur la maternité, c’était comment dire.. une question « naïve » dans le sens de sans arrière pensée.

Deuxième personne : « Le petit chaton pour toi c’est comme ton fils ? » Secondes de flottement  chez moi et une réponse évidente « Le petit chaton, c’est mon fils » (La virgule a son importance pour affirmer cette phrase et j’ai bien insisté sur le « C’est »)

Troisième personne (c’était cette semaine) : J’étais en train de donner à manger au petit chaton, on était mercredi midi et j’avais rendez-vous avec un réparateur pour mon sèche linge. Apparemment magicien, car toutes les personnes qu’il avait vu le matin avaient finalement leur appareil en fonctionnement sans qu’il fasse quelque chose (ce qui a été aussi mon cas!) mais alors il n’était pas médium pour autant. En arrivant dans le séjour il me dit : « Ha vous êtes nounou ! » Alors celle-ci elle était bien bonne. Digne du film « Il a déjà tes yeux » où la maman adoptive physiquement différente de son garçon est confondue par la pédiatre. Quand même un mercredi, chez un particulier, quand il y a une femme qui s’occupe d’un enfant c’est plus souvent sa maman non ? S’il y avait eu mon mari blond aux yeux bleus j’aurais peut être plus compris mais là ça m’a étonnée. Peut être que c’était en lien avec l’état de ma maison (c’est à dire une maison où le sol était décoré de livres enfants éparpillés, de poupées, de biberons, playmobil 123, un petit établi … en somme une maison d’enfant le mercredi). Peut être que c’était par déformation professionnelle puisqu’il m’a ensuite dit que sa femme était nounou mais qu’il ait pensé que le petit chaton était celui d’une autre car il ne me ressemblait pas alors qu’on était chez nous ça m’a fait tiquer. Le cerveau a des raisonnements un peu trop simples parfois. Il y a des remarques qui font sourire ou étonnent quand on est maman et que son enfant ne nous ressemble pas forcément, qu’on l’ait porté ou adopté.

Enfin, à deux 2 ans passés, on sait qu’on a largement mis notre patte dans ce qu’il est. En ce moment il est dans l’imitation, c’est rigolo et mignon. Il aime chanter comme moi (et alors depuis la semaine dernière qu’on a tous les deux suivis un atelier sur les chansons gestuelles, je suis à fond et il commence à dire les mots associés aux gestes. D’ici une semaine on devrait arriver à la première chanson en entier). Il se love dans un plaid le soir tout comme moi (mais il y prend son biberon). Du côté de son papa, il l’attend avec hâte tous les soirs parce qu’il rentre plus tard mais le matin j’ai deux cro-magnons à la maison qui font chacun la même « chorégraphie » pour sauter sur notre lit et faire « la bagarre ».

2 ans c’est beaucoup de changements. De bébé il devient un petit garçon. Il a un sacré caractère qui nous fait réfléchir à nos réponses éducatives et à nous remettre en question régulièrement mais il est trognon aussi. Cette semaine il nous a appelé « Papa » et « Maman » en y ajoutant nos prénoms. Je ne savais même pas qu’il connaissait le mien et qu’il arriverait à le prononcer. Alors même si physiquement on peut étonner on est notre famille.

(photos des étés 2017 et 2018).

Débat sur les lois de bioéthiques et de la PMA avec donneur

Je viens d’avoir le transfert de notre dixième embryon. Je dis « notre » mais il est issu d’un don d’ovocyte. Pour moi c’est clairement notre embryon car il évolue (j’espère encore) en moi. Nous avons bénéficié d’un don d’ovocytes ce que j’associe à un don de gamète, une don de cellule. En plein débat sur la bioéthique la médiatisation d’enfants issus de dons d’ovocytes ou de sperme à la recherche de leurs origines (origines génétiques ?) m’a troublée, m’a gênée et m’a fatiguée.
Pour moi il est très clair que si cet embryon veut bien d’accrocher, si cet enfant je le porte, j’en serai la mère biologique à part entière et sa maman.
On a fait notre demande de don avec les lois actuelles. Nous avons eu quatre entretiens avec le psychologue du CHU. Comme il nous l’a dit nous pourrions expliquer notre genèse commune à notre bébé avec les mots suivants :  » Une dame est venue à l’hôpital pour donner des graines qu’on a mélangées à celles de papa et après elle est partie. On les a mises dans le ventre de maman et elles ont grandi pour faire un joli bébé et ce bébé c’est toi ».

Un don ce n’est pas un contre don. Un don c’est sans rien attendre en retour. Un don c’est anonyme et  c’est gratuit en France. Un don d’ovocyte ou de sperme c’est l’envie d’aider un couple à avoir un enfant. Un don c’est tout de même un cadeau qu’on nous offre. Les dons du sang, les dons de moelle, les dons de cordon ombilical, les dons d’organe sauvent des vies. Les dons de gamètes permettent de la créer.

 

Lorsqu’on accède à une FIV avec don en France, en plus des protocoles des CHU, ils y a aussi des démarches légales notamment un passage devant le juge aux affaires familiales.  Elles visent à ce que « le tiers donneur » n’ait aucun lien avec l’enfant qui pourrait naître. Ça nous protège à tous. Pour moi la personne donneuse n’a rien à faire dans notre vie et n’attend rien de nous.
Cet homme médiatisé, Arthur, issu d’une FIV avec don de sperme, a eu apparemment accès à l’identité de son donneur via des tests effectués aux USA . Par regroupement ensuite il indique avoir retrouvé celui-ci qui au téléphone aurait répondu : « Je suis content de te parler ». Apparemment ils  auraient prévu de se rencontrer mais pour se dire quoi? Je suis assez dubitative. Lorsqu’on fait un don, on n’a pas de désir d’enfant associé alors pourquoi aller chercher des réponses d’ordre personnel chez cet inconnu(e) ?
Expliquer le processus du don et ne rien cacher à son enfant dès son bas âge est indispensable mais pour nous il n’y aura pas plus. On ne va pas créer un lien même imaginaire avec la donneuse, juste dire qu’elle a fait un geste pour nous.

Nous aussi on s’est questionné sur le don de sperme mais en aucun cas j’ai envie que quelqu’un sonne à notre porte dans des dizaines d’années en disant, « je suis ton fils ou ta fille » car non ce ne sera pas le cas.

C’est peut être en faisant le constat du manque de donneurs et donneuses que certains couples receveurs accepteraient que la loi change ? Au CHU d’ici, le temps d’attente pour un don d’ovocyte n’a pas changé, c’est un délai de 2 ans. La loi a aussi élargi les conditions de don pour les femmes en l’ouvrant aux femmes sans enfant. Alors vous en pensez quoi?

Parler de l’adoption de notre chaton en dehors du cercle familial et des amis … recueil de petites perles et de moments de flottement

Nous n’avons pas encore trouvé de consensus avec le Man pour savoir si on parlait ou pas de l’adoption en dehors de notre cercle familial ou d’amis. 
Je l’évoquais naturellement pour ne pas en faire un tabou puis je me suis un peu rétractée. En me projetant sur les années à venir, je me suis demandée si plus tard notre petit chaton voudrait que son histoire soit connue « de tous », s’il n’allait pas nous reprocher qu’il s’agissait de son intimité. Du côté du Man, la rencontre de notre bébé et la suite est tellement belle (ce que je confirme) que nier cela est pour lui contre nature.
Alors voilà les situations un peu déroutantes ou rigolotes que nous avons connues. Je n’ai pas toujours su contourner, omettre ou ne pas réagir face aux question simples de gens. 
Sur les généralités de l’adoption : 
Nos voisins ont été surpris de voir un bébé chez nous. Sur le coup, la voisine a culpabilisé de ne pas avoir remarqué que j’étais enceinte. Parler de l’adoption a permis de la rassurer sur sa vision mais ses enfants qui n’étaient pas là (8 et 6 ans) lui ont posé ensuite des questions. Elle m’a dit « face à leur spontanéité, je n’ai sûrement pas trouvé les bons mots ». Quelques semaines plus tard, je présente notre bébé aux enfants : 
« Ha oui, papa et maman ils nous ont expliqué. C’était un petit bébé, il était malheureux, sa maman elle l’a laissé. Il était tout seul, il était dans la rue. Sa maman mais pourquoi elle l’a laissé? C »est qu’elle avait pas d’argent? C’est qu’il n’était pas gentil? » 
Autant l’adoption de notre côté est facile à aborder , autant l’abandon c’est plus compliqué avec des petits . J’ai donc dit que parfois les dames faisaient naître des bébés et pour plusieurs raisons elles ne pouvaient pas s’en occuper. J’ai ajouté qu’à le voir aujourd’hui, le petit chaton, il n’était pas malheureux, que nous étions son papa et sa maman pour toute sa vie, que c’était bien pour lui et pour nous. J’ai enchaîné sur le fait que certains enfants n’avaient pas de contact parfois avec leurs parents puis je me suis dit : Attention, terrain compliqué. Je ne connaissais pas leur sensibilité, je n’allais pas leur parler du dessin animé « Ma vie de courgette » non plus donc je me suis arrêtée. 
Un autre petit voisin de 12 ans, présent, a répliqué : « Alors, vous l’avez adopté ». Il venait de me faciliter les choses car je commençais à m’embourber face à la multitude de questions . Puis celui de 8 ans ,toujours sans filtre, m’a demandé « Et vous l’avez acheté? Et vous l’avez choisi? ». J’ai expliqué les modalités de notre rencontre  commune. En le questionnant un peu il m’a parlé d’une camarade de classe qui avait vécu au Maroc et lui avait parlé d’enfants mendiants dans la rue. Voilà d’où venaient ses représentations enfantines. 
Sur les différences physiques, au bout d’un moment, les lois de la génétiques ne sont pas évidentes à soutenir… Bébé a les yeux ardoise, un teint caramel et mon mari a plutôt un physique de suédois. Je pourrais inventer des grands parents latins mais conter cette histoire ne me convient pas. Je trouve la vérité bien plus simple surtout quand les gens sont de « passage ».
– Une connaissance me voyant avec le petit chaton : « Ha bé je suppose que le papa n’est pas blond aux yeux bleus » Après quelques secondes de réflexion de mon côté « Hé bien si« . « Ha bon? » et puis là je lui ai parlé de la chance de l’adoption.
– Une serveuse que connait mon mari : « Oh bé dis, il n’a pas pris tes yeux! ». Lui :  » C’est logique ce bébé nous l’avons adopté « . Elle : « C’est pas vrai ! «  . Nous : « Si, on est devenu parents en 2016 …. « 
– A un mariage :  « Oh il a des grands pieds, il a quel âge ? […] Son papa doit avoir de grands pieds « . Moment de flottement pour moi ne sachant pas quoi dire à part « Je ne sais pas trop en fait » . Face aux regards étonnés de mes interlocuteurs qui ont dû se dire que j’avais fricoté avec un inconnu … j’ai précisé que nous étions devenus parents par adoption. J’ai eu l’impression qu’ils étaient soulagés que leur question anodine à la base n’ait pas soulevé un problème intime (en relisant cette phrase, je que réalise encore une fois que l’infertilité n’est plus un problème pour moi).
Sur le plan médical, la grossesse est un sacré chamboulement hormonal et physique du coup elle devient une explication logique à différents maux quand on me voit avec mon petit garçon : 
 – Chez une esthéticienne sur mon lieu de vacances :  » Je vois que vous avez quelques imperfections sur la peau , c’est normal après une grossesse  » . Pour ne pas avoir droit à des soins inappropriés style « jeune maman » (même si je le suis ) j’ai précisé : « Je n’ai pas accouché » et vite elle a dit « Ha je pensais que c’était votre enfant ». « Oui mais il est arrivé par adoption » .
– Chez un nouveau médecin généraliste : « Des douleurs de dos après une grossesse ça s’explique, les organes ont été déplacés, les muscles se dont distendus. Il faut faire du gainage ».
Alors le dire ou ne pas le dire , dans le quotidien, c’est une question qui finalement se pose tout le temps. Les retours même de parfaits inconnus sont très souvent positifs. Après avoir demandé « Il vient de quel pays? » (dans 80 pourcents de cas c’est la question qui suit ), nous cassons la représentation sur la facilité de l’adoption internationale puis nous parlons du parcours de notre bébé de la pouponnière jusqu’à nous. Les gens sont très étonnés de la possibilité qui existe dans certains départements d’adopter un bébé pupille de l’état. Viennent alors les question sur l’accouchement sous le secret dont certains découvrent la réalité et celles ensuite sur l’accès à ses origines. Nous diffusons des généralités sur l’adoption sans parler bien sûr des bribes du dossier personnel de notre enfant .
Mis à part l’esthéticienne qui était jeune et à qui j’ai un peu « expliqué la vie » les attitudes sont bienveillantes et parfois mènent à la confidence sur des histoires de vie. 
Dans la famille « La Perle » revient tout de même à mon beau frère. Je vais chez le kiné pour du gainage donc et là il me dit « Ha oui , tu fais ta ré éducation du périnée ». Eclats de rire de ma part et il ne comprend pas de suite. Je lui précise donc que je n’ai pas besoin de ça. Il ne pige toujours pas alors je décide de le réveiller par cette phrase choc (lol) : « Je n’ai pas accouché ! «  . Et là : « Oh je suis désolé mais pour moi le petit chaton c’est mon neveu et j’ai même pas réfléchi au fait que tu n’avais pas été enceinte. C’est naturellement mon neveu et j’ai oublié qu’il était adopté ». On peut le dire ce petit garçon qui a fait de nous des parents, il a une place entière et pleine auprès de nos proches. Mon beau frère se confondait en excuses et moi j’étais émue de cette évidence, de cette absence de différence pour lui sur la façon dont nous sommes devenus parents. Mon beau frère a gommé les liens du sang pour les liens du cœur si forts et puissants. J’en suis ravie.

Son début de vie, de sa naissance à notre semaine d’adaptation ensemble.

Difficile de trouver le temps d’écrire mais le projet du blog collectif, « Parlons Adoption » m’a motivée pour vous conter les débuts de notre petit bout, de sa naissance à notre première semaine ensemble.
Notre petit garçon est né sous le secret dans notre département, c’est une bébé pupille de l’Etat jusqu’à son adoption plénière qui devrait intervenir environ un an après son arrivée.
Sur ses premiers jours, notre bébé a été pris en charge par la maternité dans un service spécifique Comme c’est souvent le cas, il est allé en néonatologie afin qu’une équipe soit dédiée à sa situation de naissance particulière. Le personnel ou la maternité (on ne sait pas précisément ), lui a offert son premier doudou et des bras pour le rassurer.
La puéricultrice référente de la pouponnière du département (service de l’ASE, Aide Sociale à l’Enfance, ce sigle est connu des futurs parents adoptifs ! ) est ensuite venue le chercher dans sa seconde semaine de vie. Il a intégré une petite unité de vie collective avec d’autres enfants de 0 à 2 ans placés en vue d’adoption ou dans le cadre de mesures de protection par le juge. La cohabitation a pu être bruyante,  ce qui aujourd’hui lui permet de dormir au milieu des sons de la vie quotidienne. Quant au voisinage avec ses jeunes camarades de chambrée aux lits les uns contre les autres, il lui a assurément apporté un côté sociable, car il sourit beaucoup et à la rencontre d’autres enfants, il tend spontanément la main.
D’un point de vue médical, la pédiatre de la pouponnière s’est occupée de petits problèmes assez courants, la digestion, les régurgitations… Il a eu des séances d’ostéopathie pour le relaxer, apaiser des tensions qui se focalisaient au niveau de son ventre et de sa tête. Le phénomène de la tête un peu déformée est fréquent chez les bébés alors toute l’équipe l’a stimulé pour qu’il se développe au mieux dans son corps et dans son éveil.
Notre bébé a été préparé à son adoption. Vers ses deux mois, une fois le délai de rétractation de la mère biologique écoulé,  la psychologue lui a expliqué qu’il allait avoir un papa et une maman. On nous a informé que vers cet âge, les enfants nés sous le secret se demandaient ce qu’il se passait et qu’il pouvait y avoir des moments de « déprime ». Notre petit garçon a un peu traversé cela. Les professionnelles de la pouponnière lui ont apporté de l’affection, des câlins, de l’attention, pour qu’il soit en mesure d’avoir confiance en son avenir et qu’il s’éveille en fonction de son âge.
Après la décision du Conseil de Famille qui a fait de nous ses parents, la date de la rencontre a été décidée. Notre bébé a été installé dans une chambre pour lui tout seul, quelques nuits avant de nous rencontrer. Tout est parlé, même aux touts petits, alors la veille du Grand Jour, les auxiliaires de puériculture de son unité lui ont dit que demain, son papa et son maman seraient là. Il est noté dans son cahier de liaison que ces paroles l’ont  détendu et qu’il a bien dormi.

Le jour de la rencontre, quand on a passé la porte de sa chambre, il dormait. Je l’ai trouvé petit. Il avait l’air paisible. Sa référente a essayé de le réveiller : « Petit bébé, papa et maman sont là ». Je crois avoir eu son premier regard, interrogatif et ensuite il s’est étiré et a souri. J’étais émue et un peu béate. Nous avons ensuite profité d’une heure de sourires de sa part, C’était magique. Je m’attendais à quelque chose de pas évident pour lui , c’était donc le contraire, le rêve! Le Man’ est ressorti de la pouponnière littéralement « groggy de bonheur », ayant du mal à marcher droit, titubant un peu. Il a eu un coup de foudre pour notre petit garçon. Moi ce jour là, j’ai profité sans toutefois arriver à réaliser que c’était notre bébé.

La rencontre était médiatisée. Notre bébé était en présence de sa puericulture réferente. C’est elle qui a fait les présentations. Notre petit avait besoin de la savoir proche de lui, Sur les premiers jours, au son de sa voix, il s’apaisait. Lors de ce « 1er jour du reste de notre vie », nous étions aussi en présence de la psychologue de la pouponnière et de notre travailleur social .Elles se sont faites très discrètes si bien que ce moment paraît dans notre souvenir intime, alors que nous étions très entourés.
L’adaptation à la pouponnière a duré une semaine pour apprendre à connaitre les habitudes de notre petit, le prendre en charge dans les soins, faire le relais entre sa référente et nous. Les premiers changements de couches nous ont occasionné « des fou rires de baleines ». Le premier tee shirt à passer par la tête a été une grande source de stress (on a ensuite vénéré les tee shirt à ouverture par pression dans le dos et les bodys ouverts sur le devant ) Bébé a bu la tasse au premier bain mais à chaque fois il est resté mignon et patient envers ses parents débutants.  
Cette première semaine ensemble a été celle de la découverte de notre petit garçon et de la transition entre deux univers, celui de la pouponnière et chez nous. Nous avons été conseillés, épaulés par sa référente qui au fil des jours s’est éclipsée pour nous laisser notre place de parents.
Le troisième jour, j’ai assisté à la naissance d’un papa. Lors du premier biberon que le Man’ a donné, notre petit garçon avec ses grands yeux, a eu un regard si intense et pur, plein d’innocence et sûrement d’attentes, que le Man’ en a pleuré. C’était émouvant d’assister a la création du lien entre eux deux. Cette journée a d’ailleurs continué dans la complicité puisqu’un bisous sur la tête quelques heures après, a fait s’illuminer d’un sourire le visage de notre bébé.
Le week-end arrivant, notre petit chaton (ce sera son surnom) a découvert sa maison. Le soir on l’a ramené à la pouponnière pour qu’il y passe sa nuit. Je l’ai laissé dans l’idée de le retrouver le lendemain et pour toute la vie tandis que le Man’ avait un peu le cafard. Le lendemain, nous étions quand même très impatients et prêts aux aurores pour le ramener chez nous/chez lui. Il a retrouvé dans sa nouvelle chambre des éléments familiers, ses doudous offerts par la maternité et la pouponnière , la petite musique qui l’endormait et ses habits en taille 3 mois. Son nouveau lit lui a de suite plu puisqu’il y a dormi paisiblement pour sa première nuit  jusqu’à 8 heures du matin. Quand on a un bébé, cet horaire peut rendre jaloux d’autres parents. N’écoutant que notre plaisir et nos envies, au réveil, on s’est délecté d’un petit cododo de quelques dizaines de minutes ,avant de retourner une dernière fois à la pouponnière pour les  » au revoir » . Cela n’a pas tardé, sa référente a dit « qu’il était passé à une autre vie avec son papa et sa maman ». Elle lui a écrit un mot dans le cahier de liaison que nous utilisions pour transmettre des informations. Elle lui a dit « au revoir  » en lui souhaitant un bel avenir auprès de nous et nous a remis un album photos. Celui-ci peut ensuite être utilisé comme support pour raconter son histoire à notre enfant. Emouvant de lire les petites annotations et commentaires. Ils montrent toute la chaleur humaine qui lui a été apportée.
Aujourd’hui quand je le vois aussi épanoui, heureux, je me dis que cet état de sérénité a commencé par cette équipe qui s’est très bien occupée de lui.

Sa première image, sa photo

La semaine d’après l’Appel m’a permis de cheminer vers mon bébé.
Dans mon imaginaire, la présentation de la photo, c’était le moment de la révélation, de la prise de conscience. Cet instant, je l’avais idéalisé et en fait je n’ai rien ressenti de particulier. 
On nous a dit qu’on était parent d’un petit garçon de 3 mois puis le Man’ a ouvert l’enveloppe et on a vu sa bouille. Il était photographié dans un transat . J’ai vu un bébé à la peau caramel et un peu inquiet. Dans les lignes grattées par la pouponnière il était décrit comme anxieux. J’ai pensé qu’en tant que parents, nous avions à le rassurer, le protéger et que cela passerait par du temps à trois. Par contre, j’ai énormément culpabilisé de ne pas avoir eu cette journée là , un fort élan d’amour vers lui. Le Man’ commençait à voyager émotionnellement vers notre bébé et moi je me sentais encore un peu anesthésiée par l’annonce de son arrivée.
De retour au travail la photo que j’avais envoyée par texto avait fait son effet « Oh il est trop mignon », « Il a un joli petit nez », « Ce regard, ses grands yeux ! « . « Oh cette petite bouche ourlée « . Ces détails je ne les avais pas remarqués et après tant d’années d’attente, à l’aube de ma maternité j’étais un peu spectatrice des prémices de l’adoption de notre petit garçon. 
Il est un peu métissé et tout le monde y allait de ses similitudes comme « Oh, c’est un petit gars de chez nous ». A travers les discussions, on lui a approprié des traits maghrébins, africains ou encore des Antilles ou de Madagascar. Au milieu de tout ça, je me sentais dans un énorme flou alors que la décoration de mon bureau personnalisé par les collègues (ballons colorées, serpentins et lettres « BEBE ») ne le signifiait pas extérieurement.
J’ai commencé à parler avec un peu de honte de ce flottement à mes amies et collègues mamans. Toutes ont eu des paroles bienveillantes et m’ont rassurée. Les professionnels de l’ASE ont eu la même attitude. Finalement, une photo, un bout de papier, c’est assez froid pour se rencontrer. 
Le parallèle avec le début d’une histoire d’amour ou d’amitié m’a fait relativiser au sein de mon esprit tourmenté. Une rencontre, ce n’est pas toujours un coup de foudre, ça se construit par des liens d’attachement progressif. Quand je suis tombée amoureuse du Man’, je ne me suis pas tout d’un coup mise à pleurer de joie ! Notre histoire à deux s’est construite au fil du temps et ce sera aussi le cas de celle à 3. J’ai déjà eu des larmes de bonheur mais je crois ne jamais avoir pleuré de joie. Pourtant je m’étais mise la pression de vivre cela à l’arrivée de notre bébé! je me mets la barre un peu haute parfois 😉
En savoir plus du côté des origines ethniques du père biologique m’a permis de clarifier l’identité ethnique de mon bébé et de me situer comme sa maman. Ça a été un moment d’apaisement.
Lui donner ensuite son prénom a été l’un des nos premiers gestes de parents. Enfin, on pouvait parler de lui en nous projetant en tant que famille.
Sans trop en dire, aujourd’hui, j’ai l’impression d’être maman depuis des mois. L’arrivée de notre petit garçon est une évidence et tout me semble naturel. J’ai deux amours et deux hommes dans ma vie. Je suis comblée et profite de chaque moment.

Le choix et l’ histoire de ses prénoms

Au départ de l’adoption, il y a l’abandon d’un enfant. Dans le cas des bébés pupilles de l’Etat, ce sont le plus souvent des enfants issus de naissances sous  X. Notre famille n’avait pas forcément fait le lien, on s’en est rendu compte  lors d’une discussion anodine avec leurs amis : « De  nos jours quand même, abandonner son enfant, ça n’est pas compréhensible. Ca existe encore avec tout notre système d’aide et de protection ? ». Petit moment de flottement pour nous : « Heu, et bien c’est par ce geste que nous on va devenir parents ».
Un bébé pupille de l’Etat quand il est recueilli, porte 3 prénoms et le dernier constitue son nom de famille. Les prénoms ont pu être donnés par la femme qui l’a mis au monde ou par le personnel de la maternité. C’est une information qui nous sera accessible. Durant un an environ, le temps du jugement d’adoption, ceux-ci composeront son identité officielle et seront notés sur son état civil.
Dans nos rencontres avec les services sociaux, la question du prénom a été débattue. Il n’y a pas de réponse toute faite mais ce qui est quand même préconisé entre les mots et les lignes, c’est de garder une trace  des prénoms de naissance. Rien n’est imposé, en temps que futurs parents, nous prenons nos décisions quant à notre enfant.
Le Man’ dit que nous avons des principes mais qu’il est possible que ceux-ci soit bousculés le jour de la présentation de sa photo. Pour le moment, nous allons choisir Le prénom. Nous positionnerons en second prénom, celui de sa naissance, par lequel on l’a appelé, on lui a parlé, qu’il a entendu avant qu’il nous soit confié. De cette façon, nous pensons préserver son histoire, tout en l’inscrivant dans notre famille. A cet âge, nous pouvons penser à la place de notre petit, trop jeune pour donner son avis. Pour des adoptions de grands, nous aurions vu cela différemment en associant l’enfant à cette décision.
Jeunes mariés et ensuite lors de la PMA, nous avions en tête, deux prénoms fétiches. Ils sont aujourd’hui synonymes du passé, de cette rencontre qui n’a pas pu exister entre nos gamètes.  Nous n’aurons pas un « bébé naturel » mais sûrement un « bébé par adoption » voir peut être un « bébé biologique, porté » si la FIV avec don d’ovocyte joue les troubles fête en 2015.
Suite à la réunion qui a apporté divers chamboulements, comme toute future maman, j’ai regardé quelques sites de prénoms (et de puériculture). Très simplement, sans y passer des heures, j’ai eu « deux révélations » : un prénom pour notre petit garçon et/ou un prénom pour notre petite fille.  Etonnement, ils ressemblent phonétiquement à ceux choisis il y a des années, ils ont les mêmes lettres de début et de fin. Naturellement, ils se distinguent en sonnant le renouveau.
Nos parents, frères, neveux ainsi que nos grands-mères approchant les 90 ans,  détiennent le secret des deux prénoms. Pour tous les autres, il faudra sûrement attendre 2016.

Dans mon monde de l’inconscient, entre rêve et lapsus

Je ne suis pas sûre de croire à la psychanalyse mais je vous fais part de mon inconscient…
Honnêtement, le jour où on m’a dit : « Et vous ne pensez pas que le fait de ne pas être mère, être infertile, vous permet de rester la fille de votre père, de ne pas ajouter une génération? » … je suis partie en courant. J’essaie cependant d’écouter mon esprit …
Il y a quelques semaines, nous avons appris que l’attente des bébés pupilles de notre département se réduisait (en fait, ça va se stabiliser, je me suis consciemment enflammée). Le soir j’ai rêvé qu’on avait un petit garçon à la peau blanche, âgé de 3 mois. C’était bizarre, je ne l’avais pas fait naître, je ne pouvais pas l’allaiter… je crois que c’était notre futur bébé pupille. Et je disais : « Mais comment on va faire, je ne suis pas prête à être maman, pas pour le moment. Je ne sais pas ce qu’il faut comme matériel de puériculture, rien n’est préparé. Personne n’a été prévenu, on travaille. On revient de vacances et j’ai prévu celles de l’année prochaine »…
Je crois en effet qu’après avoir attendu si longtemps d’être parents, aujourd’hui, on n’est pas encore prêt à être les parents, d’un enfant adopté. 
Pour le moment, nous nous questionnons sur ses origines mais je crois que les contours de ce qui nous semble possible se dessinent. Pour rappel, même si les bébés pupilles sont nés en France, ils sont d’origines ethniques diverses.
Pour le sexe, nous n’avons aucune préférence. La nature décide habituellement toute seule et pour nous, le Conseil Général décidera tout seul aussi. Moi j’aimerais une fille, mon mari, un garçon… et c’est le cadet de nos préoccupations.
L’agrément dure un an puis les rendez-vous avec les professionnels de l’aide sociale à l’enfance se poursuivent jusqu’à 6 mois au moins après La Rencontre, date à laquelle officiellement nous devenons parents au regard de la loi. Les échanges permettent de cheminer et j’imagine qu’au fur et à mesure cela devient de plus en plus précis.
Heureusement que nous ne sommes pas prêts. On vit, on profite tout en se projetant à 2 ans pour nos vacances. Le maître mot chez nous est « Carpe Diem » même si l’adoption s’infuse dans notre quotidien. Si on était prêt on ne ferait qu’attendre et cela deviendrait vite insoutenable, insupportable. 
Je crois donc qu’on a trouvé le mode de vie qui nous convient et qu’on n’est pas vraiment malheureux. On se trouve plutôt chanceux même avec la liberté dont nous disposons pour le moment. On n’a qu’une vie, autant la rendre heureuse.
Ça me ferait bizarre d’être enceinte. 9 mois de grossesse c’est désormais un temps qui me semble très court vu que c’est en années que se comptera notre futur à trois. D’ailleurs aujourd’hui, en parlant avec un collègue je lui ai dit : « J »ai failli avoir un accident ce matin, je pensais sûrement à autre chose et je n’ai pas vu une voiture dans mon angle mort, j’avais peur d’être enceinte » au lieu de « j’avais peur d’être en panne d’essence! ». 

Pour la panne d’essence, j’ai géré, j’ai trouvé le chemin de la station service. Je vous dis dans quelques jours pour le test de grossesse (blague – aucune chance que ça m’arrive, je reprends la pilule dans quelques jours d’ailleurs).

Tu sais que tu es en démarche d’adoption quand :

– Après avoir remarqué les femmes enceintes durant des années, tu te rends compte des différences entre parents et enfants et te demandes s’ils ont été adoptés.

– Tu regardes n’importe quel reportage sur la parentalité (enfants nés sous x, enfants nés d’un don de gamètes, enfants de couples homosexuels) et le petit vélo dans ta tête se réveille et t’entraîne sur des réflexions sur l’accès aux origines de ton enfant, la création du lien affectif tout au long de sa vie.

– En cours de yoga alors que la prof dit à une femme enceinte « Ne prends pas cette position à cause des remontées acides » et ajoute « Y’a que nous qui connaissons ça, Seb (prénom inventé) tu ne seras pas concerné », tu te surprends à dire « Moi non plus ».

– Tu vas chez ton beau frère en pleine construction de maison et pense que dans 3,4 ans, leur salon sera assez grand pour mettre le parc de ton bébé durant quelques heures, pour aller profiter d’un moment en amoureux (pas au débuts, bien sûr …)

– Tu t’interroges sur les origines de ton enfant en te disant : 

« Quel est mon désir? Des choses sont-elles impossibles? » et tu regardes les gens dans la rue, en te disant « Cette personne, imagines, ça peut être ton enfant, est ce que ça te dérange, te touche, te gêne? ». Et lui cet enfant qui sera peut être différent physiquement, est ce qu’il trouvera son identité dans ta famille, ton environnement, si physiquement sa couleur de peau est différente?

– Tu imagines comment faire son futur arbre généalogique avec des racines autres que les tiennes,juste apparentes, enroulées aux tiennes au niveau de leur base….

– Tu te dis cette année je suis marraine (oui, oui, j’ai pris un grade ;-), l’année prochaine témoin de mariage et l’année d’après peut être maman! Voici peut être la « to do list » des années 2104 à 2017 et ça te fait sourire.

– Tu réagis sur les clichés de l’adoption où lorsqu’il y a un reportage sur les difficultés des ados et jeunes adultes, des personnes font des commentaires du style : « Oui mais qu’il faut se rappelle qu’il a eu cette chance d’être adopté. Dans son pays, il aurait vécu la misère ». Non, on n’est pas les sauveurs d’un enfant, il n’y a aucune dette de lui envers nous et nous envers lui.